vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2302474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 février 2023 et 1er mars 2023, Mme B A, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions par lesquelles le préfet de police a prolongé le délai de transfert aux autorités italiennes de six à dix-huit mois, l'a placée en fuite et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de la cessation des conditions matérielles d'accueil ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer le formulaire de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 3 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et directement à elle-même si elle n'obtenait pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- ses conclusions dirigées contre la décision de prolongation du délai de transfert qui lui fait grief sont recevables ;
- la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale méconnaît les dispositions de l'article 9.2 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, le préfet ne démontrant pas avoir informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de transfert dans le délai de six mois ;
- elle méconnaît l'article 29 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de suspendre les conditions matérielles d'accueil méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa vulnérabilité telle que définie par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été prise en compte ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas examiné sa situation personnelle et familiale et ses besoins ainsi que ceux de son fils.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale sont irrecevables ;
- les dispositions de l'article 9 du règlement n°1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié n'ont pas été méconnues ;
- les dispositions de l'article 29 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été méconnues ;
- c'est à bon droit que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et n'était pas venue à l'aéroport le 11 octobre 2022 pour effectuer son transfert vers l'Italie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête ;
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la prolongation du délai de transfert et du constat de fuite, lesquels ne constituent pas des décisions administratives susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n°1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003, modifié ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 19 octobre 1995, a sollicité son admission au séjour en France au titre de l'asile, le 1er mars 2022. Elle a été placée sous procédure Dublin. Le 5 mai 2022, le préfet de police a pris un arrêté de transfert de Mme A aux autorités italiennes, lesquelles avaient accepté leur responsabilité le 11 avril 2022. Mme A a été déclarée en fuite et les délais prévus pour son transfert vers l'Italie ont été prolongés. Mme A estimant que le délai de transfert auprès des autorités italiennes avait expiré le 11 octobre 2022 soutient avoir sollicité, le 19 octobre 2022, sa convocation en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Informée à cette occasion de la prolongation de son délai de transfert, l'agent de la préfecture lui a remis une convocation le 21 octobre 2022 en vue de l'exécution de la mesure de transfert. Le 22 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pris une décision de suspension définitive de ses conditions matérielles d'accueil. Mme A demande l'annulation du refus implicite par le préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, de la prolongation du délai de son transfert et de la décision par laquelle l'OFFI a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par décision du 7 mars 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande présentée à ce titre.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la prolongation du délai de transfert et du placement en fuite :
3. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'Etat membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Il en va de même s'agissant du placement en fuite. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la prolongation du délai de transfert et du placement en fuite, qui sont dépourvues d'objet, sont irrecevables et doivent être rejetés.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale :
4. En l'espèce, la requérante ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle s'est présentée au guichet de la préfecture après le 11 octobre 2022 pour demander l'enregistrement d'une demande d'asile et qu'un refus lui a alors été opposé, le document qu'elle produit en date du 19 octobre 2022 se bornant à la convoquer en vue de l'exécution de son transfert. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une décision de refus d'enregistrement d'une telle demande sont, en l'absence de décision, irrecevables. Elles doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'OFII portant cessation des conditions matérielles d'accueil :
5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : /() / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). Et aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ". Aux termes de l'article L. 522-3 : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
6. Si, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration met fin au versement de l'allocation pour demandeur d'asile lorsque le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités, ces dispositions n'ont pas et ne sauraient avoir pour effet de priver du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le demandeur d'asile dont la situation spécifique de personne vulnérable, au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifie de le maintenir dans ce bénéfice.
7. En l'espèce, il est constant que Mme A, qui a honoré toutes ses convocations au 8ème bureau de la préfecture de police des 28 juillet 2022, 19 août 2022, 26 août 2022, 2 septembre 2022, 22 septembre 2022, 29 septembre 2022 et 7 octobre 2022 dernière convocation à l'occasion de laquelle elle s'est vu remettre une convocation à l'aéroport ne s'est toutefois pas rendue à sa convocation à l'aéroport de Roissy-CDG le 11 octobre 2022 à 5h15 en vue de l'exécution de son transfert vers l'Italie et n'a pas averti le préfet de police des raisons de son absence. Si elle déclare ne pas avoir pu se rendre à l'aéroport le 11 octobre 2022 à 5h15 en raison d'une part, de l'horaire extrêmement matinal compte tenu de l'éloignement entre son lieu de résidence et le lieu de départ pour l'Italie alors que son fils âgé de 19 mois était fiévreux, il lui appartenait cependant d'organiser son départ pour être en temps et en heure au lieu fixé à l'aéroport, rien ne l'empêchant de prendre un taxi ou d'avoir recours à d'autres modes de transport que les transports en commun. Si elle soutient, d'autre part, que l'état de santé de son fils l'a empêché de se présenter à l'aéroport, il ressort toutefois du compte-rendu de consultation des urgences pédiatriques du 11 octobre 2022 à 11h41, que l'enfant fiévreux depuis plusieurs jours (1 semaine) s'il avait présenté des symptômes de rhinite et une fièvre à 38°C " bien tolérée " le 9 octobre, était à son arrivée aux urgences pédiatriques, le 11 octobre, " en bon état général ", affichant une température de 36,7°C et une gorge saine. De telle sorte que son état de santé ne faisait pas obstacle à ce que la mesure de transfert soit exécutée d'autant qu'il n'est ni établi ni même allégué que des structures de soins adaptées à sa prise en charge en cas de besoin n'auraient pas été disponibles à son arrivée en Italie. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme ayant respecté les exigences des autorités de l'asile.
8. Toutefois et alors que l'absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile se limite à une absence injustifiée, Mme A fait valoir qu'elle est dans une situation de vulnérabilité particulière.
9. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme A, à la date de la décision attaquée est mère d'une enfant de moins de deux ans et qu'elle est dépourvue de ressources et d'hébergement. L'administration, en défense, ne fait pas valoir qu'elle a prévu notamment un hébergement pour Mme A et sa famille en cette période hivernale mais se borne à soutenir qu'un examen de vulnérabilité a été effectué lors de l'enregistrement de sa demande d'asile sans tenir compte des observations présentées par l'intéressée dans son courrier du 21 novembre 2022 dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a accusé réception le 23 novembre suivant. En ne tenant pas compte de la situation particulière de Mme A, mère en charge d'un jeune enfant, de moins de deux ans à la date de la décision du 22 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a inexactement apprécié la vulnérabilité de l'intéressée, en méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me David de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 22 décembre 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A est annulée.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me David une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me David.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police et au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026