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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302583

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302583

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 6 et 15 février 2023, M. F C A, retenu au centre de retention de Paris Vincennes, représenté par Me Weinberg, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 février 2023 par lequel la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre sous astreinte à la préfète du Val de Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C A soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article L. 611-2 du CESEDA ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus d'octroi de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Val de Marne a produit des pièces, enregistrées le 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les observations de Me Weinberg, représentant M. C A, qui invoque un nouveau moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte,

- et les observations de Me Termeau, avocat, représentant la préfète du Val de Marne, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant colombien né le 13 janvier 1978, a fait l'objet le 4 février 2023 d'un arrêté par lequel la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. C A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00660 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val de Marne a donné délégation à Mme D E, sous-préfète, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C A, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C A ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans () ".

8. Si M. C A fait valoir qu'il est entré en France en 1996, il ne justifie pas de son séjour sur le territoire français depuis vingt-sept ans, notamment entre 2001 et 2016. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Si M. C A fait valoir qu'il est entré en France en 1996 avec sa mère et sa fratrie, tous en situation régulière, qu'il a vécu six ans avec une ressortissante française dont il a eu un fils, aujourd'hui âgé de vingt-trois ans, et réside désormais chez sa mère Mme A B, au 4 allée des Platanes à Gentilly (94250), il ne justifie pas de son séjour sur le territoire français depuis 1996, notamment entre 2001 et 2016, et il est célibataire et sans charge de famille en France. Par suite, la préfète n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être rejeté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;(). ".

13. La préfète du Val de Marne a fondé sa décision de refus de délai de départ volontaire sur la circonstance que la présence de M. C A sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, si l'intéressé a été interpellé le 3 février 2023 pour des faits de séquestration et viol en état d'ivresse, sous l'emprise de stupéfiants et sous menace d'une arme, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents procès-verbaux d'audition, que M. C A nie les faits qui lui sont reprochés par une femme qu'il connait de longue date, avec laquelle il a des rapports intimes réguliers, dont il affirme que les accusations dont s'agit ont été proférées dans un but de vengeance et qu'elle a retiré sa plainte contre lui. Dans ces conditions, et en l'état actuel de l'instruction, M. C A est fondé à soutenir que la préfète du Val de Marne a entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la préfète du Val de Marne a refusé à M. C A un délai de départ volontaire ainsi que, par voie de conséquence, la décision par laquelle elle lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision par laquelle M. C A a été obligé de quitter le territoire français ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de M. C A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Les décisions en date du 4 février 2023 par lesquelles la préfète du Val de Marne a refusé à M. C A l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. C A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C A et à la préfète du Val de Marne.

Jugement lu en audience publique le 16 février 2023.

La magistrate désignée,

N. GLa greffière,

P. MAURY

La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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