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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302619

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302619

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 3 février 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. B A.

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 27 janvier 2023 et 31 janvier 2023 au tribunal administratif de Versailles et le 31 mai 2023 au greffe du tribunal,

M. A, représenté par Me Liger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux du droit de l'Union européenne et les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L.251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle ;

- et les observations de Me Liger, avocat de M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant portugais né le 12 juillet 1970 et entré en France en 2015 selon ses déclarations, a fait l'objet d'une interpellation par les services de police de Juvisy-sur-Orge le 25 janvier 2023 pour violences volontaires par conjoint et menaces de mort réitérée avant d'être placé en garde à vue. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est notamment fondé sur la circonstance que ce dernier avait été interpelé par les services de police de Juvisy-sur-Orge le 25 janvier 2023 pour violences volontaires par conjoint et menaces de mort réitérée avant d'être placé en garde à vue et que son comportement constituait ainsi un " trouble à l'ordre public ". Toutefois, il ressort de l'ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evry-Couronnes en date du 12 mai 2023 et du courrier de son conseil en date du

14 mai 2023 que, si le requérant a été poursuivi pour des faits de menaces de mort réitérées à l'encontre de son épouse, il a été relaxé par un jugement du tribunal correctionnel d'Evry en date du 21 avril 2023, sans que de nouvelles poursuites ne soient engagées à l'initiative de son épouse. Il ressort en outre des nombreuses photographies, des contrats de travail, des attestations d'employeurs, de clients et de professionnels ayant été en contact avec lui, des bulletins de salaire ou encore des bilans comptables que M. A, qui est présent en France depuis 2015, et qui est le père de deux enfants mineurs de nationalité portugaise, a exercé une activité professionnelle entre décembre 2015 et mai 2017, en qualité de plâtrier et de peintre, avant de créer une société par action simplifiée le 12 juillet 2019 ayant pour objet la rénovation intérieure dont il est président et actionnaire pour moitié. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, et notamment de l'absence de violences établies à l'encontre de son épouse, de sa situation familiale et de son intégration professionnelle, M. A est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne ne pouvait sans erreur d'appréciation estimer que sa présence en France constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française et que ce dernier a dès lors fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant son pays de renvoi d'office et lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. D'une part, le présent jugement, qui se borne à annuler une décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions qui l'assortissent, n'implique pas la délivrance de la carte de résident demandée. D'autre part, dès lors que M. A dispose d'un droit au séjour de plus de trois mois en sa qualité de citoyen de l'Union européenne exerçant une activité professionnelle en application de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'autorité administrative de le munir d'une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa situation conformément à l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 25 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

H. Delesalle

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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