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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302886

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302886

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302886
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2023, M. A D et Mme B D, représentés par Me Massou, demande au juge des référés :

1°) de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à leur conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dénuée de toute possibilité d'hébergement ils sont à la rue avec leur enfant, né le 20 octobre 2022 ;

- cette absence d'hébergement met en danger l'intégrité physique de l'enfant ;

- la France a été condamnée par la cour européenne des droits de l'Homme le 8 décembre 2022, en raison d'une absence de mise à l'abri, en l'absence de proposition d'hébergement.

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- la carence de l'administration à leur proposer un hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe du respect de la personne humaine ;

- leurs tentatives pour joindre le numéro d'urgence " 115 " sont restées sans succès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet pour irrecevabilité des conclusions s'agissant de la situation de Mme D et au non-lieu à statuer dans cette instance d'agissant des conclusions présentées pour M. D.

Il soutient que Mme D et son enfant mineur étaient hébergés, sans interruption, depuis le 5 décembre 2022 et étaient accueillis depuis le 10 janvier 2023 de manière continue au gymnase Poliveau, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, et que M. D, non accueilli, ne présentait pas de problème de santé, ni de vulnérabilité. Il ajoute que depuis le 9 février 2023 la famille est hébergée, ensemble, dans un hôtel à Saint Ouen l'Aumône dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence. Qu'ainsi les moyens invoqués ne sont pas fondés et qu'aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte à une liberté fondamentale n'est établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n°91-647 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F E C, vice- présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 février 2023, en présence de Mme Depousier greffière d'audience, Mme E C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Massou, qui reprend en substance les éléments contenus dans ses écritures et soutient qu'il n'est pas assuré que l'hébergement de la famille D soit pérenne et que les dispositions des articles L 345-2-2 et L. 345-3-3 du code de l'action sociale et des familles soient mises en œuvre.

- les observations de Me Gorse, substituant Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris qui fait valoir que la requête est irrecevable, s'agissant de Mme D et de son enfant, car ils ne sont pas " à la rue " comme elle l'affirme mais ont été hébergés, sans discontinuité depuis le mois de décembre 2022 et que si Mme D a quitté le gymnase où elle bénéficiait d'un hébergement d'urgence eu égard au très jeune âge de son enfant, il s'agit d'une décision de sa part et non d'une carence de l'Etat, lequel a assuré l'hébergement d'urgence de la mère et de l'enfant et ajoute que la famille étant hébergée ensemble depuis le 9 février 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu du premier alinéa de l'article

R. 522-1 du code, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas utilement contesté par les requérants, que d'une part, seuls Mme D et son enfant ont été accueillis de manière continue depuis le mois de décembre 2022 dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, la situation de M. D ne présentant pas une vulnérabilité particulière conduisant à l'héberger d'urgence et, d'autre part, que la famille est hébergée ensemble, depuis le 9 février 2023, par le Samusocial, dans un hôtel à Saint Ouen l'Aumône. Le droit à l'hébergement est ainsi mis en œuvre et aucune carence ni aucune atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale ne peut être constatée à la date de la présente ordonnance. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur le point de savoir si les conclusions de Mme D étaient ou non irrecevables à l'introduction de la requête du fait qu'elle était accueillie avec son enfant dans le cadre du dispositif d'urgence et qu'elle aurait quitté volontairement cet hébergement, les conclusions aux fins d'injonction présentées au titre de l'article L. 521-2, sont dépourvues d'objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais du litige

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de M. D et Mme D dirigées contre le préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement comme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. D et de Mme D tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard .

Article 2 : Les conclusions tendant au versement de la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à Mme B D, au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France et à Me Massou.

Fait à Paris, le 13 février 2023 .

La juge des référés,

V. Hermann C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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