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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302989

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302989

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCOULIBALY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. A C, maintenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de police a décidé qu'il serait reconduit à destination de l'Iran en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcé à son encontre le 10 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Paris ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- par deux jugements des 3 décembre 2021 et 16 septembre 2022, le tribunal administratif de Paris a établi qu'un retour en Iran l'exposerait à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il souffre d'une maladie grave.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance de l'autorité absolue de la chose jugée attachée au dispositif du jugement du tribunal administratif de Paris n°2125275 du 3 décembre 2021, et au motif qui en constitue le soutien nécessaire ;

- les observations de Me Coulibaly, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre qu'aucun élément n'atteste qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement en Iran et que son état de santé ne s'est pas amélioré,

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés et que, malgré l'interdiction du territoire de 5 ans, le requérant est connu très défavorablement des forces de police, qu'il a menacé de mort et craché à la figure d'un curé, qu'il ne saurait soutenir qu'il est homosexuel alors qu'il a une compagne en France laquelle est enceinte et que ses demandes d'asile ont été rejetées à six reprises,

- et les observations de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant iranien, né le 21 septembre 1986, est entré en France, selon ses déclarations, en 1999. Par un jugement du 10 mars 2021, le tribunal correctionnel de Paris l'a condamné à un emprisonnement délictuel de quatre mois, pour des faits de soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière commis du 1er au 18 décembre 2020 et a prononcé à son encontre une interdiction de territoire français pour une durée de cinq ans à titre de peine complémentaire. Par un arrêté du 10 février 2023, le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article L. 641-2 du même code : " Il ne peut être fait droit à une demande de relèvement d'une interdiction du territoire que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.

5. Par un jugement du 3 décembre 2021, devenu définitif, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé la décision du préfet de police en date du 26 novembre 2021 fixant l'Iran comme pays de destination en exécution de la peine complémentaire d'interdiction de territoire français pour une durée de cinq ans prononcée par le tribunal judiciaire de Paris le 10 mars 2021 au motif que M. C ne pouvait être renvoyé en Iran sans encourir un risque pour sa vie au regard de sa lourde pathologie, de son éloignement de son pays et du reniement de sa religion depuis plusieurs années et de son orientation sexuelle et que le préfet de police avait ainsi méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par un jugement du 16 septembre 2022, dont il a été interjeté appel devant la cour administrative d'appel de Paris, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé les arrêtés des 27 juin et 6 juillet 2022 du préfet de police obligeant M. C à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant de retourner sur le territoire national pendant une durée de vingt-quatre mois. Si au cours de l'audience, le préfet de police a fait valoir que le requérant ne serait ni chrétien, ni homosexuel, ces circonstances, à les supposer établies, ne constituent pas des éléments nouveaux, postérieurs au jugement du 3 décembre 2021 de nature à établir la disparition de celles ayant pu faire obstacle, eu égard à son état de santé, à la décision fixant l'Iran comme pays de destination. Par suite, l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache à ce jugement d'annulation du 3 décembre 2021 et au motif qui en constitue le soutien nécessaire fait obstacle à ce que le préfet de police prenne pour les mêmes motifs, une nouvelle décision fixant à nouveau l'Iran comme pays de destination en exécution de la peine complémentaire d'interdiction de territoire français pour une durée de cinq ans prononcée par le tribunal judiciaire de Paris le 10 mars 2021.

6. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de police du 10 février 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. M. C a été assisté pour la présente audience par un avocat de permanence. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 10 février 2023 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Lu en audience publique le 24 février 2023.

Le magistrat désigné,

G. B

Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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