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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303032

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303032

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303032
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTANGALAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023 Mme C A représentée par Me Tangalakis demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dès lors qu'elle est en situation irrégulière depuis le 27 décembre 2022, qu'elle ne dispose d'aucune ressource pour se nourrir et qu'elle doit acquitter la somme de 100 euros par mois pour se loger ;

- la situation porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, à sa liberté d'aller et venir, et à sa liberté de travailler dès lors qu'elle a cessé d'être inscrite à Pôle emploi depuis le 26 décembre 2022 et ne peut plus rechercher d'emploi, et qu'elle est privée du versement des allocations de la caisse d'allocations familiales pour le mois de janvier 2023.

Le préfet de police à qui la requête a été régulièrement communiquée n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B comme juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 15 décembre 1981, a été admise au statut de réfugié le 13 mai 2022 et a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour valable jusqu'au 26 décembre 2022. En l'absence de nouvelle prolongation d'instruction, elle a sollicité une nouvelle attestation le 28 décembre 2022. Faisant valoir que malgré ses demandes répétées, elle est désormais privée de ses droits sociaux faute de pouvoir justifier de la régularité de sa présence sur le territoire français et ne pourra verser la somme de 100 euros afin de demeurer dans sa structure d'hébergement, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête en référé, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

En ce qui concerne l'urgence :

5. Mme A, qui a obtenu le statut de réfugié, était placée sous attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 26 décembre 2022 et se trouve privée de tout document lui permettant de justifier de la régularité de sa situation sur le territoire français. Cette situation a pour conséquence de la placer dans un grande précarité administrative et financière dès lors qu'elle ne perçoit plus de ressources de la part de la caisse des allocations familiales et doit régler la somme due mensuellement au titre de son hébergement d'accueil. Dès lors, la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code, applicable aux demandes de carte de résident délivrées aux étrangers auxquels la qualité de réfugié a été reconnue en application du 9° de l'arrêté du 27 avril 2021 : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / () ".

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé le 27 juin 2022 une demande de délivrance de titre de séjour et a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 26 décembre 2022. Il résulte de ses échanges avec les services de la préfecture que sa demande était sous un statut " en attente de traitement " le 29 décembre 2022 et que le 16 janvier 2023, le service instructeur l'a informée que si son attestation de prolongation arrivait à échéance, une nouvelle attestation sera créée et pourra être renouvelée autant de fois que nécessaire jusqu'à l'obtention de son titre définitif. Le préfet de police, qui n'a pas présenté de mémoire en défense, était donc tenu de délivrer à la requérante une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande en application des dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le temps que sa demande soit instruite. Toutefois, cette seule carence ne saurait être regardée comme constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, à la liberté d'aller et venir ou à celle de travailler dès lors que Mme A a obtenu le statut de réfugié, qu'elle est en mesure de se déplacer, sous couvert au besoin de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sans alléguer être dans l'obligation de réaliser de déplacement particulier, et qu'elle ne travaille pas et n'en est pas empêchée.

8. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, y compris, en tout état de cause, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, Me Tangalakis et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle et au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 15 février 2023.

Le juge des référés,

H. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /9

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