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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303131

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303131

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCARLUIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son arrêté de radiation du corps des assistants ingénieurs et de réintégration dans son corps d'origine. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de vice de procédure et de défaut d'examen particulier de la situation. Il a jugé que le refus de titularisation pour insuffisance professionnelle, fondé sur l'article L. 327-4 du code général de la fonction publique, était légal. La décision a donc confirmé la mesure prise par le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 13 février 2023, le 10 juin 2024 et le 1er août 2024, M. B... A..., représenté par Me Carluis, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche l’a radié du corps des assistants ingénieurs du ministère chargé de l’enseignement supérieur et l’a réintégré dans le corps des techniciens de recherche et de formation du ministère chargé de l’enseignement supérieur ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche de le réintégrer dans le corps des assistants ingénieurs en tant que stagiaire et de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un vice de procédure ;
- il n’a pas été précédé d’un examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d’une erreur de fait s’agissant de sa valeur professionnelle ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation de sa valeur professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Victor Tanzarella Hartmann, conseiller,
- les conclusions de Mme Christelle Kanté, rapporteure publique,
- et les observations de Me Carluis, avocat de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A... a été nommé dans le corps des assistants ingénieurs du ministère chargé de l’enseignement supérieur en qualité de stagiaire par un arrêté du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche le 26 janvier 2021. Il a été affecté à l’Observatoire de Paris en date du 1er février 2021 pour y exercer les fonctions de responsable du pôle électricité au sein de la direction immobilière et logistique. Par un arrêté ministériel du 5 avril 2022, le stage de M. A... a été renouvelé pour une durée de six mois avec effet au 1er février 2022. Par un avis du 12 décembre 2022, la commission administrative paritaire nationale compétente à l’égard de son corps s’est prononcée contre sa titularisation. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche l’a radié du corps des assistants ingénieurs et l’a réintégré dans son corps d’origine. C’est l’arrêté attaqué.

En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme C... D..., adjointe au sous-directeur de la gestion des carrières au sein du service des personnels ingénieurs, administratifs, techniques, pédagogiques, sociaux et de santé et des bibliothèques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette dernière justifiait d’une délégation de signature par une décision du 25 janvier 2022 publiée au Journal officiel de la République française le 2 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l'article 39 du décret du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires, applicable au litige : « Toutes facilités doivent être données aux membres siégeant au sein des commissions administratives paritaires par les administrations pour leur permettre de remplir leurs attributions. En outre, communication doit leur être donnée de toutes pièces et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission huit jours au moins avant la date de la séance ».

Il ressort des pièces du dossier que les pièces et documents relatifs à la situation de M. A... ont été transmis aux membres de la commission administrative paritaire nationale six jours avant la date de sa séance. Toutefois, il ressort du procès-verbal de séance que les membres de la commission ont pu se prononcer sur la situation de M. A... en toute connaissance de cause et qu’aucun de ses membres n’a relevé la tardiveté de la transmission de son dossier individuel. Par suite et dans les circonstances de l’espèce, cette circonstance n’a pas privé M. A... d’une garantie ni influé sur le sens de l’arrêté attaqué. L’irrégularité de la procédure suivie n’est donc pas de nature à entacher la légalité de l’arrêté attaqué, et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En troisième lieu, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a procédé à l’examen particulier de la situation de M. A..., la circonstance que l’administration n’ait pas tenu compte des observations du requérant sur son bilan de résultats étant sans incidence sur la nature de cet examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de M. A... doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 327-4 du code général de la fonction publique : « Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : / 1° Pour insuffisance professionnelle (…) ».

Pour refuser de titulariser M. A... dans le corps des assistants ingénieurs et le radier des cadres de ce corps, le ministre s’est fondé sur l’insuffisance professionnelle de l’intéressé, constatée au cours de sa période de stage. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des procès-verbaux de la commission administrative paritaire d’établissement et de la commission administrative paritaire nationale qui se sont prononcées sur sa situation, que M. A... a adopté un positionnement mal adapté à sa qualité de cadre intermédiaire, qu’il a échoué à rendre compte de son action auprès de sa hiérarchie de façon satisfaisante, qu’il n’est pas parvenu à encadrer efficacement l’agent placé sous sa responsabilité et qu’il a enfin manifesté une attitude de défiance vis-à-vis de sa hiérarchie durant la période de prolongation de son stage. Si M. A... soutient que l’absence de l’agent placé sous sa responsabilité entre janvier et août 2021 a pesé sur sa charge de travail, il ressort des pièces du dossier que M. A... pouvait disposer du soutien de prestataires extérieurs, auxquels il a insuffisamment fait recours. En outre, M. A... soutient qu’ayant été placé sous la supervision d’un agent de catégorie B pendant la période de prolongation de son stage, il n’a pu être correctement évalué. Toutefois, il n’établit pas que son superviseur, un agent expérimenté, ait été dans l’incapacité de procéder à son évaluation, aucune disposition législative ou réglementaire n’interdisant au demeurant de placer un agent sous l’autorité d’un agent de catégorie inférieure. Enfin, si M. A... soutient que l’accompagnement déployé par son administration pendant sa période de stage a été défaillant, il ressort des pièces du dossier que son stage a fait l’objet d’un suivi rapproché et individualisé, qu’il a bénéficié de formations, de bilans réguliers, d’une redéfinition régulière de ses objectifs, d’un changement de superviseur à mi-parcours et de la désignation d’un représentant du personnel chargé de l’accompagner après la prolongation de son stage. Par suite, c’est sans commettre d’erreur manifeste d'appréciation ni d’erreur de fait que le ministre a pu estimer que l’insuffisance professionnelle de M. A... justifiait de ne pas le titulariser dans le corps des assistants ingénieurs et de le radier de ce corps.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué. Par voie de conséquence, il n’y pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant. La requête doit donc être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.


Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,
M. Maréchal, premier conseiller,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.


Le rapporteur,




V. Tanzarella HartmannLe président,




S. Davesne

La greffière,




V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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