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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303353

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303353

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence dès lors que sa signataire ne disposait pas d'une délégation de signature à cet effet et, à supposer qu'elle en ait disposé, que cette délégation ne comportait pas la signature du préfet de police et n'avait pas été régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un vice de forme dès lors que la mention de la qualité de l'auteur de l'acte est illisible ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations avant son adoption, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il appartenait par ailleurs au préfet de police de lui permettre de se faire assister d'un interprète pour que les échanges dans ce cadre puissent intervenir dans une langue qu'il comprend, conformément à l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 712-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens du requérant n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 17 avril 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rezard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 10 octobre 1977, entré en France le 6 décembre 2000 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 décembre 2022, le préfet de police a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. B en demande l'annulation.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-707 du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Akhmeteli, secrétaire administrative de classe normale à la section admission exceptionnelle et signataire de l'arrêté attaqué, à effet de signer, notamment, " les décisions de refus de séjour, les obligations à quitter le territoire français () des ressortissants étrangers qui déposent une demande dont un des motifs est relatif à l'admission exceptionnelle au séjour ". En outre, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 3 octobre 2022 comporte, en tout état de cause, la signature du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté dans toutes ses branches.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation de M. B, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé afin de refuser l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre et de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué est revêtu, outre du nom et du prénom de sa signataire, de la mention de sa qualité, à savoir " l'adjointe à la cheffe de la section admission exceptionnelle ". Par suite, le moyen tiré du vice de forme manque en fait.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " (). / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. "

6. M. B soutient avoir résidé de manière continue sur le territoire français depuis l'année 2010. Toutefois, il n'a communiqué à l'appui de ses allégations qu'une attestation d'hébergement au centre " le refuge des œuvres de la mie de pain " depuis le 1er janvier 2010, des avis d'imposition, qui indiquent à compter de l'année 2016 un revenu fiscal de référence nul, et des copies de cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat, ce qui constitue des pièces insuffisamment nombreuses et probantes pour justifier de la continuité de sa résidence sur le territoire français au cours de ces années. Dès lors, le préfet de police n'était pas tenu, en application des dispositions précitées, de consulter la commission du titre de séjour.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si le frère de M. B séjourne régulièrement en France, deux de ses autres frères et ses trois sœurs résident dans son pays d'origine. Le requérant, qui est sans profession, ne justifie par ailleurs pas, ainsi qu'il a été dit au point 6, de l'ancienneté de son séjour en France. Par suite, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, que le requérant ne justifie pas d'attaches familiales et personnelles autre qu'un de ses frères sur le territoire national. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En quatrième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est susceptible de porter une atteinte d'une exceptionnelle gravité à sa situation personnelle. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9, en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, que la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporterait sur sa situation personnelle.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

12. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

13. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait privé M. B de son droit à être entendu, notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, avant de l'obliger à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que, dans le cadre d'un entretien préalable à l'adoption de cette décision, il n'aurait pas été assisté d'un interprète.

14. En deuxième lieu, le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à M. B, dont il ne résulte pas de ce qui précède qu'il serait illégal, constitue la base légale de la décision par laquelle il lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette première décision est infondé.

15. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 9, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. B. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées aux points 9, 10 et 15, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle du requérant doit être dès lors écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français, dont il ne résulte pas de ce qui précède qu'elle serait illégale, constitue la base légale de la décision par laquelle il a fixé le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être reconduit. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette deuxième décision est infondé.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Si le requérant soutient qu'il risque de faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Mali, en particulier dans la région de Kayes, dont il est originaire et où des attentats terroristes ont été commis, il ne justifie pas être visé par une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette région serait caractérisée par un degré de violence aveugle. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

N. Amat

La greffière,

C. Yahiaoui

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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