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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303436

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303436

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTRORIAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février et 5 avril 2023, M. A B, représenté par Me Trorial, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a porté interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous 8 jours ; à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous 8 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ; la somme de 1 500 euros à verser à son conseil et 750 euros à lui verser en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle ; la somme de 1 500 euros à lui verser directement en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est infondée en l'absence de menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire sans délai ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2023.

La demande de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 3 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perrot,

- et les observations de Me Trorial, représentant M. B.

Une note en délibéré, enregistrée le 28 avril 2023, a été présentée pour Mme B par Me Trorial.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité tunisienne, entré en France le 30 mars 2021 sous couvert d'un visa long séjour valable jusqu'au 22 mars 2022, demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a porté interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé une ressortissante française le 17 septembre 2020, après deux ans de relation durant lesquels sa compagne est régulièrement venue lui rendre visite à Djerba. S'il est constant que M. B a commis des faits de violence conjugale " suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ", le 1er août 2021, ce qui lui a valu d'être condamné le 8 novembre 2021 à une peine d'emprisonnement de 8 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans, il ressort des attestations circonstanciées de son épouse, d'une part, que " cela ne s'est jamais reproduit ", qu'il s'agissait d'un " fait isolé ", d'autre part, qu'ils poursuivent une vie commune, souhaitent " fonder une famille " et mener des " projets communs ". En outre, il ressort également des pièces du dossier que, en dépit de cette condamnation pour des faits dont la gravité ne saurait être minimisée, la commission du titre de séjour a émis, le 21 décembre 2022, un avis favorable à la délivrance du titre sollicité, relevant que l'intéressé avait " parfaitement exécuté les conditions mises à son sursis probatoire et qu'il s'acquitte () scrupuleusement de ses obligations de suivi ", qu'il a " rapidement trouvé un contrat de travail à durée indéterminée " en qualité de réceptionniste d'hôtel, soutenu son épouse dans sa formation de puéricultrice et que les époux sont parvenus à surmonter leurs difficultés d'un " commun accord ". Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B, le préfet a porté au droit du requérant à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués dans la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de police a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a également lieu d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a porté interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu au point 3 implique nécessairement qu'il soit délivré à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour mention vie privée et familiale et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Trorial et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

V. PERROT

Le président,

J-F. SIMONNOTLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303436

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