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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303493

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303493

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303493
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, Mme C A, représentée par Me Delrieu, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par heure de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par heure de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence propre à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, dès lors qu'en raison du classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de l'expiration de son actuel récépissé à la date du 17 février 2023, elle ne peut bénéficier de l'autorisation de travail qui lui a été délivrée le 8 février 2023, et se trouve exposée à une mesure d'éloignement alors qu'elle était jusqu'à présent en situation régulière et qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- le classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour et le refus de renouvellement de son récépissé méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et portent une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit à une vie privée et familiale et à son droit au travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 20 février 2023, en présence de M. Drai, greffier d'audience :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Delrieu, représentant Mme A, également présente, qui maintient ses conclusions et moyens,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante coréenne, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable du 15 septembre 2021 au 14 septembre 2022, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Elle s'est vu délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 17 février 2023. Par un courriel du 13 février 2023, en réponse à une demande de récépissé, la préfecture lui a indiqué que les éléments communiqués n'ont pas permis de donner une suite favorable à sa demande et que sa demande avait dès lors été " classée sans suite ". Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé portant autorisation provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de titre de séjour. Elle doit être regardée comme demandant la suspension de la décision du 13 février 2023 et la délivrance d'un récépissé portant autorisation provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour (), autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". L'article

R. 421-1 du même code dispose que : " La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 autorise l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions définies aux articles R. 5221-1 et suivants du code du travail ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-12 dudit code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. ", l'article R. 431-13 de ce code venant préciser que " la durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois " et " peut être renouvelé " et l'article R. 431-15 que " le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

4. D'une part, Mme A, qui est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, et dont le récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour est arrivé à échéance le 17 février 2023, justifie, du fait de sa situation administrative, d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'à la date à laquelle la préfecture de police a notifié par courriel à Mme A, sans indiquer de voies et délais de recours, que sa demande était " classée sans suite ", Mme A était titulaire non seulement d'un contrat de travail à durée indéterminée, mais également d'une autorisation de travail délivrée le 8 février 2013, dont la préfecture était informée. Par ailleurs, le préfet de police n'a pas été en mesure, jusqu'à la clôture de l'instruction, de préciser les motifs du " classement sans suite " de la demande de Mme A et n'a utilement contesté ni le caractère complet du dossier de la requérante, ni, au demeurant, le bien-fondé de sa demande. Dans ces conditions, la décision de procéder au " classement sans suite " de la demande de Mme A a porté à son droit au travail une atteinte grave et manifestement illégale. Il y a lieu, dès lors, de suspendre la décision de " classement sans suite " du 13 février 2023 et d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile assorti d'une autorisation de travail, renouvelable jusqu'à ce que le préfet de police se soit prononcé sur la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressée, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La décision de " classement sans suite " du 13 février 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile assorti d'une autorisation de travail, renouvelable jusqu'à ce que le préfet de police se soit prononcé sur la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressée.

Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de police.

Fait à Paris le 22 février 2023.

Le juge des référés,

C. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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