jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303496 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Machado, avocat de M. C, qui fait valoir un moyen nouveau tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été traduite en espagnol au requérant lors de sa notification,
- les observations de M. C, assisté d'un interprète en espagnol,
- les observations de Me Vo, avocate, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet du moyen nouveau soulevé à l'audience comme inopérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant péruvien né le 2 février 1991, a fait l'objet le 8 janvier 2023 d'un arrêté du préfet de police l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et le plaçant en rétention administrative. Il est constant qu'il n'a pas contesté cette décision d'éloignement devant le juge administratif. Il a déposé une demande d'asile en rétention le 16 février 2023, alors qu'un vol avait été retenu pour le 21 février suivant afin de procéder à l'exécution forcée de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) a estimé cette demande irrecevable par une décision du 17 février 2023. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative.
Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de police de l'entier dossier de procédure :
2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".
3. Le préfet de police a produit le 27 février 2023 de nombreuses pièces relatives au requérant. L'affaire est ainsi en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté, sans que requérant ne soutienne que le préfet de police serait en possession d'éléments additionnels ou que cette circonstance ressorte des pièces du dossier. Par suite, il n'y pas lieu d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.
Sur les autres conclusions :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / (). ". Son article L. 754-4 dispose : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à
l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / (). ".
5. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que l'annulation d'une décision par laquelle l'autorité administrative maintient en rétention un étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile ne peut être utilement demandée que dans la mesure de la contestation des motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que ladite demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Il en résulte que les moyens de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté
du 17 février 2023, de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu, de l'absence d'assistance d'un avocat et, enfin, de la méconnaissance des dispositions des articles R. 521-16 et R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives à l'information du demandeur d'asile en général et ainsi qu'à celle du demandeur d'asile en rétention, qui relèvent tous de la légalité externe de l'arrêté litigieux et ne tendent ainsi pas à contester les motifs retenus par l'administration pour estimer que la demande d'asile avait été présentée dans le seul but de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement en date du 8 janvier 2023, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
6. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'aucun de ces moyens n'est en l'espèce fondé et qu'en particulier, M. C a reçu dès le 8 janvier 2023 en espagnol, langue qu'il comprend, l'ensemble des informations utiles relativement à son droit de déposer une demande d'asile, droit qu'il n'a exercé que le 16 février suivant, peu avant son éloignement forcé qui était prévu le 21 février 2023.
7. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. Ainsi, la circonstance que la notification de l'arrêté attaqué se soit accompagnée de la transmission à M. C de sa copie incomplètement traduite en espagnol et qu'il ne serait ainsi pas établi que l'intéressé ait compris le sens de la procédure et de la décision en litige dès le 17 février 2023 est sans incidence sur sa légalité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la directive du 26 juin 2013 susvisée : " () / 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : / d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ; / () / Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national. / (). ".
9. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du dernier paragraphe du 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE précité, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions dudit 3, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence des motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, auditionné le 6 janvier 2023 en présence d'un avocat et d'un interprète, a indiqué être venu en France pour des raisons professionnelles. Il n'a à aucun moment fait état de risques de persécution ou de mauvais traitements en cas de retour au Pérou avant le dépôt de sa demande d'asile en rétention, le 16 février 2023, alors que son éloignement forcé vers ce pats était planifié pour le 21 février suivant. Il avait pourtant été informé dès le 8 janvier 2023, au moment de son placement en rétention, de son droit à déposer une demande d'asile. Il en résulte que la demande d'asile du requérant a été considérée à raison comme irrecevable par l'OFPRA
le 17 février 2023, en application de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le requérant n'a apporté aucune précision dans le cadre de la présente instance sur la nature des risques auxquels il pourrait être soumis en cas de retour au Pérou. Il en résulte qu'en estimant que l'intéressé n'avait déposé une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative que dans le but de faire échec à une mesure d'éloignement, le préfet de police n'a commis ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation. De même, il a fondé sa décision sur des critères objectifs, contrairement à ce que soutient M. C.
12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception des cas mentionnés aux b et c du 2° de l'article L. 542-2, la décision d'éloignement ne peut être mise à exécution avant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait rendu sa décision ou, en cas de saisine du président du tribunal administratif, avant que ce dernier ou le magistrat désigné à cette fin ait statué. ". Son article L. 754-6 précise : " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531-24. ".
13. Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée en rétention est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code et que son dépôt fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement touchant le demandeur jusqu'à l'intervention de la décision de l'OFPRA ou, au plus tard, de l'intervention de la décision du juge administratif rendu sur la décision de maintien en rétention. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la cour nationale du droit d'asile (CNDA) à l'encontre de la décision de l'OFPRA lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif et d'un prétendu droit à voir une demande d'asile examinée en procédure normale doit être écarté.
14. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Lu en audience publique le 2 mars 2023.
Le magistrat désigné,
V. ALa greffière,
T. René-Louis-Arthur
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303496/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026