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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303530

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303530

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. E C, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les deux arrêtés du 16 février 2023 par lesquels le préfet de police de Paris, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et, d'autre part, a interdit son retour sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature du préfet de police ;

- elle est insuffisamment motivée en faits ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle dès lors qu'elle est fondée uniquement sur le motif selon lequel M. C était dépourvu de tout document de voyage et ne pouvait justifier être entré régulièrement en France, alors qu'il détient un passeport en cours de validité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, le comportement de M. C ne constituant pas une menace pour l'ordre public dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de poursuites pénales à son encontre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature du préfet de police ;

- l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire entache d'illégalité cette décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2023, le préfet de police, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 mars 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application des dispositions des articles R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 27 mars 2023 en présence de Mme Parewyck, greffière :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Kalifa, substituant Me Pafundi, représentant M. C, qui reprend ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 8 février 1982, s'est vu notifier le 16 février 2023 deux arrêtés datés du même jour par lesquels le préfet de police, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et, d'autre part, a interdit son retour sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 14 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

3. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police n° 75-2023-056 du 23 janvier 2023, le préfet de police a donné à M. A D, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Pour décider d'obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de police a retenu que l'intéressé était dépourvu de document de voyage et ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision, le requérant ne saurait utilement se borner à faire valoir qu'il détient un passeport en cours de validité dès lors que, outre qu'il n'établit pas même, par les pièces qu'il produit, la détention effective d'un tel document de voyage, il ne conteste ni l'irrégularité de son entrée sur le territoire national ni l'absence de détention d'un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale en faisant valoir, d'une part, qu'il serait entré en France il y a dix ans. Toutefois il n'apporte pas d'élément de nature à l'établir. D'autre part, s'il indique exercer une activité professionnelle en France, il ressort des pièces du dossier qu'il occupe un emploi d'agent d'entretien à temps partiel depuis avril 2018. En outre, M. C est célibataire et père de trois enfants dont il n'a pas la charge. Ces éléments ne permettant pas de conclure à l'existence d'une vie privée et familiale en France, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de la menace pour l'ordre public constitué par son comportement constitué de faits de vol avec dégradation à Paris signalés par les services de police le 16 février 2023, d'autre part, de l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à son obligation de quitter le territoire dès lors qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement en France, qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement à savoir une obligation de quitter le territoire décidée par le préfet du Val-de-Marne le 1er octobre 2014 et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisante dans la mesure où il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

11. Si M. C fait valoir, d'une part, que les faits de vol avec dégradation précités n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales, il n'en conteste pas sérieusement la matérialité. Or, de tels faits sont de nature à constituer une menace pour l'ordre public justifiant que le préfet de police refuse d'accorder un délai de départ volontaire en application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 précité. D'autre part, si, au cours de l'audience, le conseil de M. C a fait valoir que la précédente obligation de quitter le territoire à l'exécution de laquelle l'intéressé s'était soustrait était ancienne, et que ce dernier dispose d'une résidence dès lors qu'il est hébergé chez un tiers, il ne résulte pas de ces éléments que le préfet de police aurait inexactement appliqué les dispositions des 5° et 8° de l'article L. 612-2 précité. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

12. Eu égard aux éléments rappelés ci-dessus, ainsi qu'à la situation personnelle de M. C rappelée au point 8, le préfet, en refusant un délai de départ volontaire, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de celui-ci garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour doit être écartée.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

15. Si le requérant fait valoir que sa présence en France depuis dix ans constituerait un motif humanitaire au sens des dispositions précitées, il n'établit en tout état de cause, ainsi qu'il résulte des éléments visés au point 4 du présent jugement, par aucun élément la réalité d'une telle présence en France. En outre, eu égard à la situation personnelle de M. C rappelée au point 5, le préfet de police, en interdisant le retour de celui-ci sur le terrain français pendant deux an, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de celui-ci garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Pafundi et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. B

La greffière,

N. PAREWYCK

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /1-3

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