vendredi 2 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303563 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 21 décembre 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour muni de la mention " vie privée et familiale ", de lui restituer son passeport et de procéder à son effacement du système d'information Schengen, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il n'est pas établi que l'avis a été régulièrement signé et que ces signatures sont authentifiées conformément à l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration et à l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005, ni que cet avis a été émis à l'issue d'une délibération collégiale ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- les décisions lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français méconnaissent les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Simonnot ;
- les observations de Me Sauvadet, représentant M. A
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 10 septembre 1983 et entré en France le 24 février 2018 muni de son passeport revêtu d'un visa. Muni d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 21 octobre 2021 au 20 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour pour des motifs tirés de son état de santé. Par un arrêté du 21 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
3. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé, en suivant l'avis émis le 2 novembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et y voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical rédigé le 6 février 2020 par la neurologue, membre de l'équipe médicale du pôle " maladies du système nerveux " de l'hôpital de la Pitié-Salpétière de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, qui assure le suivi de l'intéressé, que M. A souffre, depuis 2015, d'une sclérose en plaques rémittente nécessitant, d'une part, un suivi spécialisé régulier et des analyses sanguines trimestrielles, d'autre part, un traitement médicamenteux à base d'Aubagio (Teriflunomide), en comprimé, spécialité pharamaceutique que l'intéressé doit prendre quotidiennement par voie orale. Si l'intéressé allègue que l'Aubagio n'est pas disponible dans son pays d'origine et que la Tunisie ne dispose que des médicaments contre la sclérose en plaques administrés par injection, tels que l'Avonex et le Rebif, précédemment prodigués à M. A et ayant chacun conduit à des échecs thérapeutiques, ainsi qu'en attestent le compte-rendu de consultation du 18 novembre 2019 et un certificat médical rédigé le 1er février 2023 par un médecin neurologue tunisien, il produit un devis établi par une pharmacie tunisienne le 22 mars 2023 démontrant que l'Aubagio peut être commandé depuis la Tunisie. Toutefois, M. A fait valoir, sans être contredit, que le prix d'une boîte d'Aubagio, qui comprend vingt-huit comprimés et qu'il consommerait donc en un mois, s'élève à 8 699,240 dinars tunisiens, soit environ 2 535 euros, correspondant au salaire minimum mensuel tunisien multiplié par cinq, selon le requérant qui n'est pas davantage contredit sur ce point. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'Aubagio ne figure pas sur la liste, produite à l'instance, des médicaments pris en charge par le régime de sécurité sociale de base en Tunisie, et qu'il n'existe pas d'équivalent ou de générique à ce médicament, ainsi que l'indique le certificat médical du 1er février 2023. Il suit de là que si l'Aubagio est disponible en Tunisie, il ne peut être regardé comme étant accessible à l'ensemble de la population en raison de son coût et qu'ainsi, au regard des ressources financières du requérant telles qu'elles ressortent des pièces produites, notamment ses bulletins de paie, alors que M. A ne pourra en bénéficier effectivement compte tenu, selon lui toujours et sans que cela ne soit contesté en défense, de ses perspectives d'emploi et le cas échéant de rémunération, lesquelles ne laissent pas présumer qu'il puisse faire face au coût du traitement apporprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A, qui produit des éléments précis et concordants, est fondé à soutenir que, contrairement à ce qui a été retenu par le préfet des Hauts-de-Seine et, antérieurement, par le collège des médecins de l'OFII, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Tunisie, et que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui renouveler son titre de séjour.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant son pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, la résidence de M. A étant fixée à Paris à la date d'enregistrement de sa requête, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. A du système d'information Schengen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée. Par ailleurs, le présent jugement ne suppose aucunement, eu égard au motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer son passeport à M. A, alors au demeurant que celui-ci n'apporte aucun élément susceptible de contester la légalité de cette rétention.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 21 décembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Simonnot, président ;
- M. Perrot, premier conseiller ;
- M. Palla, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
Le président-rapporteur,
J.-F. SIMONNOT
L'assesseur le plus ancien,
V. PERROTLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de police, chacun en ce qui le concerne ou à tous comissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026