mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303564 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ROCHICCIOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2023, Mme B A, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 250 euros à Me Rochiccioli, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit et d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision en date du 10 janvier 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Palla,
- et les observations de Me Sainte Fare Garnot, substituant Me Rochiccioli, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, de nationalité gabonaise, née le 4 janvier 1974, entrée en France, en dernier lieu, le 13 mai 2015 sous couvert d'un visa " C " délivré le 18 décembre 2014 à Libreville, demande l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de police a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination.
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
3. Mme A soutient s'être mariée à un ressortissant français le 21 février 2015, s'être ensuite rendue au Gabon car sa mère était malade, être revenue en France puis avoir quitté le domicile conjugal suite à des violences sexuelles. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a porté plainte pour viol contre son époux le 23 mai 2017 et que suite à ces évènements, ainsi qu'en attestent les nombreux documents médicaux produits, elle a souffert de stress post traumatique important, ayant notamment justifié une incapacité totale de travail de cinquante jours déterminée par le médecin des urgences médico-judiciaires de l'hôpital Hôtel Dieu. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A a subi d'autres viols entre juillet et fin septembre 2016 pour lesquels une procédure est en cours devant le juge judiciaire. Mme A explique s'être vu refuser l'admission au séjour en tant que conjointe de français par un arrêté du préfet de Dordogne du 21 juin 2016. Elle a demandé le 2 avril 2019 à bénéficier d'un titre de séjour pour étranger malade, compte tenu de la pathologie psychiatrique qu'elle avait développée. Par un arrêté du 25 avril 2019, le préfet de police a refusé sa demande. Par une décision n° 21PA00745 du 23 décembre 2021 la Cour administrative d'appel de Paris a annulé le jugement du tribunal administratif de Paris ayant rejeté le recours de Mme A contre cet arrêté, en tant qu'il rejetait les conclusions de l'intéressée contre les décisions du préfet de police du 25 avril 2019 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. La Cour s'est fondée sur le motif que l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de l'intéressée faisait obstacle à ce qu'elle puisse bénéficier d'une expertise dans le cadre d'une procédure pénale. La Cour a également enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A. Le préfet, pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour par l'arrêté du 22 novembre 2022, après avoir examiné de façon superfétatoire sa situation sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la décision de la Cour précitée ne lui enjoignait pas de le faire, s'est borné à mentionner que Mme A ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est célibataire et qu'elle n'atteste pas être démunie d'attaches familiales à l'étranger où résident ses deux enfants majeurs et qu'elle n'établit pas la réalité de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Or, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la procédure judiciaire ouverte à la suite des viols répétés subis par Mme A est toujours en cours, l'intéressée ayant fait appel le 31 mai 2022 du jugement du 23 mai 2022 de la cour d'Assise de Nanterre, et qu'elle était convoquée par la Cour d'appel de Paris à comparaître en personne à l'audience du 11 avril 2023. D'autre part, il résulte de ce qui vient d'être dit qu'alors que Mme A justifie de difficultés personnelles importantes, qu'elle souffre d'une affectation psychiatrique post-traumatique et qu'elle établit poursuivre une action judiciaire suite aux violences sexuelles subis, l'arrêté attaqué a pour effet d'empêcher matériellement à l'intéressée de continuer le parcours judiciaire engagé et d'obtenir ainsi réparation des préjudices subis. Dès lors, en refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2022 de refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, celle des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination contenues dans le même arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de police, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocate de Mme A renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Rochiccioli.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 22 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Rochiccioli, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Rochiccioli.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
Le rapporteur,
F. PALLA
Le président,
J-F. SIMONNOTLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne le préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026