LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303804

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303804

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantOSBORNE CLARKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2023 et le 27 mars 2023, la fédération nationale des syndicats de transports CGT, le syndicat CGT des entreprises de livraison deux roues de Lyon, le syndicat CGT des livreurs ubérisés toulousains, M. D Q, M. E W, Mme F I, M. U AE, M. V G, M. N L, M. A T, M. AD AC, M. AG, M. AH S, M. AF B, M. H P, M. Z Y, M. R X, M. C M, M. AA J et M. K AB, représentés par Me Brault, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a validé l'accord collectif majoritaire portant plan de sauvegarde de l'emploi au sein de la société Takeaway.com Express France SAS ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de validation de l'accord collectif majoritaire est insuffisamment motivée, car elle ne permet pas d'établir la réalité du contrôle de la représentativité de l'organisation syndicale signataire de l'accord collectif par l'autorité administrative ;

- la société Takeaway. Com Express France SAS a manqué de loyauté dans la procédure de négociation de l'accord collectif majoritaire ;

- l'administration n'a pas vérifié la procédure d'information et de consultation du comité social d'entreprise laquelle est irrégulière en l'absence de communication de nombreux documents et indicateurs ayant entravé la mission d'expertise et la possibilité pour le CSE de délivrer un avis éclairé ;

- les mesures contenues dans le plan de sauvegarde de l'emploi sont insuffisantes au regard des moyens dont disposent la société et le groupe auquel elle appartient ;

-l'administration n'a pas contrôlé le respect par l'employeur de ses obligations en matière de prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2023 et le 3 avril 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2023 et le 3 avril 2023, la société Takeaway. Com Express France SAS, représentée par Me Le Mière et Me Yvon, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 6 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, car la fédération nationale des syndicats de transports CGT, le syndicat CGT des entreprises de livraison deux roues de Lyon, le syndicat CGT des livreurs ubérisés toulousains n'ont ni intérêt, ni qualité pour agir, et les salariés de la société n'ont pas intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcus,

- les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure public,

- et les observations de Me Yvon et Me Parssegny, pour la société Takeaway. Com Express France SAS.

Considérant ce qui suit :

1. La société Takeway.com Express France SAS appartient au groupe de droit néerlandais, Just Eat Takeway.com, spécialisé dans la livraison de repas à domicile. Elle régit les opérations de livraison des repas commandés sur la plateforme Just Eat dans vingt-sept villes françaises. Le 26 juillet 2022, elle a présenté au comité social et économique un projet de réorganisation de son activité, conduisant à la cessation de son service de livraison dans toutes les villes sauf Paris, à la suppression de 306 emplois et à la fermeture de quatre établissements, à Bordeaux, Lille, Lyon et Marseille. La société a signé le 25 novembre 2022 avec l'organisation syndicale FO un accord collectif majoritaire portant plan de sauvegarde de l'emploi. Par une décision du 21 décembre 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a validé l'accord collectif majoritaire portant plan de sauvegarde de l'emploi au sein de la société Takeway.com Express France SAS. Par la présente requête, la fédération nationale des syndicats de transports CGT et les autres requérants demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1233-57-4 du code du travail : " L'autorité administrative notifie à l'employeur la décision de validation dans un délai de quinze jours à compter de la réception de l'accord collectif mentionné à l'article L. 1233-24-1 (). Elle la notifie, dans les mêmes délais, au comité social et économique et, si elle porte sur un accord collectif, aux organisations syndicales représentatives signataires. La décision prise par l'autorité administrative est motivée. () ".

3. En vertu de ces dispositions, la décision expresse par laquelle l'administration valide un accord collectif majoritaire fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi doit énoncer les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que les personnes auxquelles cette décision est notifiée puissent, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si le respect de cette règle de motivation n'implique ni que l'administration prenne explicitement parti sur le respect de chacune des règles dont elle doit assurer le contrôle, ni qu'elle retrace dans la motivation de sa décision les étapes de la procédure préalable à son édiction, il lui appartient, toutefois, d'y faire apparaître les éléments essentiels de son examen, à savoir ceux relatifs au caractère majoritaire de l'accord, à la régularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique, et à la présence, dans le plan de sauvegarde de l'emploi, des mesures de reclassement prévues aux articles L. 1233-61 et L. 1233-63 du code du travail. En outre, il appartient, le cas échéant, à l'administration d'indiquer, dans la motivation de sa décision, tout élément sur lequel elle aurait été, en raison des circonstances propres à l'espèce, spécifiquement amenée à porter une appréciation.

4. En l'espèce, la décision contestée vise les dispositions du code du travail dont elle fait application. Elle énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour apprécier le caractère majoritaire de l'accord, la régularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique et la présence, dans le plan de sauvegarde de l'emploi, des mesures de reclassement prévues par le code du travail. En particulier, elle précise les trois éléments qu'elle a contrôlés pour établir le caractère majoritaire de l'accord, à savoir la signature de cet accord par une organisation syndicale reconnue représentative dans le champ de la négociation collective, et ayant recueilli au moins 50 % des suffrages exprimés aux dernières élections des membres du comité social et économique, ainsi que la désignation du signataire comme délégué syndical par l'organisation syndicale après les dernières élections professionnelles. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1233-57-2 du code du travail : " L'autorité administrative valide l'accord collectif mentionné à l'article L. 1233-24-1 dès lors qu'elle s'est assurée de / : 1° Sa conformité aux articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-3 ; / 2° La régularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique ; / 3° La présence dans le plan de sauvegarde de l'emploi des mesures prévues aux articles L. 1233-61 et L. 1233-63 ;/ 4° La mise en œuvre effective, le cas échéant, des obligations prévues aux articles L. 1233-57-9 à L. 1233-57-16, L. 1233-57-19 et L. 1233-57-20 ". Il résulte de ces dispositions que les vices affectant, le cas échéant, les conditions de négociation d'un accord collectif conclu sur le fondement de l'article L. 1233-24-1 du code du travail ne sont susceptibles d'entraîner l'illégalité de la décision validant cet accord que s'ils sont de nature à entacher ce dernier de nullité.

6. En l'espèce, si les requérants soutiennent que la société Takeway.com Express France SAS a méconnu son obligation de loyauté en écartant le syndicat CGT de la réunion finale de négociation de l'accord collectif le 22 novembre 2022 pour poursuivre des négociations séparées avec le syndicat FO, il est constant que dès le 26 juillet 2022, lors de la première réunion extraordinaire du comité social et économique sur le projet de réorganisation, à laquelle participaient les représentants de la CGT, la direction de la société a exprimé son souhait de négocier un accord collectif avec les organisations syndicales présentes dans l'entreprise. Il ressort également des pièces du dossier que les délégués syndicaux de la CGT et de FO ont été convoqués à chacune des sept réunions de négociations, qui se sont tenues entre le 10 août et le 22 novembre 2022, que le délégué de la CGT a participé aux six premières réunions et a refusé de participer à la dernière, après que la date, initialement fixée au 23 novembre, a été avancée au 22 novembre par la direction, que le texte de l'accord adopté lors de cette réunion a été transmis le 22 novembre aux représentants des deux organisations syndicales, dans un format faisant apparaître les éléments modifiés par rapport à la précédente réunion, et que le délégué syndical de la CGT a refusé de signer l'accord collectif le 25 novembre 2022, en raison des conséquences sociales du projet de réorganisation. Par suite, la seule circonstance que la date de la réunion finale de négociation a été unilatéralement avancée d'un jour par la société Takeway.com Express France SAS ne suffit pas à établir que le syndicat CGT a été empêché de discuter les termes et le contenu du projet d'accord collectif. Le moyen tiré de l'existence de négociations séparées avec le syndicat FO, signataire de l'accord, de nature à entraîner sa nullité, n'est pas fondé et doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées et, en particulier, du 2° de l'article L. 1233-57-2 du code du travail, que, lorsque l'administration est saisie par l'employeur d'une demande de validation d'un accord collectif conclu sur le fondement de l'article L. 1233-24-1 et fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il lui appartient de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la procédure d'information et de consultation du comité social et économique prescrite par ces dispositions a été régulière. Elle ne peut ainsi légalement accorder la validation demandée que si ce comité a été mis à même d'émettre régulièrement un avis, d'une part sur l'opération projetée et ses modalités d'application et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif et sur le plan de sauvegarde de l'emploi. Il lui appartient à ce titre de s'assurer que l'employeur a adressé au comité social et économique, avec la convocation à sa première réunion, ainsi que, le cas échéant, en réponse à des demandes exprimées par le comité, tous les éléments utiles pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause.

8. Lorsque le comité social et économique a demandé l'assistance d'un expert-comptable selon les modalités prévues par l'article L. 1233-34 du code du travail, l'administration doit s'assurer que celui-ci a pu exercer sa mission dans des conditions permettant au comité de formuler ses avis en toute connaissance de cause. La circonstance que l'expert-comptable n'a pas eu accès à l'intégralité des documents dont il avait demandé la communication ne vicie pas la procédure d'information et de consultation du comité social et économique si les conditions dans lesquelles l'expert-comptable a accompli sa mission ont néanmoins permis au comité de disposer de tous les éléments utiles pour formuler ses avis en toute connaissance de cause.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société Takeway.com Express France SAS a remis aux membres du comité social et économique lors de la réunion du 18 juillet 2022, valant convocation à la première réunion du comité sur le projet de réorganisation, un document de présentation de ses motifs, de son contenu et de ses conséquences sociales ainsi qu'un projet d'accord collectif, qu'elle leur a communiqué, tout au long de la procédure d'information et de consultation, les modifications apportées au projet de réorganisation lors de la négociation de l'accord collectif et fourni, en réponse à leurs demandes, des explications et données complémentaires. Il ressort également des pièces du dossier que la société Takeway.com Express France a collaboré avec le cabinet d'experts, mandaté par le comité social et économique pour l'assister, et lui a fourni les documents et informations en sa possession. Si le cabinet fait la liste dans son rapport des documents demandés et non transmis par l'employeur, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a rejeté la demande du comité social et économique d'enjoindre à la société Takeway.com Express France de transmettre certains documents au cabinet d'experts au motif qu'elle apportait la preuve de la remise de ces documents. Il ressort en outre des pièces du dossier que certains des documents demandés ne pouvaient être communiqués à l'expert car ils n'existaient pas ou n'étaient pas encore achevés. Enfin, le cabinet d'experts, qui a rendu un rapport de plus de deux cents pages, dans lequel il examine avec une grande précision tant le motif économique du projet de licenciement collectif que la nécessité du projet de réorganisation, a accompli sa mission dans des conditions permettant au comité social et économique de disposer de tous les éléments utiles pour formuler ses avis en toute connaissance de cause. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique n'est pas fondé et doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 1233-57-2 du code du travail, citées au point 5, que, lorsque le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi a été déterminé par un accord collectif majoritaire signé dans les conditions prévues à l'article L. 1233-24-1 du même code, l'administration doit seulement s'assurer de la présence, dans ce plan, des mesures prévues aux articles L. 1233-61 et L. 1233-63. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les mesures sociales du plan de sauvegarde de l'emploi sont insuffisantes au regard des moyens de l'entreprise et du groupe auquel elle appartient. Le moyen est inopérant et doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'autorité administrative, saisie d'une demande de validation d'un accord collectif majoritaire portant plan de sauvegarde de l'emploi, de vérifier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le respect, par l'employeur, de ses obligations en matière de prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. A ce titre, il lui revient de contrôler tant la régularité de l'information et de la consultation du comité social et économique que les mesures auxquelles l'employeur est tenu en application de l'article L. 4121-1 du code du travail au titre des modalités d'application de l'opération projetée, ce contrôle n'étant pas séparable du contrôle auquel elle est tenue en application des dispositions de l'article L. 1233-57-2 du code du travail, citées au point 5.

12. Ainsi, d'une part il incombe à l'administration, dans le cadre de son contrôle global de la régularité de la procédure d'information et de consultation, de vérifier que l'employeur a adressé au comité social et économique, avec la convocation à sa première réunion, ainsi que, le cas échéant, en réponse à des demandes exprimées par le comité ou à des observations ou des injonctions formulées par l'administration, parmi tous les éléments utiles qu'il doit lui transmettre pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause, des éléments relatifs à l'identification et à l'évaluation des conséquences de la réorganisation de l'entreprise sur la santé ou la sécurité des travailleurs, ainsi que, en présence de telles conséquences, les actions projetées pour les prévenir et en protéger les travailleurs, de façon à assurer leur sécurité et protéger leur santé physique et mentale. D'autre part, il appartient à l'administration, dans le cadre du contrôle de l'accord collectif portant plan de sauvegarde de l'emploi, de vérifier, au vu de ces éléments d'identification et d'évaluation des risques, des débats qui se sont déroulés au sein du comité social et économique, des échanges d'informations et des observations et injonctions éventuelles formulées lors de l'élaboration du plan de sauvegarde de l'emploi, dès lors qu'ils conduisent à retenir que la réorganisation présente des risques pour la santé ou la sécurité des travailleurs, si l'employeur a arrêté des actions pour y remédier et si celles-ci correspondent à des mesures précises et concrètes, au nombre de celles prévues aux articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail, qui, prises dans leur ensemble, sont, au regard de ces risques, propres à les prévenir et à en protéger les travailleurs.

13. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la société Takeway.com Express France SAS a remis aux membres du comité social et économique lors de la réunion du 18 juillet 2022, un document sur la prévention des risques psycho-sociaux dans le cadre du projet de réorganisation, comprenant une analyse de ces risques et une présentation des mesures envisagées pour les prévenir. La société a également étroitement collaboré avec le cabinet d'experts mandaté par le comité social et économique, en lui transmettant les informations et documents demandés. Ce cabinet a remis au comité social et économique un rapport détaillé de plus de 80 pages, sur l'analyse des impacts du projet de licenciement collectif pour motif économique et projet de plan de sauvegarde de l'emploi sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comité social et économique avait disposé d'éléments utiles sur les conséquences de la réorganisation de l'entreprise sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés pour rendre ses avis en toute connaissance de cause. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la société Takeway.com Express France SAS a pris de nombreuses mesures, précises et concrètes, pour remédier aux risques identifiés, telles que l'accompagnement des salariés par un cabinet spécialisé dans l'évaluation des risques psycho-sociaux, avec mise en place d'une ligne d'écoute psychologique 24 h/24 et 7j /7, la communication régulière par e-mail sur la possibilité de consulter le médecin du travail, l'organisation de réunions avec la direction des ressources humaines en début et fin de procédure pour communiquer sur le plan de sauvegarde de l'emploi, la tenue de permanences et la réception des salariés en entretien individuel à leur demande, la sensibilisation et la formation des managers à la gestion des équipes, l'organisation de points réguliers entre la direction et le comité social et économique et entre les managers et les salariés, la mise en place de tables d'écoute dans les villes concernées par le projet de réorganisation. Si le rapport du cabinet d'experts formule des critiques à l'encontre de l'évaluation des risques professionnels par la société Takeway.com Express France SAS, et propose des améliorations, telles que la mise à jour du document unique des risques professionnels ou encore la construction d'un bilan santé et sécurité au travail, ces propositions portent sur les risques professionnels encourus par les salariés en dehors du projet de réorganisation, qui sont hors du champ de contrôle de l'autorité administrative. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'employeur avait pris les mesures nécessaires pour prévenir les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs dans le cadre de la réorganisation de l'entreprise. Le moyen tiré de la méconnaissance par l'employeur de son obligation de santé et de sécurité n'est pas fondé et doit être écarté dans ses deux branches.

14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Takeway.com Express France SAS en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 décembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de la société Takeway.com Express France SAS les frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la fédération nationale des syndicats de transport CGT et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Takeway.com Express France SAS relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la fédération nationale des syndicats de transports CGT, au syndicat CGT des entreprises de livraison deux roues de Lyon, au syndicat CGT des livreurs ubérisés toulousains, à M. D Q, M. E W, Mme F I, M. U AE, M. V G, M. N L, M. A T, M. AD AC, M. AG, M. AH S, M. AF B, M. H P, M. Z Y, M. R X, M. C M, M. AA J et M. K AB, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Takeaway.com Express France.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Giraudon, présidente,

Mme Marcus, première conseillère,

Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

L. Marcus

La présidente,

M.-C GIRAUDONLe greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/3-1

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions