lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303962 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2023, Mme D C et M. B E et leur fille mineure, représentés par Me Sangue demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris (OFII) de leur fournir les conditions matérielles d'accueil en respectant les termes de l'article D. 553-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de leur proposer un hébergement sans délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge ainsi que leur enfant mineur, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au profit de son conseil à condition que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou directement à leur profit en cas de rejet de cette aide.
Ils soutiennent que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent dans la rue avec leur fille âgée de près d'un an ceci renforcé par les conditions climatiques d'hiver malgré de très nombreux appels au 115 et que leur enfant est ainsi dans une situation de grande précarité ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit d'asile.
- le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a lui aussi porté une atteinte grave et manifestement et illégale au droit à un hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête. Il soutient que :
- La situation d'urgence n'est pas établie dès lors que les requérants ne justifient d'aucune démarche auprès de ses services ; tant les conditions matérielles d'accueil que l'hébergement d'urgence sont attribués au demandeur d'asile et non pas comme en l'espèce à une personne qui a obtenu l'asile ; les requérants ne justifient pas entrer dans le champ de l'article L. 551-123 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils ne se maintiennent pas dans un hébergement qui leur aurait été accordé au préalable
- Il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit d'asile car les requérants n'ont jamais justifié devant l'Office que leur enfant présenterait un besoin de prise en charge en justifiant de leurs ressources ; tant les conditions matérielles d'accueil que l'hébergement d'urgence sont attribués au demandeur d'asile et non pas comme en l'espèce à une personne qui a obtenu l'asile. Enfin, les requérants ne justifient pas entrer dans le champ de l'article L. 551-123 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils ne se maintiennent pas dans un hébergement qui leur aurait été accordé au préalable.
- Le juge des référés ne peut prononcer une injonction qui aurait un effet rétroactif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut à titre principal à sa mise hors de cause car dès lors que leur fille s'est vu reconnaitre la qualité de réfugiée leur demande d'hébergement relevait exclusivement de l'OFII et à titre subsidiaire au rejet de la requête car l'absence de proposition d'hébergement aux requérants ne constitue pas une carence caractérisée des services de l'Etat et que la requête est beaucoup trop imprécise sur leur situation exacte pour qu'un hébergement d'urgence puisse leur être proposé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Fadel greffier d'audience :
- le rapport de M. Béal, juge des référés,
- les observations de Me Sangue, représentant Mme C et M. E,
- les observations de Me Theobald, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C et M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions principales à fin d'injonction ;
3. Mme C et M. E demandent au juge des référés d'ordonner au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris de leur fournir les conditions matérielles d'accueil en respectant les termes de l'article D. 553-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de leur proposer un hébergement sans délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Ils soutiennent que l'Office a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit d'asile car ils ne disposent d'aucun hébergement ni de ressources minimales. Toutefois, comme l'a soulevé l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la fille des requérants a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'OFPRA du 17 janvier 2023. Par suite, elle n'entre plus dans le champ des dispositions des articles L. 551-12, L. 551-13 et R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant du droit à un hébergement et D. 553-1 et D. 553-13 du même code s'agissant des conditions matérielles d'accueil. Enfin, ils soutiennent que le fait pour l'Office de leur avoir illégalement refusé et l'hébergement et les conditions matérielles d'accueil a pour conséquence de faire regarder leur fille comme entrant dans le champ de ces dispositions. Toutefois cette circonstance, au demeurant non établie par les pièces du dossier n'est pas plus de nature à faire regarder la fille des requérants comme entrant dans le champ desdites dispositions. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'Office aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.
Sur les conclusions subsidiaires à fin d'injonction ;
4. Mme C et M. E demandent au juge des référés d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge ainsi que leur enfant mineur, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Ils soutiennent que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence car ils sont contraints de dormir dans la rue accompagnés d'un enfant de 11 mois et qu'ils ont tenté de joindre le 115 à de nombreuses reprises
5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
6. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
7. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
8. Mme C et M. E font valoir qu'ils vivent à la rue avec leur fille âgée de 11 mois et que, depuis plusieurs mois, ils appellent en vain quotidiennement le 115 pour obtenir un hébergement. Toutefois, il est constant que malgré les efforts importants de l'administration pour accroitre les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, ces capacités ne suffisent pas à satisfaire l'ensemble des demandes. Ainsi comme l'a précisé le conseil du préfet lors de l'audience publique pour le seul territoire de Paris, dans la journée du 2 février 2023, 926 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 734 personnes en situation de famille avec enfants, dont 337 mineurs, représentant 227 familles différentes. Par ailleurs, l'absence d'hébergement d'urgence pour les requérants, ne révèle pas, compte tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une situation justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, de prendre les mesures pour mettre à l'abri cette famille. Au demeurant, ainsi que le fait valoir le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, les requérants qui n'apportent pas de précisions suffisantes sur leur situation matérielle et se contentent de produire leur fiche SIAO n'ont pas fait de demande d'hébergement entre le 8 septembre et le 18 octobre 2022, entre le 3 et le 26 novembre 2022, entre le 17 janvier et le 5 février 2023 et entre le 7 février et le 20 février 2023. Dans ces conditions et alors que le nombre de places d'hébergement d'urgence disponibles à Paris est de 38 408, en hausse de 8 800 entre 2017 et 2022, l'absence de proposition immédiate d'hébergement au bénéfice de Mme C et M. E, qui ne viole pas les stipulations internationales invoquées, ne revêt pas le caractère d'une carence de l'Etat telle qu'elle serait constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit à un hébergement d'urgence.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'injonction de la requête doivent être écartées. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C et M. E sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et M. E est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et M. E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 27 février 2023.
Le juge des référés,
A. A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
2303961/9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026