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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2304123

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2304123

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2304123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDELIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 24 février 2023, Mme A C, représentée D Me Delimi, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 16 février 2023 D laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de mettre fin à l'allocation de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et ce sous astreinte de 50 euros D jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Delimi au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est avérée ; elle ne possède plus d'attestation de demande d'asile en cours de validité et ne peut donc justifier de la régularité de sa situation sur le territoire français ; elle ne bénéficie d'aucune ressource, a donné récemment naissance à un enfant et ne dispose pas d'un logement stable ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est ni écrite, ni motivée et que Mme C n'a pas été mise à même de présenter ses observations à l'OFII avant que cette décision ne soit prise ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait ; Mme C n'a pas été convoquée D les autorités chargées de l'asile le 20 et le 27 octobre 2022 ;

- cette décision est entachée d'erreurs de droit ; d'une part, l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée vis-à-vis des informations transmises D la préfecture de police, d'autre part, Mme C a honoré toutes ses convocations devant les autorités chargées de l'asile, à l'exception d'une seule, ses autres absences résultant de carences de l'administration ;

- cette décision méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; Mme C est dans un état de grande vulnérabilité du fait de son absence de ressources et de la naissance récente de son enfant.

D un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, celle-ci étant dirigée contre une décision inexistante ;

- l'urgence n'est pas avérée ; la requérant s'est placée elle-même dans une situation d'urgence et bénéficie déjà d'une prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 à 10h30, en présence de M. Fadel, greffier :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Caoudal, substituant Me Delimi, représentant Mme C.

Une note en délibéré présentée D Mme C a été enregistrée le 3 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, née le 1er janvier 1993, a présenté une première demande d'asile le 11 mai 2022 et a été placée en procédure " Dublin ". Le 16 mai 2022, elle a été admise au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 13 juin 2022, les autorités françaises ont saisi les autorités espagnoles d'une demande de reprise en charge de Mme C. Les autorités espagnoles ont donné leur accord pour sa réadmission le 17 juin suivant. D un arrêté du 19 juillet 2022, notifié le même jour, le préfet de police de Paris a pris à l'encontre de Mme C un arrêté de transfert vers l'Espagne. Elle a cessé de recevoir l'allocation pour demandeur d'asile à partir de décembre 2022. D une décision expresse du 16 février 2023, l'OFII a confirmé la décision de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles au motif que l'intéressée n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile dans le cadre de la procédure " Dublin ". La requérante demande la suspension de la décision mettant fin à ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis décembre 2022 confirmée le 16 février 2023.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () D la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée D l'OFII :

3. Si l'OFII fait valoir que la présente requête est irrecevable, étant dirigée contre une décision inexistante, il ressort des pièces du dossier que l'Office a adressé à Mme C, D un courrier du 28 décembre 2022, reçu le 1er février 2023, une notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil indiquant que faute pour l'intéressée de faire parvenir à la direction territoriale de l'OFII ses observations dans un délai de quinze jours, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendra effective. Ainsi, l'OFII doit être regardé comme ayant pris une telle décision le 16 février 2023.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la fin de non-recevoir opposée D l'OFII doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies D le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

7. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, la requérante fait valoir qu'elle ne bénéficie d'aucune ressource, que la suspension de ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile lui empêche de subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, né le 10 janvier 2023, et qu'elle ne bénéficie pas d'un logement stable, celle-ci étant hébergée dans une chambre d'hôtel mise à disposition D le SAMU social de Paris. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

8. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies D décret. () "

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'intéressée s'est rendue aux convocations qui lui ont été adressées D la préfecture de police en vue de l'exécution de l'arrêté de transfert du 19 juillet 2022, à l'exception d'une. D suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que Mme C ne pouvait être regardée comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile au sens des dispositions citées au point 8, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil.

10. Les deux conditions fixées D les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, de suspendre l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue D des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

12. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre à l'OFII de rétablir provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont la requérante a été privée D l'effet de la décision attaquée du 16 février 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

13. Mme C étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Delimi, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Delimi de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 16 février 2023 D laquelle l'OFII a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de Mme C aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'OFII versera à Me Delimi la somme de 1 000 euros aux conditions et réserves précisées au point 13 de la présente ordonnance.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à Me Delimi et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 9 mars 2023.

La juge des référés,

M.-O. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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