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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2304260

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2304260

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2304260
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, Mme C B, représentée par Me Loques, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de prendre en charge la requérante et ses enfants dans le cadre d'un dispositif d'hébergement d'urgence dès notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle se trouve à la rue avec ses quatre enfants dont un âgé de moins de trois ans et sa nièce gravement malade dont elle a la charge ;

- que cette situation porte atteinte à la dignité humaine garantie par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le préfet de la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- aucune carence ne peut lui être reprochée dès lors que l'arrivée de la famille, le 25 décembre dernier, sur le territoire français est récente, que des solutions ont pu être proposées du 9 janvier au 22 janvier 2023 et du 3 au 9 février 2023 et que compte tenu de la saturation des dispositifs d'hébergement et de la composition de la famille de Mme B il est particulièrement difficile de trouver une structure d'accueil adaptée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Loques, représentant Mme B, absents à l'audience, qui concluent aux mêmes fins que leur requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante ivoirienne, est entrée en France le 25 décembre 2022 accompagnée de ses quatre enfants dont le plus jeune est âgé de deux ans et de sa nièce, âgée de six ans et demi, dont elle s'est vue confiée l'autorité parentale par un jugement de la cour d'appel de Daloa du 11 août 2022, à la suite du décès de la mère de l'enfant. Il résulte de cette même instruction que la jeune A, nièce de la requérante, est atteinte d'une grave affection chronique sévère, qu'elle est prise en charge par l'hôpital Robert Debré et que son état nécessite de pouvoir disposer d'un réfrigérateur afin de pouvoir stocker les nombreux médicaments qui lui sont indispensables compte tenu de son état de santé. Mme B a été hébergée par des proches avec sa famille lors de son arrivée sur le territoire français mais elle s'est rapidement retrouvée à la rue avec les cinq enfants qui l'accompagnent. Elle a appelé régulièrement le Samu social depuis le début du mois de janvier 2023, qui a pu leur proposer un hébergement du 9 janvier au 22 janvier 2023 puis du 3 au 9 février 2023. Ainsi, la requérante doit être regardée comme se trouvant, depuis le 9 février 2023, sans abri et obligée de dormir dans la rue, malgré ses appels au dispositif de veille sociale unique d'Ile-de-France. Compte tenu du très jeune âge de son plus jeune fils, âgé de 2 ans, et de l'état de santé de sa nièce, attesté par les nombreux rapports produits par l'hôpital Robert Debré, la requérante doit être regardée comme se trouvant en situation de détresse sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Eu égard à la situation particulière de cette famille, l'absence d'hébergement d'urgence constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'Etat qui peut entraîner, notamment en période hivernale, des conséquences graves pour les enfants. Dans les circonstances de l'espèce, cette situation fait ainsi apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale au droit de la requérante à l'accès au dispositif d'urgence et à l'intérêt supérieur desenfants protégé par le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, de prendre en charge Mme B et les cinq enfants qui l'accompagnent, dans le cadre de l'hébergement d'urgence adapté, dans un délai maximum de quarante-huit heures à compter de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 500 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de proposer à Mme B et à ses enfants ainsi qu'à sa nièce, un hébergement d'urgence pouvant les accueillir dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France.

Fait à Paris, le 2 mars 2023.

La juge des référés,

S. D

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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