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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2304352

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2304352

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2304352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, M. A C, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy - Charles de Gaulle, représenté par Me Castejon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté dont il fait l'objet et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile n'a pas été respectée, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par les agents du ministère de l'intérieur ;

- l'arrêté attaqué fait une inexacte application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur dans l'appréciation du caractère manifestement infondé de sa demande et ne prend pas en compte l'état de sa vulnérabilité ;

- il méconnaît le principe de non-refoulement et l'article 33 de la convention de Genève ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations orales de Me Castejon, avocat de M. C,

- les observations orales de M. C, assisté d'un interprète en tamoul,

- et les observations orales de Me Ben Hamouda, avocat du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant sri-lankais né le 6 août 1997, demande l'annulation de l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

4. Il ressort des déclarations de M. C telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA puis précisées lors de l'audience publique, que le requérant, de nationalité sri-lankaise et d'origine tamoule, fait valoir que son père a disparu, victime de la répression des autorités gouvernementales, qu'il a essayé de le rechercher et s'est alors heurté à des menaces de la part du gouvernement, qu'il a ensuite arrêté toute activité politique jusqu'en février 2023, qu'il a alors activement participé à une manifestation organisée par des étudiants pour revendiquer l'indépendance de la partie tamoule de l'ile du Sri-Lanka, en marge des fêtes du 75ème anniversaire de l'indépendance organisées par le gouvernement, qu'il a été informé de l'organisation de cette manifestation par sa femme, qui est en lien avec l'université de Jaffna, qu'il a été appréhendé par les forces de l'ordre lors de cette manifestation, puis frappé et menacé, qu'il a alors préféré fuir son pays pour préserver sa vie, que disposant d'un capital issu de son activité de boucher, il a, par corruption, obtenu rapidement un visa pour la France et que s'il a affirmé à la police française lors de sa descente d'avion être venu sur le territoire national pour des activités touristiques, c'était uniquement parce qu'il avait utilisé cet alibi pour obtenir rapidement ledit visa.

5. Si le récit de M. C est, sur certains points, confus, notamment quant aux conditions de la disparition de son père, les réponses aux questions qui lui ont été posées par l'officier de protection de l'OFPRA au cours d'un entretien particulièrement bref ne peuvent être regardées comme évasives et dépourvues de tout élément circonstancié. Le requérant a en particulier décrit lors de l'audience publique dans des termes précis sa participation à la manifestation pro-tamoule organisée en marge de la célébration du 75ème anniversaire du Sri-Lanka et en a justifié par la production de photographies le montrant personnellement parmi les manifestants, alors qu'il brandit une pancarte. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué en défense que ces photographies seraient des montages. Le message politique inscrit sur la pancarte brandie par le requérant a été traduit à l'audience par le traducteur en tamoul présent et il ressort de cet élément, ainsi soumis au contradictoire, que M. C a bien pris personnellement et publiquement parti pour les droits de la minorité tamoule, ce qui est effectivement susceptible d'avoir attiré sur lui la répression des forces de l'ordre. Par suite, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en considérant que la demande d'asile présentée par M. C est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer en date du 27 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Si le refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d'attente de l'étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".

8. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer d'admettre au séjour le requérant et de lui délivrer sans délai un visa de régularisation de huit jours.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. [0]

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer en date du 27 février 2023 par lequel il a refusé l'admission au séjour de M. C au titre de l'asile est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer d'admettre au séjour M. C et de lui délivrer sans délai un visa de régularisation de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 2 mars 2023.

Le magistrat désigné,

V. BLa greffière,

T. René-Louis-Arthur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/8

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