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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305031

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305031

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSADFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2023 et le 19 mars 2023, M. C B D, représenté par Me Sadfi, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné.

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B D soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les articles L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L.251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle méconnait l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas formulé d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Sadfi, représentant M. B D,

- le préfet de l'Essonne n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant portugais né le 8 septembre 1983, a fait l'objet le 6 mars 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. M. B D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B D. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Et, aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ".

5. M. B D soutient être entré en France en mars 2003 et y avoir séjourné plus de cinq ans de manière légale et continue et avoir ainsi acquis un droit au séjour permanent conformément aux dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par les seules pièces produites, à savoir notamment deux extraits Kbis relatifs à des sociétés créées par l'intéressé en 2017 et en 2019 dont il est le gérant ainsi que deux avis d'impôt sur le revenu pour les années 2020 et 2021, le requérant n'établit pas qu'il a séjourné de manière ininterrompue sur le territoire français au cours des cinq années précédentes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :

1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; () ". Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Lorsqu'elle entend prendre une mesure d'éloignement sur le fondement du 2° des dispositions précitées de l'article L. 251-1, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet s'est fondé sur le double motif tiré, d'une part, de ce que le comportement de M. B D constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique et, d'autre part, qu'il ne justifie pas d'une activité professionnelle et ne bénéficie ainsi d'aucun droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. B D fait valoir qu'il n'a jamais été condamné et qu'il est père de deux enfants mineurs de nationalité française nés le 22 janvier 2022 et le 24 novembre 2022, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 4 mars 2023 pour des faits de violences conjugales. Ces faits ne sont pas sérieusement contestés par l'intéressé qui reconnaît dans ses écritures avoir eu une dispute et " échangé des gestes violents " avec son épouse. Il ressort également des pièces du dossier que ces faits ont donné lieu à un contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en contact avec la victime et que M. B D doit être jugé le 29 août 2023 dans le cadre d'une procédure pénale. Au vu de ces éléments, eu égard à la nature et au caractère récent de ces faits, en estimant que la présence en France de M. B D constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant M. B D à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B D justifie d'une activité professionnelle en qualité de gérant de deux sociétés dans le secteur du bâtiment par la production d'un document comptable afférent à la société " Almeida Ravalement " au titre de l'exercice 2021/2022, de deux extraits Kbis et de deux avis d'imposition au titre des années 2020 et 2021. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique que constitue sa présence en France. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. D'une part, ainsi qu'il a été précédemment exposé, les faits de violences conjugales non contestés par le requérant, qui fait l'objet d'une mesure d'interdiction d'entrer en contact avec son épouse, sont de nature à affecter sérieusement la cellule familiale et notamment ses enfants. Dans ces circonstances particulières, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par rapport aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. D'autre part, la séparation, au demeurant temporaire, du père et de ses deux jeunes enfants ne peut être regardée comme contraire à l'intérêt supérieur de ces derniers. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations précitées doivent être écartés.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

13. Pour refuser au requérant le bénéfice du délai de départ volontaire, le préfet a motivé sa décision par la circonstance notamment que la présence de M. B D sur le territoire français constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, c'est à bon droit que le préfet de police a considéré qu'il y avait urgence à éloigner M. B D. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 20 mars 2023.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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