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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305110

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305110

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2023, M. A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023, par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis a refusé la délivrance d'une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 2 ans, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne sont pas précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 611-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale en ce qu'elle se fonde sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Le préfet de Seine-Saint-Denis, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baudat, conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 5 avril 2023 :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Orhant, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 12 avril 1984, a présenté une demande de réexamen qui a été rejetée par une décision d'irrecevabilité du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 septembre 2022 et une décision de rejet de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 décembre 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. A a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

5. M. A fait valoir que l'ordonnance du 20 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile ne lui a pas été notifiée à son adresse et qu'ainsi son droit au maintien sur le territoire français n'était pas expiré à la date du 9 février 2023. Or, en l'absence de toute production en défense par le préfet de Seine-Saint-Denis, et notamment du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire selon le III de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative n'apporte aucun élément permettant de justifier soit de la date de lecture de la décision de la CNDA soit de la notification de l'ordonnance de cette Cour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 9 février 2023 est entaché d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et, par voie de conséquence, de la décision du même jour fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Compte tenu du motif d'annulation, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Seine-Saint-Denis réexamine la situation de M. A et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet de Seine-Saint-Denis une somme de 1 000 euros qui sera versée à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis en date du 9 février 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le magistrat désigné,

J. BLe greffier,

C. NEDJARI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1/1

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