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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305242

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305242

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantANWAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars 2023 et 14 mars 2023, M. D E, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires, qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Armoët en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- et les observations orales de Me Anwar, avocat commis d'office représentant M. E, assisté de M. F, interprète en langue tamoule, qui maintient les conclusions de la requête et demande, en outre, qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant. Il maintient également les moyens de la requête et soutient, en outre, premièrement, que l'agent qui a notifié l'arrêté n'est pas identifiable, deuxièmement, que le requérant n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en l'absence d'interprète en langue tamoule au cours de la procédure, troisièmement, que les faits d'agression sexuelle sur mineur ne sont pas établis et n'ont pas l'objet de poursuites, quatrièmement, qu'il a formé un recours, toujours pendant, devant la Cour nationale du droit d'asile, cinquièmement, que les décisions sont entachées d'un défaut d'examen et d'une erreur de fait dès lors que son passeport revêtu d'un visa touristique a été remis aux services de police et qu'il dispose d'un justificatif de domicile, sixièmement, qu'il est de confession chrétienne et qu'il a fui l'Inde en raison des persécutions dont il est victime.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant indien né le 4 juillet 1981, déclare être entré en France au mois d'octobre 2021. Le 9 mars 2023, il a été interpellé pour des faits d'agression sexuelle imposée à une mineure de quinze ans. Par un arrêté du 10 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de l'éloignement, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n° 23/BC/021 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-01-03-2023 de la préfecture Seine-et-Marne du 1er mars 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté. En outre, le requérant ne peut pas utilement contester l'absence de mention des nom et prénom de l'agent qui lui a notifié l'arrêté attaqué dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de celle-ci.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

4. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 9 mars 2023, M. E a été interrogé, avec l'assistance d'une interprète en langue tamoule, sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle en France, ses conditions d'entrée en France en octobre 2021 ainsi que sur sa situation administrative. Dans ces conditions, et alors que le requérant a formulé des réponses claires et développées sur chacun de ces points, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis en mesure de présenter des observations en l'absence d'un interprète dans une langue qu'il comprend, en violation du principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

6. D'autre part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux décisions soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des décisions qui l'assortissent. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

8. En premier lieu, la décision attaquée se réfère expressément aux dispositions des 1°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 précité et indique, premièrement, que M. E déclare être entré en France au mois d'octobre 2021 sans en justifier et ne dispose pas des documents et visas exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, deuxièmement, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 25 mars 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 6 avril 2022, troisièmement, que les faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de 15 ans pour lesquels il a été interpellé et placé en garde à vue le 9 mars 2023 sont constitutifs d'un comportement représentant une menace pour l'ordre public. La décision précise également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de l'intéressé, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a examiné la situation du requérant avant de lui faire obligation de quitter le territoire français, au vu notamment des déclarations qu'il a faites lors de son audition. A cet égard, si le requérant soutient qu'il est en réalité entré régulièrement en France au mois d'octobre 2021 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique, il n'en justifie pas. En outre, s'il fait valoir que, contrairement à ce que l'administration a retenu, il justifie d'une adresse, il a déclaré, lors de son audition, ne pas être en mesure de préciser l'adresse à laquelle il est hébergé. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait doivent être écartés.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. E a été signalé aux autorités de police pour des faits d'agression sexuelle sur un mineur de quinze ans, en l'occurrence des attouchements sur une cliente du magasin dans lequel il travaillait. Or la seule circonstance que ces faits n'aient pas donné lieu à des poursuites pénales ne suffit pas, à elle seule, à remettre en cause leur matérialité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur d'appréciation en retenant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public.

11. En quatrième lieu, si le requérant soutient également qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile pour contester la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui lui a été notifiée le 6 avril 2022, il n'apporte aucun élément pour étayer ses allégations selon lesquelles il bénéficierait encore du droit de se maintenir sur le territoire français, alors qu'il a au demeurant déclaré lors de son audition " ne pas s'être renseigné sur le résultat de sa demande d'asile car depuis février 2022, il a commencé à travailler à Bussy-Saint-Georges ". Par suite, le préfet de Seine-et-Marne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or il résulte, en tout état de cause, de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur ce motif, sans tenir compte également de l'entrée irrégulière en France de l'intéressé et de la menace à l'ordre public qui sont par ailleurs contestées pour les motifs rappelés aux points 9 et 10 du présent jugement.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui résidait en France depuis à peine un an et demi à la date de l'arrêté attaqué, justifie de l'exercice d'une activité professionnelle auprès du même employeur depuis le mois de février 2022, soit depuis seulement un an. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant, sans liens familiaux particuliers en France alors qu'il conserve des attaches familiales en Inde. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son comportement a été signalé pour des faits d'agression sexuelle sur une personne mineure. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté et des conditions de séjour en France du requérant, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées ou qu'il a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

15. En premier lieu, la décision se réfère expressément aux dispositions précitées tenant à la menace à l'ordre public et au risque de fuite constitué par le maintien de l'intéressé sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration d'une autorisation provisoire de séjour et par l'absence de garanties de représentation. Elle précise, en outre, que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance particulière, étant célibataire, sans enfant, sans domicile personnel et certain et sans ressources légales. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a examiné la situation particulière du requérant avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. A cet égard, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, si le requérant se prévaut d'une attestation d'hébergement et de la possession d'un passeport, d'une part, il a déclaré lors de son audition ne pas être en mesure de préciser l'adresse à laquelle il est hébergé d'autre part, il n'a pas non plus justifié être en possession d'un passeport en cours de validité devant le tribunal. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'erreur de fait doivent être écartés.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. E n'a pas justifié de son lieu de résidence effectif devant l'administration. Les documents qu'il verse au dossier font par ailleurs état d'une adresse différente de celle du lieu d'hébergement dont il se prévaut. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur d'appréciation en retenant que les faits d'agression sexuelle sur une mineure de quinze ans pour lesquels le comportement de M. E a été signalé aux autorités de police sont constitutifs d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation du risque de fuite.

18. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de cette décision.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les textes applicables et se réfère au rejet de la demande d'asile de M. E, indique que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a examiné la situation particulière du requérant, au vu notamment des déclarations qu'il a faites lors de son audition par les services de police, avant de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

22. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de cette décision.

23. En dernier lieu, si le requérant fait valoir qu'il a fui son pays d'origine en raison des persécutions dont il était victime étant de confession chrétienne, il n'apporte aucun élément étayé au soutien de ses allégations alors que, comme il a été dit au point 11 du présent jugement, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 mars 2022, notifiée le 6 avril 2022, et il ne justifie pas avoir saisi la Cour nationale du droit d'asile comme il l'indique. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

25. En premier lieu, la décision attaquée, qui se réfère aux articles précités, indique que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'une interdiction de retour de deux ans peut être prononcée compte tenu de son comportement troublant l'ordre public, de l'absence de précédente mesure d'éloignement et de la circonstance qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, cette décision, qui mentionne les éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans a été prise, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

26. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a examiné la situation de M. E avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

27. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de cette décision.

28. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, le requérant, dont le séjour en France est récent, ne justifie pas avoir créé des liens privés ou familiaux stables et anciens sur le territoire français. En outre, comme il a été dit précédemment, son comportement a été signalé pour des faits d'agression sexuelle sur une mineure de quinze ans qui sont constitutifs d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, quand bien même il ne s'est pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement.

29. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 13 du présent jugement, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de M. E.

30. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023. Par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de Seine-et-Marne.

Jugement lu en audience publique le 21 mars 2023.

La magistrate désignée,

E. ArmoëtLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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