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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305270

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305270

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 11 mars 2023 et le 16 mai 2023, M. B A, représenté par la SELARL Sylla, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi d'office passé ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'inexactitudes matérielles traduisant un détournement de procédure et un " abus de droit " ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'inexactitudes matérielles traduisant un détournement de procédure et un " abus de droit " ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- elle n'indique pas avec précision le pays de destination ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale faute pour le préfet d'apporter la preuve que dans le pays de destination, aucune atteinte ne pourrait être apporté à ses droits fondamentaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle ;

- et les observations de la SELARL Sylla avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien né le 30 novembre 1995 et entré en France le 19 juillet 2020 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, laquelle a fait l'objet d'une décision de classement sans suite prise par le préfet de police le 28 avril 2021 annulée par un jugement du tribunal du 1er décembre 2022. A la suite de ce jugement, le préfet de police, par un arrêté du 14 février 2023, a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". La décision du 14 février 2023, qui doit être regardée comme mise en cause, comporte la signature et la mention, en caractères lisibles, des prénom, nom et qualité de son auteur, Mme D C, cheffe de la section admission exceptionnelle, et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ressort de la feuille de mise en salle remplie par M. A, qui l'a signée, que ce dernier a indiqué que son épouse et leurs deux enfants mineurs résidaient en Gambie en fournissant des indications précises sur leurs dates de naissance et leur lieu de résidence. S'il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'inexactitude matérielle sur ce point, les seules attestations émanant de l'ambassade de Gambie en France indiquant que M. A n'est pas marié et n'a pas d'enfants ne sont pas de nature à l'établir, sans qu'il puisse se prévaloir par ailleurs de son analphabétisme, de l'absence d'interprète ou de l'intervention d'un tiers inconnu. En tout état de cause, à supposer même cette inexactitude matérielle établie, il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise compte tenu de la durée de présence en France de l'intéressé et de l'âge auquel il est entré. Par ailleurs, si le requérant soutient que le préfet de police a fait état à tort de son absence de qualifications et d'expérience et professionnelles, d'une part, ce dernier s'est borné à estimer que celles-ci n'étaient pas de nature à le faire regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, M. A ne justifie pas de l'exercice d'une activité non déclarée dans le bâtiment depuis l'année 2020 ainsi qu'il l'allègue. Enfin, si le préfet de police a indiqué à tort que M. A avait la qualité d'étudiant, ce qui correspondait d'ailleurs à ses déclarations, cette inexactitude matérielle est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'inexactitudes matérielles, lesquelles ne traduiraient en tout état de cause aucun " détournement de procédure " ou " abus de droit ", doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté, que le préfet de police, qui n'était pas tenu d'examiner d'office si M. A pouvait prétendre au bénéfice d'un titre de séjour sur un autre fondement que ceux invoqués même s'il lui était loisible de le faire, a procédé d'un examen particulier de sa situation personnelle de l'intéressé avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. A se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2020, qu'il y a rejoint son père, naturalisé français en 2008, et qu'il exerce une activité professionnelle dans le secteur du bâtiment, il n'était présent sur le territoire que depuis deux ans et demi environ à la date de l'arrêté après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans en Gambie et ne justifie d'aucun emploi. Dans ces conditions, et à supposer même qu'il soit isolé en Gambie ainsi qu'il l'allègue, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de police n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis ou des motifs de ce refus. Par suite, il n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que celle-ci ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou en refusant de procéder à sa régularisation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, dès lors que le requérant renvoie à l'ensemble des moyens développés contre le refus de titre de séjour, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 2 à 6, ces derniers doivent, en tout état de cause, être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () ; / 3° ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / () ".

9. En décidant, à l'article 3 de son arrêté, que pour satisfaire à l'obligation de quitter le territoire français, la décision sera mise à exécution à destination du pays dont M. A possède la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible, le préfet de police a fixé, en tout état de cause, de manière suffisamment précise le pays de renvoi d'office de ce dernier.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitement contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (). "

11. M. A, qui se borne à soutenir que le préfet n'apporte pas la preuve que dans le pays de destination, aucune atteinte ne pourrait être apporté à ses droits fondamentaux, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à un risque en cas de retour dans son pays de renvoi d'office.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Pertuy, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

H. Delesalle

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-Genier La greffière,

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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