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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305336

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305336

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305336
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023, M. B A, représenté par Me Pafundi, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi que le dossier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de demande d'asile, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pafundi renonce dans ce cas à percevoir l'indemnité allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale à l'issue du délai de transfert, qu'il peut à tout moment faire l'objet d'une mesure de transfert vers l'Italie et qu'il n'est pas établi que le préfet de police ait informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de transfert en méconnaissance du 2 de l'article article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 ;

- le refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile dès lors que la France est responsable sa demande de d'asile depuis le 17 février 2023 sans que le délai de transfert ait pu être prolongé de douze mois dans la mesure où il ne peut être regardé comme étant en fuite au regard du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 et où il n'est pas justifié que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation du délai de transfert en application du 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant s'est placé lui-même dans cette situation en ne respectant pas les obligations qui lui étaient faites de se présenter aux convocations de la préfecture de police ;

- il n'a porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation du délai de transfert et que le requérant s'est soustrait délibérément et intentionnellement à la mesure de transfert en prenant un rendez-vous médical le 25 novembre 2022 pour le 6 décembre 2022 alors qu'il avait été informé de son vol à destination de l'Italie le 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2023, en présence de Mme Depoussier, greffière d'audience :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Kalifa, se substituant à Me Pafundi, avocat de M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que le refus d'enregistrer la demande d'asile du requérant porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile dès lors que le délai de transfert est écoulé, que la fuite ne peut pas être caractérisée dès lors qu'il ne s'est pas soustrait intentionnellement et systématiquement au contrôle de l'autorité administrative mais a transmis à la préfecture de police la preuve de son impossibilité de se déplacer à l'aéroport le 6 décembre 2022 par lettre recommandée notifiée le 5 décembre 2022, qu'il présente un état de santé préoccupant, ainsi que l'attestent les dix-sept rendez-vous dont il a bénéficié depuis son arrivée sur le territoire, et qui s'est dégradé puisqu'il appelle désormais une intervention chirurgicale, et que le rendez-vous du 6 décembre 2022 ne constitue en aucun cas un rendez-vous de circonstance ;

- le préfet de police n'étant pas présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant soudanais né le 3 janvier 1992, a présenté une demande d'asile le 8 juin 2022 et a été placé sous procédure " Dublin " dès lors que le fichier Eurodac a révélé qu'il était entré dans l'espace Schengen par l'Italie, laquelle a implicitement accepté de le reprendre en charge le 24 juin 2022. Il a alors fait l'objet d'un arrêté de transfert pris par le préfet de police le 6 juillet 2022, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 16 août 2022 du tribunal administratif de Paris. Le 21 février 2023, il s'est rendu à la préfecture de police afin de faire enregistrer de sa demande d'asile en procédure normale, et s'est vu remettre à cette occasion une convocation pour le 3 avril 2023 pour exécution de l'arrêté de transfert vers l'Italie. Estimant que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile depuis le 16 février 2023, M. A demande à titre principal au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que le de l'OFPRA de demande d'asile, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. S'il implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit, en principe, autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, ce droit s'exerce dans les conditions définies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'article L. 572-1 de ce code prévoit que l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat qui est responsable de cet examen en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination par l'Etat membre responsable d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. Ce transfert peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge, susceptible d'être portée à dix-huit mois dans les conditions prévues à l'article 29 de ce règlement si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant, dans le cas notamment où il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé.

5. Par ailleurs, le transfert d'un demandeur d'asile vers un Etat membre qui a accepté sa prise ou sa reprise en charge, sur le fondement du règlement du 26 juin 2013, s'effectue selon l'une des trois modalités définies à l'article 7 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, c'est-à-dire à l'initiative du demandeur, sous la forme d'un départ contrôlé ou sous escorte. Enfin, dans l'hypothèse où le demandeur d'asile se soustrait intentionnellement à l'exécution de son transfert ainsi organisé, il doit être regardé comme en fuite au sens des dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013.

6. Enfin, la prolongation de dix-huit mois du délai de transfert qui résulte du constat de fuite du demandeur est subordonnée à ce que l'Etat requérant qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite en ait informé l'Etat responsable de la demande d'asile avant l'expiration du délai de six mois dont il aurait disposé pour procéder au transfert du demandeur si ce dernier n'avait pas pris la fuite conformément aux exigences du 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003. L'expiration du délai prolongé a pour conséquence que l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

7. Pour refuser d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le délai de son transfert aux autorités italiennes, responsables de sa demande d'asile, avait été prolongé jusqu'au 16 février 2024 dès lors que l'intéressé ne s'était pas présenté à l'embarquement du vol prévu le 6 décembre 2022 à 9h30 à destination de Rome, de sorte qu'il s'était soustrait de manière systématique et intentionnelle à l'exécution de son transfert. Il résulte de l'instruction que M. A a été a été convoqué à la préfecture de police le 22 novembre 2022 et qu'à cette occasion, il s'est vu remettre une convocation pour un vol à destination de Rome le 6 décembre 2022 à 9h30. S'il se prévaut de ce qu'il a dû se rendre à un rendez-vous médical à l'hôpital Hôtel-Dieu le jour de son départ programmé pour une consultation dans le cadre du suivi régulier dont il bénéficie au sein de cet établissement depuis le mois de juin 2022, et qu'il en a informé la préfecture de police avant le vol prévu par une attestation du 2 décembre 2022 adressée par lettre recommandée dont les services préfectoraux ont été accusé réception le 5 décembre 2022, d'une part, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté, qu'il a pris ce rendez-vous le 25 novembre 2022, alors qu'il avait déjà connaissance du vol prévu pour le 6 décembre 2022, et d'autre part, et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des termes de l'attestation du 2 décembre 2022 qui se borne à indiquer qu'il doit se rendre à l'hôpital " afin de poursuivre les soins préconisés par le chirurgien orthopédique ", que ce rendez-vous présentait un caractère impératif quand bien même l'intéressé bénéficie d'un suivi médical régulier pour une cheville en raison d'un accident. Dès lors, M. A doit être regardé comme s'étant soustrait de manière intentionnelle à l'exécution de son transfert, et ce qui était de nature à caractériser sa fuite au sens de l'article 29 du règlement du règlement (UE) n° 604/2013, quand bien même, ainsi qu'il le fait valoir, il se serait présenté à l'ensemble des rendez-vous fixés par le bureau de l'asile de la préfecture de police. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment de l'accusé de réception émis dans le cadre du réseau " DubliNet ", que conformément aux exigences du 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003, les autorités italiennes ont été informées par mail le 7 décembre 2022 du placement en fuite de M. A et de la prolongation du délai de son transfert de douze mois supplémentaires, soit jusqu'au 16 février 2024. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le requérant, la France n'est pas devenue responsable de l'examen sa demande d'asile à compter du 17 février 2023. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus du préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pafundi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle et au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 15 mars 2023.

Le juge des référés,

H. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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