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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2305802

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2305802

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2305802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMINOLFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2023, Mme A D, domiciliée chez CAFDA, et un mémoire complémentaire, présenté par Me Minolfi, enregistré le 2 avril 2023, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mars 2023, par lequel le Préfet de police a décidé son transfert aux autorités italiennes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire est incompétent ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle n'a pas été entendue ;

- elle n'a pas reçu les brochures ;

- le préfet de police a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu l'intérêt supérieur de son enfant ainsi que les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- La charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code des relations entre le public et l'administration ;

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- Le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme E, en application des dispositions de l'article R. 777-3-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 3 avril 2023 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Minolfi, représentant Mme D;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête ;

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 mars 2023, le préfet de police a décidé du transfert de Mme D, ressortissante érythréenne, aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, attachée principale d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. La décision de transfert en litige vise, notamment, le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que la requérante a demandé l'asile en France le 19 octobre 2022, que la comparaison de ses empreintes digitales au moyen du système " Eurodac " a révélé qu'elle avait franchi irrégulièrement les frontières italiennes le 8 septembre 2022, et que les autorités italiennes doivent être regardées comme responsables de sa demande d'asile, précise que ces autorités ont été saisies le 17 novembre 2022 d'une demande de prise en charge de l'intéressé en application de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont accepté leur responsabilité par un accord implicite le 18 janvier 2023. Le moyen tiré de ce que l'arrêté ne satisferait pas à l'exigence de motivation posée à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de l'intéressée.

4. En vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ces règlements doit se voir remettre, dès le moment où sa demande de protection internationale est introduite une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative des brochures prévues par lesdites dispositions constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre, le 18 octobre 2022, plusieurs documents en tigrinya, langue que la requérante a déclaré comprendre, dont l'un est intitulé " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (Brochure A), l'autre " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (Brochure B). Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision querellée aurait été prise en méconnaissance des articles 4 et 29 du règlement 604/2013, en raison de ce que le requérant ne se serait pas vu remettre les brochures prévues par ces dispositions, dans une langue comprise par lui, doit être écarté comme manquant en fait.

6. La procédure organisée par les dispositions précitées constitue, pour le demandeur d'asile, une garantie. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police disposait grâce à la consultation du fichier " Eurodac ", après le relevé des empreintes digitales de l'intéressé, d'éléments d'information lui permettant de constater que l'examen de la demande de

Mme D relevait de la responsabilité de l'Italie. Par ailleurs, Mme D, lors d'une audition par les services de la préfecture de police, a été mise à même de faire valoir tout élément relatif à sa situation personnelle susceptible d'avoir une incidence sur la détermination de l'Etat responsable de sa demande d'asile. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme ayant été, en l'espèce, privée d'une garantie.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre d'une décision de transfert, compte tenu de la procédure administrative préalable prévue par le règlement n° 604/2013, notamment à son article 5, permettant au demandeur d'asile d'être entendu dans le cadre d'un entretien préalablement à l'intervention de la décision de transfert. En l'espèce, alors qu'ainsi qu'il vient d'être dit,

Mme D a été mise en mesure de faire valoir ses observations devant les services de police et n'est dès lors pas fondée à soutenir que son droit d'être entendu, protégé par les dispositions qu'elle invoque, aurait été méconnu.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. La requérante fait valoir qu'un transfert vers l'Italie porterait atteinte à son droit à sa vie privée et familiale, car elle a un enfant mineur en France et en attend un second. Toutefois, la décision de transfert de l'intéressée mentionne expressément l'existence de son enfant, qui sera transféré avec sa mère en Italie, dès lors que le sort de l'enfant mineur est indissociable de celui de ses parents. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention européenne des droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si Mme D, qui n'a pas depose de demande d'asile en Italie, soutient que les conditions d'accueil des réfugiés sont mauvaises en Italie, elle n'établit pas qu'elle serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Italie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il n'est pas justifié que le transfert de Mme D vers l'Italie impliquerait nécessairement son renvoi dans son pays d'origine, l'Erythrée, sans qu'elle puisse déposer une demande d'asile, puis contester la mesure de rejet éventuelle. Dès lors, en ne mettant pas en œuvre les clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013/UE du 26 juin 2013, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au Préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La magistrate désignée,

C. E La greffière,

R. BOUDINA

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305802/8

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