jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2305988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, Mme B F, représentée par Me Cornec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui octroyer le bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour, assortie d'une autorisation à travailler, dans un délai raisonnable à compter de la notification du jugement à intervenir ;
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'un vice de forme dès lors que la date de l'arrêté de délégation de signature de préfet de police n'est pas mentionnée, de sorte qu'un doute sérieux existe quant à la compétence du signataire de l'acte ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " mais une carte de résident de longue durée - UE, d'autre part, qu'elle est dépourvue de toute attache en Russie ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en portant atteinte à sa vie privée et à sa liberté d'entreprendre ;
- méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police soutient que les moyens invoqués par Mme F sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- et les observations de Me Shipkov, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, de nationalité russe, née le 1er janvier 1981, entrée en France le 19 octobre 2015 sous couvert d'un visa de long séjour de type " D ", s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " passeport talent - salarié en mission ", valable jusqu'au 18 octobre 2018, puis renouvelée jusqu'au 18 octobre 2022. Elle fait valoir avoir sollicité, le 20 juillet 2022, la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.
2. En premier lieu, par arrêté n° 2022-01543 du 30 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A D, attaché principal d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme E, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. En outre, la circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas la date de l'arrêté de délégation de signature attaqué est sans influence sur la légalité de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". Et aux termes de l'article L. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'article L. 426-17 ne s'applique pas lorsque l'étranger réside en France au titre : () / 8° De la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue à l'article L. 421-13 () ".
4. Mme F soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas demandé la délivrance d'un titre " passeport talent - carte bleue européenne " et que l'exposé de sa situation personnelle par le préfet de police est sans lien avec la réalité de ses attaches en France. Toutefois, d'une part, s'il ressort de la décision attaquée que le préfet de police a expressément refusé à Mme F délivrance d'un titre " passeport talent - carte bleue européenne ", le préfet a, en tout état de cause, également examiné la demande de délivrance d'une carte de résident de longue durée, ainsi que le demandait la requérante. D'autre part, si Mme F soutient qu'elle est dépourvue d'attaches en Russie, elle précise elle-même que sa mère et sœur y résident toujours. En outre, si la requérante a travaillé en France entre 2016 et 2022, il ressort des pièces du dossier qu'elle est sans emploi depuis février 2022, date de la rupture de son contrat avec la société Septodont, et qu'elle est désormais affiliée au régime des autoentrepreneurs, sans établir qu'elle en tirerait des revenus d'activité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Si Mme F soutient que le centre de ses intérêts personnels et économiques se situe désormais en France et qu'elle a conclu un pacte civil de solidarité, le 12 avril 2023, avec M. C, cette circonstance est postérieure à l'arrêté en litige. En outre, la seule production d'une attestation du 19 mars 2023 de son compagnon, ainsi que d'un contrat EDF du 21 mars 2023 attestant de la résidence commune des intéressés, ne permet pas d'établir l'ancienneté de leur vie commune. En outre, ainsi qu'il a été dit, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors même que la requérante est arrivée en France en 2015 et qu'elle a successivement occupé un emploi au sein de la société Biocodex entre février 2016 et avril 2019 puis au sein de la société Septodont entre janvier 2020 et février 2022.
7. En quatrième lieu, la liberté d'entreprendre s'entend comme celle d'exercer une activité économique dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur et ne saurait faire obstacle à l'application par l'administration des textes applicables au séjour et au travail des étrangers en France, qui ne prévoient pas que ceux-ci puissent librement exercer une activité professionnelle salariée ou non salariée en France. Le moyen tiré de la méconnaissance de la liberté d'entreprendre doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si Mme F soutient qu'un retour en Russie l'exposerait à une menace directe et certaine pour sa vie dans le cadre de la guerre qui sévit actuellement entre l'Ukraine et la Russie dès lors qu'elle est originaire de Belgorod, située à la frontière ukrainienne, et que la concentration de troupes russes suscite des attaques de la part des forces ukrainiennes, elle n'établit pas qu'elle serait, de ce seul fait, exposée à un risque de mort ou des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne sont opérantes qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ni, en tout état de cause, qu'elle ne pourrait pas s'établir dans une autre ville de Russie. Enfin, les seules allégations de la requérante selon lesquelles elle aurait ouvertement lutté contre le pouvoir russe dans le cadre du procès intenté par les autorités contre son père, M. G, aujourd'hui décédé, et ayant donné lieu à une condamnation de la Russie par la cour européenne des droits de l'homme dans sa décision n°48982/08 du 15 janvier 2015 pour violation du droit à la liberté et à la sureté protégé par les stipulations de l'article 5 de la convention précitée, ne permettent pas davantage d'établir, en l'absence de tout élément probant relatif à ses craintes personnelles et actuelles en cas de retour, que Mme F serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
10. En dernier lieu, si Mme F soutient qu'elle aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne l'établit pas, alors que la confirmation du dépôt de sa demande du 20 juillet 2022 concerne le renouvellement de son titre de séjour et non la délivrance d'un autre titre. Le moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
A. Pény
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2305988/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026