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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306137

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306137

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23, 26 et 27 mars 2023, M. B A, retenu en zone d'attente de l'aéroport d'Orly, représenté par Me Silva Machado, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin aux mesures privatives de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- la décision est entachée d'une violation des dispositions de l'article L. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une violation des dispositions de l'article L. 351-3 et R.351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une violation des dispositions de l'article R. 351-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- la décision est entachée d'une violation à son droit à un recours effectif ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistrés le 24 mars 2023, le ministre de l'intérieur, représenté par le cabinet Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations orales de Me Darrot, substituant Me Silva Machado, représentant M. A,

- et les observations orales de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais, né le 11 décembre 1995, demande l'annulation de la décision du 21 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

2. En premier lieu, par décision du 21 juin 2022, modifiant la décision du 24 août 2020, et publiée au Journal officiel de la République française le 22 juin 2022, délégation est donné à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, directement placée sous l'autorité de la cheffe du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile, à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et pièces comptables, relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

4. Si M. A soutient qu'il a été interrompu par l'agent de l'OFPRA lors de son entretien, pour regrettable que soit cette circonstance, ces interruptions n'ont pas empêché le requérant de développer son récit s'agissant des motifs de sa demande tendant à obtenir l'asile en France. Il n'établit pas que les conditions matérielles de l'entretien l'auraient empêché de développer son récit ou qu'il n'aurait pas eu la possibilité de solliciter la présence d'un tiers lors de l'entretien. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

5. La circonstance que M. A n'a pas obtenu un enregistrement sonore de l'entretien est sans influence sur la légalité de la décision dès lors que le contenu de cet entretien est joint à la présente procédure permettant au requérant d'en contester la restitution. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

6. Pour le même motif que celui retenu au point 5, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 351-3 et R.351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Si le requérant allègue que le local dans lequel s'entretient l'étranger en zone d'attente n'aurait pas été agréé par le directeur général de l'OFPRA, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article R. 351-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dépourvu de toute précision, doit être écarté.

8. Si M. A soutient qu'il aurait été victime de tentatives illégales de réacheminement en zone d'attente de l'aéroport, il ne l'établit pas. En tout état de cause, son recours et sa présence lors de l'audience établissent que toutes les garanties juridictionnelles ont été respectées. Dès lors, le moyen tiré de la violation de son droit à un recours effectif doit être écarté.

9. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a été entendu par un représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour en raison du caractère manifestement infondé de la demande. Par suite, le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, a relevé le caractère manifestement infondé de ladite demande. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant son admission au séjour, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. A, telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que le requérant, de nationalité congolaise, fait valoir qu'ayant perdu ses documents d'identité, qu'il a par la suite été accusé de chantage envers le gouverneur de la province du Kongo-Central, a passé trois semaines en prison. Remis en liberté, il fait l'objet de menaces de mort de la part du gouverneur. Toutefois, les déclarations de l'intéressé sont apparues dénués de tout fondement, les circonstances dans lesquelles il a perdu son portefeuille et les conséquences de cette perte ont été dénuées de toute précision ainsi que celles dans lesquelles il aurait fait l'objet de menaces de la part du gouverneur de la province. Ainsi, les craintes invoquées en cas de retour dans son pays d'origine n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. A au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni d'erreur de droit, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers le territoire de la Grèce ou vers tout pays où il serait légalement admissible.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 27 mars 2023.

La magistrat désignée,

P. E Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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