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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306270

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306270

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCHEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars et 18 avril 2023, M. B A, représenté par Me Cheix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Cheix, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la " décision d'éloignement " est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été a édictée en méconnaissance de son droit à être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles n'ont pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire national est entachée d'inexactitudes matérielles ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis avocats conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Cheix, avocate commise d'office, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il appartient au tribunal d'effectuer une mesure d'instruction afin de vérifier si la décision de l'OFPRA lui a été effectivement notifiée avec la mention des voies et délai de recours.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 15 mai 1997 et entré en France le 25 mars 2022 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 21 octobre 2022 prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) notifiée le 27 octobre 2022. Par un arrêté 13 mars 2023, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'issue de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police le même jour, le préfet de police a donné à M. Pierre Villa, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève les mesures d'éloignement suite au rejet d'une demande d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors qu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que le préfet, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure avant qu'elle n'intervienne.

4. En l'espèce, M. A, qui avait présenté une demande d'asile en vue de l'obtention d'un titre de séjour en France, ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande il serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et n'établit pas, ni même allègue, avoir demandé en vain à bénéficier d'un entretien relatif à sa situation administrative auprès des services préfectoraux. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement est entachée d'un vice de procédure à raison de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

5. En dernier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise par ailleurs que la demande d'asile de M. A a été rejetée par décision de l'OFPRA notifiée le 27 octobre 2022, sans que ce dernier ne justifie de l'exercice d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, que, compte tenu des circonstances propres au cas de l'intéressé, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine notamment. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays sont, par suite, suffisamment motivées.

Sur les moyens de légalité interne :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaquée, que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français et de fixer son pays de renvoi.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-17 de ce code : " () la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception lorsque le demandeur établit qu'il n'est pas en mesure d'accéder au procédé électronique ou lorsque la demande est déposée dans un département qui ne figure pas sur la liste des départements dans lesquels ce procédé est mis en place. Cette liste est établie par arrêté du ministre chargé de l'asile. L'office peut également ne pas recourir à ce procédé notamment pour des motifs liés à la situation personnelle du demandeur ou à sa vulnérabilité. () ".

8. Il ressort de la fiche " TelemOfpra ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par une décision du directeur général de l'OFPRA du 21 octobre 2022, notifiée le 27 octobre 2022, contre laquelle l'intéressé n'a pas formé de recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Si le requérant allègue que cette décision ne lui a pas été notifiée et se prévaut d'un relevé de gestion de son organisme de domiciliation, il ressort toutefois de ce relevé qu'un avis de passage d'un courrier recommandé lui a été notifié le 27 octobre 2022, récupéré par son destinataire le 15 novembre 2022, quand bien même son expéditeur n'est pas mentionné. Le requérant qui ne produit pas cette décision et n'établit pas ni même allègue avoir accompli des diligences en vue de son obtention ou de sa contestation, ne peut utilement soutenir qu'il n'est pas établi que cette décision était effectivement accompagnée de la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, et sans qu'il y ait lieu d'ordonner une mesure d'instruction, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'à la date de l'arrêté attaqué, il disposait du droit de se maintenir en France au titre de sa demande d'asile. Par suite, le préfet de police a pu, sans commettre d'inexactitudes matérielles ni erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 et du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile décider de l'obliger à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A, qui est entré en France le 25 mars 2022, sans alléguer y disposer d'une quelconque attache privée ou familiale, après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans dans son pays d'origine, ne peut sérieusement soutenir que le préfet de police a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 10, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Si M. A, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA contrairement à ce qu'il allègue, soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Turquie, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 13 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cheix et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le magistrat désigné,

H. CLe greffier,

R. Drai

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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