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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306803

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306803

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, Mme D, représentée par

Me Harir, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour pour étudiant dont elle était en possession, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit le retour sur le sol français pour une durée de trois ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité :

La décision du 13 février 2023 ne lui a pas été notifiée régulièrement, car elle ne lui a pas été notifiée par voie administrative, de ce fait le délai de 48 heures pour saisir le juge ne court pas.

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant du refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- elle remplit les conditions pour que le titre de séjour " étudiant " soit renouvelé ;

- en l'absence de possession d'un titre de séjour, elle ne peut terminer ses études pour l'année universitaire 2022-2023 au sein de l'école ESPI, ni passer son diplôme de bachelor de gestionnaire d'affaires immobilières, ni continuer son apprentissage pour l'année universitaire actuellement en cours, ni exercer une activité professionnelle en alternance, dans le cadre de ses études ;

- son contrat d'apprentissage risque d'être rompu si elle n'est pas en possession d'un titre de séjour valide pour le 15 avril 2023, son employeur lui ayant demandé de produire ce titre à cette date ;

- elle risque de perdre sa rémunération qui lui permet de faire face au paiement de ses charges ;

- il est porté une atteinte à sa vie privée et familiale, le refus de titre étant assorti d'une décision d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans alors qu'elle partage la vie commune avec un ressortissant français depuis trois ans et avec lequel elle a conclu un PACS le 15 septembre 2022 ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;

- sa demande de renouvellement d'un titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle justifie du sérieux et de la progression de son parcours universitaire ainsi que du caractère suffisant de ses ressources ;

- elle ne représente aucune menace pour l'ordre public, si elle a été condamnée pénalement en 2019, il s'agit d'une condamnation isolée, elle n'a pas récidivé, la condamnation n'a pas fait l'objet d'une inscription au casier judiciaire, elle a vu ses titres de séjour renouvelés depuis lors ;

- la décision en litige viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 mars 2023 sous le numéro 2306814 par laquelle

Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hermann Jager, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, Mme C A a lu son rapport et entendu :

- Me Harir, pour Mme D, en ses observations, reprenant en substance ses écritures ;

- Mme B, substituant Me Tomasi, pour le préfet de police, faisant valoir l'absence de justificatif de l'urgence et l'absence de doute sérieux sur la légalité de l'arrêté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ;

Sur la condition d'urgence :

4. Mme D, de nationalité mexicaine, née le 14 juillet 1993, présente régulièrement en France depuis 2017, sous couvert de titres de séjour " étudiant ", renouvelés à plusieurs reprises, justifie de l'existence d'une situation d'urgence. Outre la présomption d'urgence attachée au refus de renouvellement d'un titre de séjour, non renversée en l'espèce par le préfet, il ressort des pièces du dossier que Mme D établit poursuivre ses études supérieures, en vue de l'obtention d'un diplôme de bachelor de gestionnaire d'affaires immobilières, au sein de l'EPSI, où elle est régulièrement inscrite, et qu'elle exerce en alternance, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage en lien avec les études qu'elle suit, une activité professionnelle en qualité de " bussiness développeuse " au sein de la société " Pointco Capital swap estate ", pour l'année universitaire en cours. L'absence de renouvellement de son titre de séjour est de nature non seulement à l'empêcher de se présenter aux examens, mais également de poursuivre sa formation en alternance, son employeur exigeant d'elle, la production d'ici le 15 avril 2023, d'un titre pour continuer à la faire travailler et la prive enfin de sa rémunération. La condition d'urgence est ainsi remplie.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

5. En l'état de l'instruction, au vu des nombreuses pièces produites au dossier, les moyens tirés de l'absence d'examen sérieux de la situation réelle de l'intéressée et de l'absence de menace à l'ordre public sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. En effet, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a, le 10 octobre 2019 été condamnée pour avoir conduit sous l'empire d'un état alcoolique, à une amende de 300 euros et à une suspension de permis de conduire de cinq mois, cette circonstance n'a cependant pas empêché ultérieurement le préfet de police de renouveler son titre de séjour et ne permet pas d'expliquer le motif pour lequel il a refusé de le faire en 2023, alors qu'aucun autre délit n'a été commis par l'intéressée depuis 2019. En l'absence de la part du préfet de la production d'éléments permettant d'expliquer et justifier le revirement qu'il a opéré en refusant, en 2023, le renouvellement du titre de séjour de Mme D sur le fondement du trouble à l'ordre public, la requérante est fondée à soutenir qu'elle ne cause aucun trouble à l'ordre public et qu'il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il suit de là que ces moyens permettent sérieusement de douter de la légalité de la décision de refus de titre qui lui a été opposé. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée en tant qu'elle lui refuse le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Compte tenu de ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme D, dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 13 février 2023 portant refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de préfet de police en date du 13 février 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme D, dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 13 février 2023 portant refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.

Article 3 : Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police

Fait à Paris, le 6 avril 2023 .

La juge des référés,

V. Hermann A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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