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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2307792

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2307792

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2307792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantAGAHI-ALAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 4 avril 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête, enregistrée le 22 mars 2023, présentée par M. D B C.

Par cette requête, enregistrée le 6 avril 2023 au greffe du tribunal de Paris et un mémoire, enregistré le 21 mai 2023, M. D B C, représenté par Me Agahi-Alaoui demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ainsi qu'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le temps nécessaire au réexamen de sa situation administrative, et ce dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, injonction assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car il n'a pas pu être entendu en violation d'un principe général du droit de l'Union européenne ;

- le préfet a commis une erreur de droit et a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est venu travailler en France, a un casier judiciaire vide, apprends le français, est socialement intégré, a rencontré une femme avec qui il vit depuis janvier 2023 et a engagé des démarches en vue de régulariser sa situation administrative ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public, et son comportement ne révèle pas de risque de fuite au sens des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle car il n'a jamais été condamné et n'a jamais troublé l'ordre public ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. B C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de M. B C en présence d'un interprète en langue portugaise.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 20 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B C à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ainsi qu'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-009 du 9 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. A E, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement pour signer " les décisions d'obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi " ainsi que " les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. B C.

5. En quatrième lieu, M. B C soutient qu'en méconnaissance du droit d'être entendu avant que ne soit prise la décision de l'obliger à quitter le territoire il n'a pas pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure envisagée. Il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait pu faire valoir. De plus, il est constant que le requérant a été entendu à plusieurs reprises notamment par les services préfectoraux lors de son arrestation. Par suite, le moyen sera écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B C ressortissant brésilien né en 1986 soutient qu'il est entré en France en septembre 2022 pour y travailler, qu'il a un casier judiciaire vide, apprends le français, est socialement intégré, a rencontré une ressortissante française avec qui il vit depuis janvier 2023 et a engagé des démarches en vue de régulariser sa situation administrative car il a une promesse d'embauche comme soudeur qui est un métier sous tension. Toutefois, d'une part, M. B C reconnaît avoir encore plusieurs membres de sa famille au Brésil, pays où il a vécu 35 ans, n'est en France que depuis 7 mois et a déclaré lors de son interpellation être célibataire et ne pas avoir d'adresse personnelle mais être domicilié chez un ami dont il ne connait pas l'adresse. Par suite, il ne justifie pas de 3 mois de vie commune avec sa concubine nonobstant les attestations sur l'honneur des 20 mars et 17 mai 2023 produite par cette dernière. D'autre part, contrairement à ce qu'il soutient, il ne justifie ni d'une promesse d'embauche ni d'aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative et a indiqué lors de son interpellation travailler au noir sur des chantiers, non pas comme soudeur mais comme ouvrier coffreur. Enfin, la séparation d'avec sa concubine dont il vient d'être dit qu'il n'établissait pas l'ancienneté de la communauté de vie avant l'arrêté attaqué ne peut constituer un traitement inhumain et dégradant. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et que c'est à tort qu'il a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de son article 3 ni commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire.

8. En sixième lieu, M. B C soutient que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L611-1 du CESEDA car il ne représente pas une menace à l'ordre public, et son comportement ne révèle pas de risque de fuite au sens des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Toutefois, lors de son interpellation le 20 mars 2023, le requérant a été dans l'incapacité de donner une adresse précise et a indiqué ne pas avoir d'adresse personnelle et n'a pu présenter de documents d'identité. Par suite, ce nouveau moyen sera, lui aussi, écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023 du préfet des Hauts-de-Seine. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière,

D. Migeon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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