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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2307971

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2307971

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2307971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLACOSTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme A Diomande, représentée par Me E, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéficie de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 mars 2023 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis le jour où elles lui ont été retirées, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ou, à défaut, à lui verser directement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle ne dispose d'aucune ressource pour subvenir aux besoins élémentaires de son jeune fils âgé de huit mois ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; elle n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation l'OFII se fondant un prétendu refus d'embarquer sur un vol à destination de la Bulgarie le 7 novembre 2022 alors qu'elle faisait l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Italie et qu'elle n'a pas été convoquée à cette date ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de sa vulnérabilité particulière ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle se réfère à une convocation erronée qui ne lui a pas été adressée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation l'OFII n'ayant pris en compte ni sa vulnérabilité psychologique et physique du fait des mutilations sexuelles qu'elle a subies en Côte d'Ivoire, ni le fait qu'elle justifie son absence à sa convocation à l'aéroport le 14 octobre 2022 par un motif légitime tiré de son suivi médical le 14 octobre 2022 à 9 heures 45 en vue d'une opération chirurgicale réparatrice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il ne peut faire droit aux conclusions de la requête tendant à ce qu'il lui soit enjoint de rétablir au bénéfice de la requérante le versement des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie, la requérante s'étant elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque en ne se soumettant pas volontairement à ses obligations de présentation aux autorités chargées de l'asile ;

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ; l'existence d'une éventuelle vulnérabilité a été examinée à l'occasion de l'enregistrement de la demande d'asile ; la requérante n'établit pas un état de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; aucun motif légitime ne justifiait le manquement à son obligation de présentation en vue de son transfert ; la requérante ne justifie pas des raisons pour lesquelles elle n'a pas présenté une demande de renouvellement de son attestation de demandeur d'asile.

Vu :

- la requête n° 2307972, enregistrée le 7 avril 2023, par laquelle Mme Diomande demande l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Aubert ;

- et les observations de Me E, représentant Mme Diomande, qui reprend les moyens exposés dans sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Diomande, née le 1er janvier 2001, de nationalité ivoirienne, a demandé le bénéfice d'une protection internationale en France le 26 avril 2022 et a été placée en procédure dite Dublin. Par un arrêté du 24 mai 2022, le préfet de police a décidé de son transfert vers l'Italie. Mme Diomande et son fils, B C Diomande, né le 13 juillet 2022, ont été convoqués le 14 octobre 2022 à 8 heures 40 à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle en vue de leur réacheminement vers l'Italie. Mme Diomande n'ayant pas déféré à cette convocation, les services de la préfecture ont refusé d'enregistrer sa demande d'asile présentée le 23 novembre 2022. De plus, l'OFII a cessé, par une décision du 20 mars 2023, de lui verser les conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme Diomande demande la suspension de la décision du directeur de l'OFII portant cessation du versement des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence à statuer et en application des dispositions précitées, il y a lieu d'admettre Mme Diomande au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. La condition d'urgence à laquelle le prononcé d'une mesure de suspension est subordonné doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

6. La décision dont la suspension est demandée a pour effet de maintenir Mme Diomande et son fils âgé de huit mois dans une situation de grande précarité matérielle en raison de la cessation du versement de l'allocation de demandeur d'asile. Ces éléments caractérisent une situation d'urgence.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : /() / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; ()/ Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement.

La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / (). ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme Diomande a été convoquée le 14 octobre 2022 à 8 heures 40 à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle en vue de son transfert vers l'Italie. En décidant de la cessation des conditions matérielles d'accueil de Mme Diomande au motif qu'elle a refusé de se présenter à l'aéroport le 7 novembre 2022 en vue de son transfert vers la Bulgarie, le directeur de l'OFII s'est fondé sur des faits inexacts. En outre, une telle motivation révèle que les motifs légitimes pour lesquels l'intéressée ne s'est pas rendue à l'aéroport le 14 octobre 2022 n'ont pas fait l'objet d'un examen par les services de l'OFII. Par suite, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen complet de la situation de Mme Diomande sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a donc lieu de suspendre la décision par laquelle l'OFII a mis fin au versement des conditions matérielles d'accueil de Mme Diomande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Dans les circonstances de l'espèce, l'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de Mme Diomande de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

11. Il résulte de ce qui est dit au point 3 que Mme Diomande est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me E, avocat de Mme Diomande, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mette à la charge de l'OFII le versement à Mme E de la somme de 1 200 euros. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle cette somme sera versée à Mme Diomande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme Diomande est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du directeur de l'OFII du 20 mars 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de Mme Diomande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'OFII versera à Me E la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me E renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme Diomande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A Diomande, à Me E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Fait à Paris, le 27 avril 2023.

La juge des référés,

S. Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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