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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308102

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308102

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Gers l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gers de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence dès lors que le signataire desdites décisions ne bénéficiait d'aucune délégation et que le préfet du Gers était territorialement incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet du Gers s'est estimé tenu de prendre une telle mesure ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 611-1, L. 621-1 et L. 621-2 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Le Broussois pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Broussois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo (RDC), née le 19 mai 2001, entrée en France le 10 janvier 2022 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juin 2022, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 6 janvier 2023. Par arrêté du 24 mars 2023, pris en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Gers a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, le préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné, que cette mesure soit liée à une décision refusant à ce dernier un titre de séjour ou son renouvellement, au refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire, ou encore au fait que l'étranger se trouve dans un autre des cas énumérés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent. En l'espèce, si Mme B fait valoir qu'elle était domiciliée à Paris à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, elle n'établit pas qu'elle avait informé à cette date le préfet du département du Gers, dans lequel elle résidait précédemment, de son changement d'adresse. Elle n'est dès lors pas fondée, en tout état de cause, à soutenir que le préfet du Gers n'était pas compétent pour édicter l'arrêté attaqué.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Jean-Sébastien Boucard, secrétaire général de la préfecture du Gers, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet du Gers en vertu d'un arrêté du 5 décembre 2022 dont la publication n'est pas contestée. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté, elle ne fournit, en tout état de cause, aucune précision sur les éléments pertinents qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de la décision prise à son encontre. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'énoncé notamment au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit ainsi être écarté.

7. En cinquième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivé.

8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gers se serait cru tenu de faire obligation à Mme B de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait sur ce point entaché l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Ainsi qu'il a été dit précédemment, la demande d'asile de Mme B a été rejetée par décision du directeur général de l'OFPRA du 29 juin 2022, confirmée par décision de la CNDA lue en audience publique le 6 janvier 2023. La requérante, alors même qu'elle était bénéficiaire d'une protection internationale octroyée par les autorités grecques, pouvait ainsi, à compter au plus tard de cette dernière date, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont l'arrêté attaqué serait entaché au regard de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1 () ". Si Mme B fait valoir qu'elle avait vocation à être remise aux autorités grecques en application des dispositions précitées, il résulte desdites dispositions qu'une telle remise ne constituait qu'une faculté. Le moyen tiré de la violation desdites dispositions ne peut ainsi qu'être écarté.

11. En neuvième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée très récemment en France, est célibataire et sans attache familiale en France. En outre, elle n'établit pas être isolée en RDC, son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Gers, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

12. En dixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gers aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, sur la situation personnelle de Mme B.

13. En onzième lieu, il résulte des motifs qui précèdent que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le pays de renvoi, serait dépourvu de base légale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

14. En douzième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Si Mme B soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en RDC en raison de son orientation sexuelle, elle ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à attester qu'elle encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour dans ce pays, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Le moyen tiré de la violation des stipulations et dispositions précitées ne peut ainsi qu'être écarté.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Mme B qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'établit pas avoir informé le préfet du Gers de son changement d'adresse préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, n'est pas fondée à soutenir que ledit arrêté, en tant qu'il lui fait obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain, dans le ressort de ce département, pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le magistrat désigné,

N. Le BroussoisLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308102/6-1

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