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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308337

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308337

vendredi 11 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantARVIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur une action en reconnaissance de droits introduite par l’Union syndicale CGT des personnels de l’AP-HP. Le syndicat demandait la reconnaissance rétroactive du droit des agents effectuant des heures supplémentaires à cumuler l’indemnité horaire pour travaux supplémentaires avec d’autres indemnités (travail de nuit, travaux dangereux, dimanches et jours fériés). Le tribunal a rejeté la requête, considérant que l’AP-HP ne contestait pas le principe du cumul et mettait déjà en œuvre les mesures nécessaires, rendant la demande sans objet. La décision s’appuie sur les articles L. 77-12-1 et suivants du code de justice administrative relatifs à l’action collective en reconnaissance de droits.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 13 avril 2023 et le 4 novembre 2024, l’Union syndicale CGT des personnels de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (USAP CGT), représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) de prononcer la reconnaissance rétroactive du droit des agents de l’AP-HP qui effectuent des heures supplémentaires, au paiement des indemnités cumulables avec l’indemnité horaire pour travaux supplémentaires, à savoir l’indemnité horaire pour travail de nuit et sa majoration pour travail intensif, l’indemnité pour travaux dangereux, incommodes, insalubres et salissants et l’indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés ;

2°) de mettre à la charge de l’AP-HP une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la règlementation autorise le cumul de l’indemnité horaire pour travail de nuit et sa majoration pour travail intensif, l’indemnité pour travaux dangereux, incommodes, insalubres et salissants et l’indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés avec l’indemnité horaire pour travaux supplémentaires ;
- le refus de paiement rétroactif de ces indemnités cumulables constitue un manquement de l’AP-HP à ses obligations d’employeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés dès lors, notamment, qu’elle ne s’oppose pas à l’analyse selon laquelle les indemnités en cause sont cumulables et met en œuvre les mesures propres à assurer ce cumul.

Par une ordonnance du 12 novembre 2024, la clôture d’instruction a été fixée au 2 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le décret n°67-624 du 23 juillet 1967 ;
- le décret n°88-1084 du 30 novembre 1988 ;
- le décret n°92-7 du 2 janvier 1992 ;
- le décret n°2002-598 du 25 avril 2002 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les conclusions de M. Coz, rapporteur public,
- et les observations de Me Arvis, représentant l’USAP CGT.


Considérant ce qui suit :

Par un courrier du 10 octobre 2022, notifié le 17 octobre 2022, l’USAP CGT a formé un recours préalable auprès de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) tendant à la reconnaissance du droit des agents de l’AP-HP qui effectuent des heures supplémentaires au paiement des indemnités cumulables avec l’indemnité horaire pour travaux supplémentaires. Face au silence gardé durant quatre mois par l’administration, le syndicat a saisi le tribunal de la même demande.

La loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIème siècle a introduit, dans le titre VII du livre VII du code de justice administrative, un chapitre XII relatif à l’action en reconnaissance de droits. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 77-12-1 du code de justice administrative : « L’action en reconnaissance de droits permet à une association régulièrement déclarée ou à un syndicat professionnel régulièrement constitué de déposer une requête tendant à la reconnaissance de droits individuels résultant de l’application de la loi ou du règlement en faveur d’un groupe indéterminé de personnes ayant le même intérêt, à la condition que leur objet statutaire comporte la défense dudit intérêt. Elle peut tendre au bénéfice d’une somme d’argent légalement due ou à la décharge d’une somme d’argent illégalement réclamée. Elle ne peut tendre à la reconnaissance d’un préjudice. / Le groupe d’intérêt en faveur duquel l’action est présentée est caractérisé par l’identité de la situation juridique de ses membres. Il est nécessairement délimité par les personnes morales de droit public ou les organismes de droit privé chargés de la gestion d’un service public mis en cause. / L’action collective est présentée, instruite et jugée selon les dispositions du présent code, sous réserve du présent chapitre. » Aux termes de l’article L. 77-12-2 du même code : « La présentation d'une action en reconnaissance de droits interrompt, à l'égard de chacune des personnes susceptibles de se prévaloir des droits dont la reconnaissance est demandée, les prescriptions et forclusions édictées par les lois et règlements en vigueur, sous réserve qu'à la date d'enregistrement de la requête, sa créance ne soit pas déjà prescrite ou son action forclose. / Un nouveau délai de prescription ou de forclusion court, dans les conditions prévues par les dispositions législatives et réglementaires applicables, à compter de la publication de la décision statuant sur l'action collective passée en force de chose jugée. Les modalités de cette publication sont définies par décret en Conseil d'Etat. / Postérieurement à cette publication, l'introduction d'une nouvelle action en reconnaissance de droits, quel qu'en soit l'auteur, n'interrompt pas, de nouveau, les délais de prescription et de forclusion. » L’article L. 77-12-3 de ce code dispose, par ailleurs, que « Le juge qui fait droit à l’action en reconnaissance de droits détermine les conditions de droit et de fait auxquelles est subordonnée la reconnaissance des droits. S’il lui apparaît que la reconnaissance de ces droits emporte des conséquences manifestement excessives pour les divers intérêts publics ou privés en présence, il peut déterminer les effets dans le temps de cette reconnaissance. / Toute personne qui remplit ces conditions de droit et de fait peut, sous réserve que sa créance ne soit pas prescrite ou son action forclose, se prévaloir, devant toute autorité administrative ou juridictionnelle, des droits reconnus par la décision ainsi passée en force de chose jugée. / L’autorité de chose jugée attachée à cette décision est soulevée d’office par le juge. » Selon le premier alinéa de l’article L. 77-12-4 du code de justice administrative, « L’appel formé contre un jugement faisant droit à une action en reconnaissance de droits a, de plein droit, un effet suspensif ». En outre, en application de l’article L. 77-12-5 du même code, toute personne qui estime être en droit de se prévaloir d’une décision juridictionnelle faisant droit à une action en reconnaissance de droits, passée en force de chose jugée, peut, en cas d’inexécution d’une telle décision à son égard, demander à en obtenir l’exécution auprès du juge administratif qui a la possibilité, le cas échéant, de fixer un délai d’exécution et de prononcer une astreinte dans les conditions prévues par le livre IX de ce code, mais aussi d’infliger une amende à la personne morale de droit public ou à l’organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public intéressé. Enfin, les articles R. 77-12-2 et suivants du code de justice administrative, créés par le décret n° 2017-888 du 6 mai 2017, précisent les conditions règlementaires dans lesquelles une action en reconnaissance de droits est formée, instruite et jugée.

Il résulte de ces dispositions qu’une action en reconnaissance de droits peut être engagée devant le juge administratif, par une association ou un syndicat professionnel satisfaisant aux conditions prévues par la loi, afin que soit reconnu, à un groupe indéterminé de personnes placées dans une situation juridique identique et partageant le même intérêt, le bénéfice de droits individuels résultant de l’application de la loi ou du règlement. A ce titre, la contrariété d’une disposition législative à la Constitution, pour autant qu’une question prioritaire de constitutionnalité soit soulevée, ou aux stipulations d’un traité ou accord international, entrées en vigueur dans l’ordre juridique interne et invocables devant le juge administratif, ou encore au droit de l’Union européenne, de même que l’illégalité d’une disposition règlementaire peuvent être utilement invoquées à l’appui d’une telle action, sous réserve que la disposition législative ou règlementaire en cause constitue la base légale de la décision de rejet opposée par l’autorité compétente à la réclamation préalable formée par l’association ou le syndicat professionnel demandeur à l’action. Si le juge administratif fait droit à cette action, il lui appartient, en application des dispositions de l’article L. 77-12-3 du code de justice administrative citées au point 2, dans les limites de sa compétence, de déterminer les conditions de droit et de fait auxquelles est subordonnée la reconnaissance des droits ainsi accordée. A cet égard, s’il apparaît au juge administratif que les effets de cette reconnaissance sont de nature à emporter des conséquences manifestement excessives pour les divers intérêts publics ou privés en présence, il lui revient – après avoir recueilli sur ce point les observations des parties – de déterminer les conditions et les limites dans lesquelles les droits individuels revendiqués sont susceptibles d’être remis en cause.

Sur les conclusions à fin de reconnaissance de droits :

Aux termes de l’article 1er du décret du 25 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires : « Les personnels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 (…) peuvent percevoir, dès lors qu'ils exercent des fonctions ou appartiennent à des corps, grades ou emplois dont les missions impliquent la réalisation effective d'heures supplémentaires, des indemnités horaires pour travaux supplémentaires (…) ». Aux termes de l’article 4 de ce même décret : « Les indemnités horaires pour travaux supplémentaires, prévues au titre du présent décret, sont exclusives de toute autre indemnité de même nature à l'exception des indemnités forfaitaires pour travaux supplémentaires ».

Il ne résulte ni de ces dispositions, ni de celles du décret du 30 novembre 1988 instituant l’indemnité horaire pour travail de nuit, du décret du 23 juillet 1967 instituant l’indemnité pour travaux dangereux, incommodes, insalubres ou salissants ou du décret du 2 janvier 1992 instituant l’indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés ni d’aucun autre texte que ces trois indemnités auraient la même nature que les indemnités horaires pour travaux supplémentaires. Dès lors, rien ne s’oppose à leur cumul avec les indemnités horaires pour travaux supplémentaires. La circonstance que l’AP-HP reconnaisse cette possibilité de cumul ne s’oppose pas à ce que le juge reconnaisse explicitement, dans le cadre de son office de juge de l’action en reconnaissance de droits, les droits invoqués par les requérants alors, au demeurant, que l’AP-HP n’établit pas s’être dotée, à la date du présent jugement, d’un dispositif pérenne permettant le respect effectif du cumul des indemnités en cause.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de reconnaître les droits des agents de l’AP-HP qui effectuent des heures supplémentaires à bénéficier des indemnités cumulables avec l’indemnité horaire pour travaux supplémentaires, à savoir l’indemnité horaire pour travail de nuit et sa majoration pour travail intensif, l’indemnité pour travaux dangereux, incommodes, insalubres et salissants et l’indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés. Les questions relatives à l’éventuelle prescription des créances détenues par les agents concernés sur l’AP-HP sont régies par les dispositions de l’article L. 77-12-2 du code de justice administrative citées au point 2.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’AP-HP une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l’USAP CGT et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : Le droit de bénéficier du cumul de l’indemnité horaire pour travail de nuit et sa majoration pour travail intensif, l’indemnité pour travaux dangereux, incommodes, insalubres et salissants et l’indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés avec les indemnités horaires pour travaux supplémentaires est reconnu aux agents de l’AP-HP effectuant des heures supplémentaires.

Article 2 : L’AP-HP versera à l’USAP CGT une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l’Union syndicale CGT des personnels de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (USAP CGT) et à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris.


Délibéré après l'audience du 30 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint Chamas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.


La rapporteure,

signé


M. de SAINT CHAMASLe président,

signé


J. SORIN
La greffière,

signé


C. EL HOUSSINE


La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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