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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308559

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308559

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET RACINE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a été saisi de deux requêtes par des associations et une personne physique. La première (n°2308559) visait l'annulation d'un arrêté préfectoral du 14 février 2023 accordant un permis de construire modificatif à la société LVMH pour un centre de conférence à Paris 5e. La seconde (n°2319474) contestait le refus implicite du préfet de constater la caducité du permis de construire initial délivré en 2019 pour le même projet. Les requérantes invoquaient notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, la méconnaissance des articles R.424-17 du code de l'urbanisme et R.523-17-1 du code du patrimoine, ainsi que des règles du plan local d'urbanisme. Le tribunal a rejeté les deux requêtes, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés et que les requérantes ne justifiaient pas d'un intérêt à agir suffisant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2308559 et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2023, le 25 décembre 2024 et le 24 janvier 2025, l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F, représentées par Me Cofflard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a accordé un permis de construire modificatif à la société LVMH Moët Hennessy, modifiant le permis PC 075 105 18 P0032 et portant sur la modification de la couverture vitrée, la modification de l'excavation et de la volumétrie de l'amphithéâtre, la modification des surfaces de plancher en sous-sol et l'extension de l'emprise en sous-sol de la Galerie de Navarre, pour le projet de construction d'un centre de conférence situé 5, rue Descartes (Paris 5ème) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérantes soutiennent que :

- elles ont intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme dès lors que :

o le planning d'intervention des fouilles n'a pas été respecté et les fouilles auraient dû être achevées à la date de délivrance du permis de construire modificatif ;

o l'arrêté du 21 mai 2021 rend caduque les précédentes prescriptions ;

o le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 523-17-1 du code du patrimoine en modifiant les prescriptions de fouilles archéologiques ;

o les prescriptions de fouilles imposées en 2016 et 2018 ne pouvaient être prises en compte dès lors qu'elles sont antérieures à la date de délivrance du permis de construire.

- il méconnaît les dispositions des articles R. 431-8 et suivants du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris, dès lors que la mise en conformité du plan local d'urbanisme avait été prise en raison de l'absence de visibilité de la verrière de l'espace public.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2024, le 24 janvier 2025 et le 14 février 2025, la société LVMH Moët Hennessy, représentée par le cabinet Latournerie Wolfrom Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes n'ont pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2024, le 24 janvier 2025 et le 14 février 2025, le préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les requérantes n'ont pas intérêt à agir ;

- les autres moyens soulevés par FNE Paris et autres ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 26 février 2025.

Par une lettre du 7 avril 2025, les requérantes ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à communiquer au tribunal la preuve du dépôt des statuts adoptés le 17 février 2020 par l'association La SphinX et des statuts adoptés le 21 janvier 2022 par l'association X-Alternative.

Les requérantes ont communiqué des pièces en réponse le 22 avril 2025.

II. Par une requête n° 2319474 et un mémoire, enregistrés le 21 août 2023 et le 25 décembre 2024, l'association La SphinX, l'association France Nature Environnement Paris, l'association X-Alternative et Mme B F, représentées par Me Cofflard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France, à leur demande de constat de caducité de l'arrêté du 5 septembre 2019 par lequel il a accordé le permis de construire n° PC 075 10 518 P9932 à l'Ecole Polytechnique pour la construction d'un espace d'accueil et d'un centre de conférences, la restauration de la Galerie de Navarre et de la Boîte à claque situé 5 rue Descartes (Paris 5ème) ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de prendre un arrêté constatant la caducité du permis de construire n° PC 075 10 518 P9932, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérantes soutiennent que :

- elles ont intérêt à agir ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme ;

- le planning d'intervention des fouilles n'a pas été respecté ;

- l'arrêté du 21 mai 2021 rend caduque les précédentes prescriptions ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 523-17-1 du code du patrimoine en modifiant les prescriptions de fouilles archéologiques ;

- les prescriptions de fouilles imposées en 2016 et 2018 ne pouvaient être prises en compte dès lors qu'elles sont antérieurs à la date de délivrance du permis de construire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2024 et le 24 janvier 2025, la société LVMH Moët Hennessy, représentée par le cabinet Latournerie Wolfrom Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes n'ont pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2024 et le 24 janvier 2025, le préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les requérantes n'ont pas intérêt à agir ;

- les autres moyens soulevés par FNE Paris et autres ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2025.

Par une lettre du 4 avril 2025, les requérantes ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à communiquer au tribunal le mandat donnant qualité pour agir à la présidente de FNE Paris, ou des statuts modifiés lui donnant cette qualité, ainsi que la preuve de dépôt des statuts déposés auprès de la préfecture en 2016 par FNE Paris.

Les requérantes ont communiqué des pièces en réponse le 14 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hombourger

- les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public,

- et les observations de Me Cofflard, représentant les requérantes, de Mme C, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, et de Me Delaigue, représentant la société LVMH Moët Hennessy.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 décembre 2018, l'Ecole Polytechnique a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'un espace d'accueil et d'un centre de conférences, la restauration de la Galerie de Navarre et de la Boîte à claque situé 5 rue Descartes (Paris 5ème) . Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a accordé le permis demandé par une décision du 5 septembre 2019. Le 21 décembre 2021, ce permis de construire a été transféré à la société LVMH Moët Hennessy. Le 7 juillet 2022, la société LVMH Moët Hennessy a sollicité un permis de construire modificatif portant sur la modification de la couverture vitrée, la modification de l'excavation et de la volumétrie de l'amphithéâtre, la modification des surfaces de plancher en sous-sol et l'extension de l'emprise en sous-sol de la Galerie de Navarre, qui a été accordé par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris le 14 février 2023. Par la requête n° 2308559, l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F demandent l'annulation de la décision du 14 février 2023 accordant ce permis modificatif.

2. Le 18 avril 2023, l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F ont demandé au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de reconnaître la caducité du permis de construire délivré le 5 septembre 2019. Par la requête n° 2319474, les requérantes demandent l'annulation de la décision implicite de rejet né du silence gardé sur cette demande.

3. Les requêtes n° 2319474 et n° 2308559 sont présentées par les mêmes requérantes et portent sur un même permis de construire. Il y a lieu de les joindre.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête n° 2319474 relative à la caducité du permis de construire :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. () " Aux termes de l'article R. 424-20 du même code : " Lorsque le commencement des travaux est subordonné à une autorisation ou à une procédure prévue par une autre législation, le délai de trois ans mentionné à l'article R. 424-17 court à compter de la date à laquelle les travaux peuvent commencer en application de cette législation si cette date est postérieure à la notification visée à l'article R. 424-10 ou à la date à laquelle la décision tacite est intervenue. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque la réalisation d'opérations d'archéologie préventive a été prescrite, les travaux ne peuvent être entrepris avant l'achèvement de ces opérations. " L'article L 523-10 du code du patrimoine dispose que : " () Lorsque l'établissement public n'a pas engagé les travaux nécessaires aux opérations archéologiques dans un délai de six mois suivant la délivrance de l'autorisation de fouilles par l'Etat, ou qu'il ne les a pas achevés dans un délai de dix-huit mois, prorogeable une fois par décision motivée de l'autorité administrative, à compter de la délivrance de cette même autorisation, les prescriptions édictées en application de l'article L. 522-2 sont réputées caduques. () ". Aux termes de l'article R. 523-59 du même code : " Dans les quinze jours suivant la notification par l'aménageur de l'achèvement des opérations de fouilles sur le site, le préfet de région lui délivre une attestation de libération du terrain. Faute de notification dans ce délai de l'attestation, celle-ci est réputée acquise. Tout intéressé peut alors demander au préfet de région de lui délivrer un certificat attestant qu'aucune décision négative n'est intervenue. "

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsque la réalisation d'opérations d'archéologie préventive a été prescrite, le délai mentionné à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme ne commence à courir qu'à compter de la délivrance de l'attestation de libération du terrain par le préfet de région, marquant l'achèvement de l'opération, ou dans l'hypothèse d'une défaillance de l'opérateur chargé de l'opération d'archéologie préventive, six mois après la délivrance de l'autorisation des fouilles en cas d'absence d'engagement de l'opération, ou dix-huit mois après la délivrance de l'autorisation des fouilles en cas d'absence d'achèvement de l'opération.

7. En l'espèce, en application des articles R. 523-12 et R. 523-14 du code du patrimoine, l'Ecole Polytechnique a saisi le préfet de la région d'Ile-de-France afin qu'il examine si son projet était susceptible de donner lieu à des prescriptions archéologiques puis l'a saisi d'une demande anticipée de prescription. Le préfet de la région d'Ile-de-France a d'abord prescrit la réalisation d'un diagnostic archéologique par un arrêté n° 2015-353 du 3 juillet 2015, puis, au vu du rapport de diagnostic, a prescrit la réalisation de fouilles archéologiques par un arrêté n° 2016-580 du 3 novembre 2016. Au vu de l'évolution du projet, cet arrêté a été successivement modifié, en ce qui concerne la surface concernée et le document graphique associé, par un arrêté n° 2018-467 du 30 août 2018 puis par un arrêté n° 2021-359 du 21 mai 2021.

8. Afin de répondre à cette prescription, la société LVMH a choisi l'Institut national de recherches archéologiques préventives comme opérateur pour cette fouille. Le projet scientifique d'intervention de l'INRAP, établi le 9 juillet 2021, prévoyait que les trois premières phases s'achèveraient fin mai 2022 et donneraient lieu à un procès-verbal de fin d'opération permettant la délivrance de l'attestation de libération de terrain. La société LVMH a transmis ce projet au service régional de l'archéologie pour avis sur l'offre le 9 juillet 2021, qui a donné un avis favorable. Par un arrêté du 14 avril 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a autorisé les fouilles. Il ressort des pièces du dossier que les fouilles ont démarré en juin 2022 mais n'étaient pas achevées à la date de la décision attaquée.

9. Enfin, s'agissant du permis de construire, l'article 2 du permis de construire délivré le 5 septembre 2019 et notifié le 6 septembre 2019 dispose que : " Le bénéficiaire du permis de construire respectera les prescriptions et observations émises par le service régional de l'archéologie du 15 février 2019 et par le préfet de Paris du 30 août 2019 ". Dans sa note du 15 février 2019, le service régional de l'archéologie a précisé que : " Ce projet concerne un terrain pour lequel a déjà été prescrite une fouille d'archéologie préventive (arrêté n° 2018-467 du 30 août 2018). La réalisation de cette fouille devra être menée à terme avant le démarrage des travaux liés à cette demande. "

10. En premier lieu, la circonstance que les prescriptions de l'arrêté du 3 novembre 2016, telles que modifiées par l'arrêté du 30 août 2018, soient antérieures à la délivrance du permis de construire n'est pas de nature à prévenir leur prise en compte dans la détermination de la date à laquelle court le délai de trois ans prévu à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dès lors que l'article 2 du permis de construire délivré le 5 septembre 2019 a subordonné le démarrage des travaux au respect de ces prescriptions.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés du 3 novembre 2016 et du 30 août 2018 n'ont pas été rendus caduques ou abrogés par l'arrêté du 21 mai 2021, qui a uniquement modifié les dispositions de l'arrêté du 3 novembre 2016.

12. En troisième lieu, l'article R. 523-17-1 du code du patrimoine dispose que : " Lorsque l'aménageur modifie son projet d'aménagement, de construction d'ouvrage ou de travaux et que les modifications ne sont pas de nature à imposer le dépôt d'une nouvelle demande d'autorisation ou d'une demande de modification de l'autorisation délivrée, il adresse au préfet de région une notice technique exposant le contenu des modifications proposées. / Le préfet de région émet un arrêté de prescription de modification de consistance du projet, conformément au 3° de l'article R. 523-15. "

13. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 21 mai 2021 modifie les prescriptions archéologiques pour prendre en compte les modifications du projet de construction qui ont fait l'objet d'une demande de permis de construire modificatif le 7 juillet 2022. Par suite, et alors au surplus que l'arrêté du 21 mai 2021 n'a pas d'incidence sur la date de caducité du permis, les requérantes ne peuvent utilement invoquer à l'encontre de la décision attaquée la méconnaissance des dispositions de l'article R. 523-17 du code du patrimoine.

14. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, la circonstance que les opérations prescrites par les arrêtés du 3 novembre 2016 et du 30 août 2018 n'aient donné lieu à la conclusion d'un contrat avec l'INRAP que le 9 juillet 2021 est sans incidence sur la date à compter de laquelle commence à courir le délai prévu à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme. Il en va de même s'agissant du dépassement du délai prévu dans le projet scientifique d'intervention. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les fouilles ont débuté en juin 2022. Dès lors, à supposer même que l'absence d'achèvement des fouilles archéologiques puisse conduire à la caducité de la prescription, cette caducité interviendrait au plus tôt le 4 octobre 2023, dix-huit mois après la date de l'arrêté d'autorisation des fouilles, et le délai de trois ans ne pourrait courir au plus tôt qu'à partir de cette date, le permis ne devenant ainsi caduque qu'à compter du 4 octobre 2026 au plus tôt. Par suite, le permis de construire n'était pas caduque au 21 juin 2023, date de la décision attaquée.

15. Il résulte des points 4 à 14 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2308559 relative au permis de construire modificatif :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / a) Les travaux, constructions et installations réalisés pour le compte d'Etats étrangers ou d'organisations internationales, de l'Etat, de ses établissements publics et concessionnaires ; () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / a) Pour les projets réalisés pour le compte d'Etats étrangers ou d'organisations internationales, de l'Etat, de ses établissements publics et concessionnaires. "

18. Il résulte des dispositions combinées du a) de l'article L. 422-2 et du a) de l'article R. 422-2 du code de l'urbanisme que le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire lorsque la construction envisagée est réalisée pour le compte de l'Etat ou de ses établissements publics. La notion de réalisation pour le compte d'un établissement public de l'Etat, au sens de ces dispositions, comprend toute demande d'autorisation d'utilisation du sol qui s'inscrit dans le cadre de l'exercice par cet établissement public de ses compétences au titre d'une mission de service public qui lui est impartie et à l'accomplissement de laquelle le législateur a entendu que la commune ne puisse faire obstacle en raison des buts d'intérêt général poursuivis. Dès lors, les circonstances que le demandeur de l'autorisation ne soit pas l'établissement public lui-même et que celui-ci ne soit pas propriétaire du terrain d'assiette ou des constructions objets de la demande sont sans incidence sur la compétence du préfet pour délivrer l'autorisation demandée.

19. En l'espèce, d'une part, la demande de permis de construire a été déposée par la société LVMH, agissant pour le compte de l'Ecole Polytechnique, établissement public de l'Etat en application de l'article L. 755-1 du code de l'éducation, au vu de l'offre de concours et de l'autorisation d'occupation du domaine public conclues, et dans le cadre des missions de service public confiées à cette école, dès lors que le projet visait à faire bénéficier ses élèves d'un centre de conférences permettant de recevoir de manière attractive des chercheurs internationaux. Contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ne résulte pas de ces dispositions que le pétitionnaire dut être investi par la loi de missions pour le compte de l'Etat pour que le projet soit considéré comme réalisé pour le compte de l'Etat. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que la société LVMH disposerait d'un droit de regard sur la programmation à venir en contrepartie de son offre de concours n'ôte pas au projet le caractère de réalisation pour le compte d'un établissement public de l'Etat. Par suite, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris était compétent pour prendre la décision attaquée.

20. D'autre part, en vertu de l'article 15 de l'arrêté du 29 mars 2021 portant organisation de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France le 30 mars suivant : " Les unités départementales (UD) de Paris () sont dirigées par des directeurs adjoints et placées, lorsqu'elles agissent dans le périmètre départemental, sous l'autorité fonctionnelle du préfet de département. / Chaque unité () instruit l'ensemble des autorisations d'urbanisme relevant de l'Etat ". Selon l'article 4 de l'arrêté du préfet de Paris n° 75-2022-07-19-00005 du 19 juillet 2022 portant délégation de signature à Mme G A, directrice régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France : " Délégation de signature est () donnée à Mme G A, ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts, directrice régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France, à l'effet de signer, au nom du préfet de Paris, tous arrêtés () relevant des attributions des autres domaines en matière d'aménagement (), ainsi qu'en application de l'arrêté n° IDF-2021-03-29-00020 du 29 mars 2021 ".

21. L'arrêté attaqué a été signé par M. E D, directeur régional et interdépartemental adjoint de l'environnement, de l'aménagement et des transports, directeur de l'unité départementale de Paris jusqu'au 14 février 2023 inclus, qui disposait d'une subdélégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant de l'article 4 de l'arrêté du préfet de Paris n° 75-2022-07-19-00005 du 19 juillet 2022 en vertu d'une décision n° DRIEAT-IDF-2023-0057 du 17 janvier 2023, publiée le même jour. Il résulte des dispositions combinées l'article 4 de l'arrêté du 19 juillet 2022 et de l'article 15 de l'arrêté du 29 mars 2021 que M. D avait compétence pour signer l'ensemble des décisions faisant suite à l'instruction des autorisations d'urbanisme relevant de l'Etat, dont les décisions d'octroi de permis de construire modificatif. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

22. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 14 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme doit être écarté.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

24. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

25. Les requérantes soutiennent que le projet de permis modificatif a induit les services instructeurs en erreur, dès lors qu'il ne fait pas apparaître la visibilité depuis l'espace public de la verrière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la modification de la verrière, si elle a conduit à une géométrie différente, entraîne une diminution de sa hauteur maximale et non une augmentation, la hauteur passant de 60,88 NVP à 60,70 NVP, et ne conduit pas à la rendre visible depuis l'espace public. En outre, le permis de construire modificatif, en présentant différents plans en coupe avant et après modification, permet d'appréhender clairement la modification proposée. Enfin, le permis contient un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté.

26. En dernier lieu, par un arrêté n° 75-2019-07-02-001 du 2 juillet 2019, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a déclaré le projet de réhabilitation de la " boîte à claque " et de la galerie de Navarre d'intérêt général, emportant la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme et notamment le déclassement de l'espace vert protégé de la cour de la boîte à claque. Les requérantes soutiennent que la décision attaquée méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris dès lors que l'arrêté du 2 juillet 2019 avait considéré que l'intérêt général du projet était établi notamment car " la verrière d'architecture moderne qui couvre la cour intérieure s'intègre dans l'environnement du bâti et ne sera pas visible depuis l'espace public. " Toutefois, la visibilité de la verrière ne méconnaît aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 25, il ne ressort pas des pièces du dossier que la verrière, telle que prévue dans le permis de construire modificatif, soit visible depuis l'espace public. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par l'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association France Nature Environnement Paris, de l'association La SphinX, de l'association X-Alternative et de Mme B F une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par la société LVMH Moët Hennessy et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2308559 et 2319474 sont rejetées.

Article 2 : L'association France Nature Environnement Paris, l'association La SphinX, l'association X-Alternative et Mme B F verseront à la société LVMH Moët Hennessy la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la société LVMH Moët Hennessy est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement Paris, première dénommée dans les requêtes n° 2308559 et 2319474, à la société LVMH Moët Hennessy et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Séval, président,

Mme Hombourger, première conseillère,

M. Melka, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

La rapporteure,

C. HOMBOURGER

Le président,

J.-P. SÉVAL

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2319474/4-3

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