lundi 24 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2308622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Vovard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 14 mars 2023 du préfet de police en tant que cet arrêté porte une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à M. B, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la situation d'urgence est caractérisée, dès lors que, résidant en France continûment depuis 2015, ayant entamé des démarches pour obtenir un rendez-vous et régulariser sa situation depuis plus d'un an, ainsi qu'il ressort de l'ordonnance du Tribunal en date du 24 mars 2022, il voit son contrat dans le secteur de la restauration suspendu par son employeur et se trouve exposé, avec son épouse, à être privé de toutes ressources ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée par les moyens tirés de ce que :
- la décision contestée est entachée d'illégalité en raison de l'incompétence son auteur ;
- elle est entachée de défaut de motivation et d'examen approfondi de sa situation ainsi que d'une erreur de fait, en ce que l'autorité administrative lui reproche une insuffisante intégration et maîtrise de la langue française, alors qu'il justifie avoir suivi des cours de français de façon soutenue
- cette décision méconnaît les dispositions L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions, compte tenu de l'ancienneté de son séjour, de huit ans, non contestée, de son activité professionnelle, d'abord à compter du mois de juillet 2018 en tant que cuisinier puis, depuis le mois de décembre 2020 en tant que wok master auprès d'une autre société spécialisée dans la cuisine thaïlandaise, qui a déposé une demande d'autorisation de travail à son bénéfice;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à l'ancienneté de son séjour, à la présence auprès de lui de son épouse et de l'une de ses enfants, de ses efforts d'insertion et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier, notamment la requête enregistrée le 7 avril 2023 sous le numéro 2307937 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 24 avril 2023 en présence de Mme René-Louis Arthur, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Perfettini, juge des référés ;
- les observations de Me Vovard, assistant M. B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête, souligne l'urgence, en rappelant que l'intéressé, employé sous contrat à durée indéterminée, est privé de ressources et donc de moyens de subsistance pour lui-même et son épouse du fait de la suspension de ce contrat, développe ensuite, en s'appuyant sur le demande d' autorisation de travail, son moyen tiré du souhait de l'employeur de continuer à recourir aux compétences de M. B, dans un contexte où le recrutement de personnel formé dans le secteur de la restauration est particulièrement tendu et, enfin, confirme que la demande d'autorisation de travail et le dossier transmis au préfet de police au mois d'octobre 2022 n'ont pas fait l'objet d'une réponse ;
- les observations de M. B, qui, en réponse aux questions de la juge des référés, indique que son épouse n'a pas encore sollicité un titre de séjour en octobre 2022 et ne fournit pas d'éléments sur l'activité de son enfant résidant en France ;
- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi et représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence n'est pas caractérisée en l'espèce, compte tenu, en particulier, du délai de plusieurs années écoulé entre l'entrée de l'intéressé sur le territoire et sa demande de titre de séjour, de l'absence de précision sur ses moyens de subsistance avant son premier recrutement et de l'absence d'imminence d'une mesure d'éloignement en raison du dépôt d'un recours au fond et, en outre, relève l'absence d'intensité de la vie familiale et d'insertion sur le territoire français du requérant, dont l'épouse n'est pas en situation régulière et dont le père et le second enfant résident en Thaïlande.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant thaïlandais entré en France le 24 avril 2015 muni d'un visa Schengen, a sollicité un rendez-vous en vue de régulariser sa situation à compter du mois de décembre 2021 et a été reçu le 9 mai 2022 à la préfecture de police, qui l'a muni d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Par arrêté du 14 mars 2023, le préfet de police lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs que les éléments produits ne pouvaient être regardés, eu égard, notamment, à la durée de résidence de l'intéressé sur le territoire français, comme relevant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, qu'en outre, l'existence d'une demande d'autorisation de travail ne saurait constituer un motif exceptionnel, que, par ailleurs, l'ancienneté de son séjour en France, son expérience et ses qualifications professionnelles ne permettaient pas davantage de le considérer comme justifiant d'un motif exceptionnel et que, enfin, au surplus, étant après plus de sept ans en France et dans l'incapacité de communiquer oralement dans un français élémentaire, il ne témoignait pas d'une réelle volonté d'intégration.
2. Par la présente requête en référé, M. B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant que ce dernier porte refus de délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
5. M. B, présent en France depuis huit ans à la date de la décision contestée, justifiant d'une activité professionnelle continue depuis au moins le mois de janvier 2018 et recruté en dernier lieu le 16 décembre 2020 sous contrat à durée indéterminée modifié par avenant du 1er juillet 2021 comme cuisinier " superviseur wok " rattaché directement au manageur du restaurant proposant des spécialités thaïlandaises qui l'emploie, a vu ce contrat suspendu à la suite du refus de délivrance du titre de séjour sollicité, ainsi qu'il ressort de la lettre en date du 17 avril 2023 du directeur général adjoint de la société gérant l'établissement, qui indique que l'intéressé est un élément important pour l'entreprise. Dans ces conditions et alors que M. B justifie n'avoir pas d'autres revenus que ceux procurés par son salaire, le requérant, jusqu'à ce que l'affaire soit jugée au fond, se voit privé de moyens de subsistance. Dès lors, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".
7. Il n'est pas contesté que M. B réside continûment en France depuis huit ans et qu'il justifie d'une activité professionnelle depuis au moins cinq ans, ainsi qu'il a été rappelé au point 1 ci-dessus. Il apparaît, en outre, qu'au sein de la troisième et dernière société qui l'a employé, et qui a suspendu son contrat à la suite de la décision du préfet de police, il exerce depuis près de deux ans des fonctions de superviseur et de formateur, nécessitant des compétences spécifiques, et que des difficultés de recrutement sont constatées dans ce secteur. Eu égard à ces éléments et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée du préfet de police.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu de suspendre l'exécution la délivrance du titre de séjour sollicité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Dans l'attente qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, eu égard aux motifs de la présente ordonnance et à l'office du juge des référés, la suspension prononcée implique seulement d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, à verser à M. B, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision en date du 14 mars 2023 par laquelle le préfet de police a refusé la délivrance d'un titre de séjour de M. B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copies-en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 24 avril 2023.
La juge des référés,
D. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308622/9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026