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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309290

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309290

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBRAUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 21 avril 2023, enregistrée le 25 avril 2023 au greffe du tribunal, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal la requête présentée par M. B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montreuil le 20 avril 2023, M. B A, représenté par Me Braun, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 19 avril 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 232-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est dépourvue de motivation en fait ; elle est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ; il n'est pas justifié de l'urgence à prendre une telle décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; si la décision allègue d'une urgence, elle ne l'explicite pas ; il aurait donc dû bénéficier d'un délai de départ volontaire ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant douze mois est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 6ème alinéa de l'article L. 251-1 et de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 26 avril 2023 au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a produit ni mémoire en défense ni pièces.

Par ordonnance du 26 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant roumain né le 23 juin 1990, demande l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, postérieurement à l'enregistrement de la requête, par une décision du 3 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.". Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 : " () les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union (). Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ".

5. En premier lieu, pour prendre l'arrêté contesté, le préfet de la Seine-Saint-Denis a d'abord estimé que M. B qui ne prouve pas sa présence sur le territoire français depuis moins de trois mois constitue une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français dès lors qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle ou de la recherche d'un emploi, qu'il ne peut justifier de ressources ou de moyens d'existence suffisants et se trouve en situation de complète dépendance par rapport au système d'assistance sociale français en l'absence d'une assurance maladie en France ou dans son pays d'origine. Or, contrairement aux allégations du préfet, M. B, en produisant son billet d'avion entre Bucarest et l'aéroport de Paris Beauvais du 16 mars 2023 à 18h10, démontre qu'à la date de la décision attaquée, soit le 19 avril 2023, il ne séjournait en France que depuis un peu plus d'un mois. Par ailleurs, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en l'absence de toute défense, ne démontre pas que l'intéressé aurait effectivement eu recours au système d'assistance sociale français ou bénéficié d'aides ou de prestations sociales dans des conditions telles qu'il devrait être regardé comme étant devenu une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français.

6. En second lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a également estimé que le comportement de M. B, " coupable de faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt " constitue, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Toutefois et alors que le requérant conteste ces faits, le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'établit pas la réalité de cette menace en l'absence notamment de production de procès-verbal d'interpellation ou de toute autre pièce probante. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

7. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français. Il s'ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision refusant un délai de départ de départ volontaire, celle fixant le pays de destination ainsi que celle portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois figurant dans le même arrêté.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Braun au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 19 avril 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Braun une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Braun renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Braun.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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