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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310418

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310418

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 9 mai, 18 et 20 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Ka, avocat, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de communiquer son entier dossier administratif ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de cinq jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et administrative;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté car elle n'a pas été entendue avant la prise de l'arrêté attaqué ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH).

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté et elle n'a pas été entendue ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté et elle n'a pas été entendue ;

- elle viole l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, avocat, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B par une décision du 24 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marik-Descoings,

- et les observations de Me Ka, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauritanienne née le 31 décembre 1995, a fait l'objet le 18 avril 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B par une décision du 24 mai 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de communication de l'entier dossier :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B a demandé la communication de son dossier à l'administration. Par suite, cette demande, formée directement devant le Tribunal administratif, n'est pas recevable et doit être rejetée.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

4. Il ressort des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment de son article L. 512-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, Mme B ne fournit aucune précision sur les éléments pertinents qu'elle aurait été empêchée de faire valoir préalablement à l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet et qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de la décision prise à son encontre. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en violation du droit à être entendu et de présenter des observations préalables à son édiction.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme B, elle lui permet de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est imposée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°()".

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par OFPRA le 12 avril 2022, décision confirmée par la CNDA le 10 février 2023. La requérante entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'implique pas que Mme B sera éloignée à destination de son pays d'origine, est inopérant à l'appui de conclusions aux fins d'annulation d'une obligation de quitter le territoire français et doit dès lors être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

12. Il est constant que la décision attaquée prévoit un délai de trente jours pour le départ volontaire de Mme B. Un tel délai est conforme aux dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B a fait état devant le préfet de police, à l'occasion du dépôt ou de l'instruction de sa demande de titre de séjour, ou, à tout le moins, avant l'édiction de l'arrêté attaqué, de circonstances particulières, propres à justifier une prolongation de ce délai de départ volontaire. Ainsi, le moyen tiré de ce que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B en fixant à trente jours le délai qui lui a été imparti pour quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si Mme B fait valoir que son état de santé s'oppose à ce qu'elle soit éloignée à destination de la Mauritanie en se prévalant du traitement médicamenteux et du suivi psychiatrique dont elle fait l'objet du fait des symptômes psychiatriques sévères qu'elle présente, les pièces médicales qu'elle produit n'établissent pas que le suivi par un service psychiatrique initié en 2022 ait été prolongé en 2023 ni qu'un traitement relatif à une affection psychiatrique lui ait été prescrit après le 6 avril 2023. Elle n'établit ainsi pas qu'elle ne pourrait pas faire l'objet d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et qu'elle y serait exposée à des risques de la nature de ceux prévus par les stipulations susvisées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance desdites stipulations doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Ka.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La magistrate désignée,

N. MARIK-DESCOINGSLa greffière,

N. DUPOUY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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