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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310431

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310431

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUEGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, la Caisse des Dépôts et Consignations, représentée par Me Guegan, demande au juge des référés en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'association Créative à lui verser une provision d'un montant de 60 000 euros, outre les intérêts depuis la demande de restitution de la subvention signifiée le

7 décembre 2022 avec capitalisation des intérêts à la date de la présente requête, à parfaire le cas échéant suivant la date à laquelle l'ordonnance sera rendue ;

2°) d'ordonner à l'association Créative de procéder au versement de la provision susmentionnée dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'association Créative une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'existence de la créance d'un montant de 60 000 euros est non sérieusement contestable.

La requête a été communiquée à l'association Créative qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viard pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure, de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n'est pas sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi.

3. Si l'attribution d'une subvention par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.

4. Par une mise en demeure adressée par acte d'huissier le 7 décembre 2022, la Caisse des dépôts et Consignations a notifié la résiliation pour faute de la convention relative au financement des structures itinérantes France Services dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville du 17 février 2021 conclue avec l'association Créative et a sollicité le remboursement de la subvention d'un montant de 60 000 euros dans un délai de quinze jours.

5. La convention relative au financement des structures itinérantes France Services dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville conclue le 17 février 2021 entre la Caisse des Dépôts et Consignations et l'association Créative prévoit, à son article 5.1, le versement par la Caisse des Dépôts et Consignations d'une subvention pour le " Bus France Services " plafonné à 60 000 euros. De plus, son article 6.2 précise que : " en cas de non-respect par le Porteur de Projet, des engagements souscrits dans le cadre de la Convention au titre des articles 2, 3, 4 (), celle-ci pourra être résiliée de plein droit, par la Caisse des Dépôts, à l'expiration d'un délai de quinze (15) jours calendaires suivants l'envoi d'une lettre recommandée avec avis de réception adressée à la partie défaillante, valant mise en demeure d'exécuter ses obligations demeurées infructueuses () ". Enfin, son article 6.3 indique que : " en cas de résiliation pour faute du Porteur de projet celui-ci sera tenu de restituer intégralement la somme indûment perçue ()".

6. Les termes de la convention mentionnée au point 5, et notamment son article 4, ont pour objet et pour effet de conférer à la Caisse des Dépôts et Consignations, un pouvoir de vérification de la bonne utilisation de sa contribution financière lui permettant notamment de demander au porteur de projet tout document ou justificatif. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de ses pouvoirs, la Caisse des dépôts et Consignations a, à plusieurs reprises, par courriels et courriers, demandé à l'association Créative de lui fournir les factures justifiant de l'achat du Bus France Services ainsi que des justificatifs concernant le flocage du logo " Banque des Territoires " conformément aux objectifs définis dans le cadre de la convention. Si l'association Créative a communiqué cinq factures pour un montant total de dépenses de 12 898,91 euros, ces dernières ne couvrent pas le montant total de la subvention de 60 000 euros et notamment ne comprennent pas l'achat du bus et les frais d'aménagement figurant dans les devis produits. En outre, les photographies transmises par l'association Créative par un courriel en date du 13 septembre 2021 ne permettent pas d'apprécier le respect des obligations de flocage. Dans ces conditions, l'obligation dont se prévaut la Caisse des Dépôts et Consignations n'est pas sérieusement contestable et n'est d'ailleurs pas contestée par l'association Créative, à laquelle la requête a été notifiée et qui n'a pas produit de mémoire en défense. En conséquence, il y a lieu de condamner l'association Créative au versement d'une provision de 60 000 euros correspondant au montant total de la subvention accordée et versée à cette dernière.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

7. La Caisse des Dépôts et Consignations a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 60 000 euros à compter du 9 mai 2023, date d'enregistrement de sa requête.

8. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Or, en l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée le 9 mai 2023, aussi à la date de la présente ordonnance, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande de capitalisation.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. L'association Créative versera la somme prescrite par la présente ordonnance dans le délai d'un mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Créative la somme de 1 000 euros à verser à la Caisse des Dépôts et Consignations au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'association Créative est condamnée à verser à la Caisse des Dépôts et Consignations une somme provisionnelle de 60 000 euros, majorée des intérêts dus au taux légal à compter du 9 mai 2023.

Article 2 : L'association Créative versera la somme prescrite par l'article 1er de la présente ordonnance dans le délai d'un mois à compter de sa notification.

Article 3 : L'association Créative versera à la Caisse des Dépôts et Consignations une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la Caisse des Dépôts et Consignations et à l'association Créative.

Fait à Paris, le 13 juillet 2023.

La juge des référés,

M-P. VIARD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310431/4-1

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