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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310573

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310573

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET MATUCHANSKY, POUPOT, VALDELIEVRE (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, l'Association Olympique d'Alès en Cévennes, représentée par Me Callen, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 janvier 2023 par laquelle la commission d'appel de la direction nationale du contrôle de gestion (D.N.C.G.) de la Fédération française de football a confirmé la sanction d'un retrait ferme de cinq points au classement sportif de la saison 2022/2023 (National 2, Groupe C) prononcée par décision du 6 décembre 2022 de la commission fédérale de contrôle des clubs, ensemble cette décision du 6 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la Fédération française de football de modifier le classement du championnat national 2 2022/2023, groupe C, en tirant les conséquences de la suspension des effets de la sanction de retrait ferme de cinq points au classement sportif infligée à l'Olympique d'Alès en Cévennes ;

3°) de mettre à la charge de la Fédération française de football la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'Association Olympique d'Alès en Cévennes soutient que :

Concernant l'urgence :

- l'urgence est caractérisée compte tenu du nombre de matchs restant à jouer - en l'occurrence trois - mais également de la configuration singulière du classement : le championnat de France de National 2 est composé de 4 groupes de 16 équipes, soit 64 au total, regroupées par zone géographique ; les cinq derniers de chaque groupe + les deux plus mauvais 11ème clubs (soit au total 22 clubs) seront relégués dans la division inférieure, le National 3 (cinquième division) ; à la date de rédaction de la présente requête, l'exposante est 10ème au classement, avec seulement 2 points d'avance par rapport aux 11, 12 et 13, la sanction de retrait ferme de 5 points ayant d'ores et déjà été exécutée au niveau du classement ; les 13ème et 14ème au classement (concurrents directs pour le maintien) ont une rencontre supplémentaire à jouer, laquelle sera jouée le week-end du 20/21 mai prochain ; elle est ainsi, à trois journées du terme du championnat, exposée à la relégation dans la division inférieure, les deux plus mauvais 11ème clubs (sur un total de 4 groupes) étant relégués ;

- l'urgence est également caractérisée, au-delà de ces considérations sportives, par l'impact de la sanction sur l'organisation du club vis-à-vis de ses partenaires et sponsors au

regard du climat d'incertitude généré.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- la commission d'appel de la D.N.C.G. a, en optant pour le retrait de cinq points au classement sportif de la saison 2022/2023 (National 2 Groupe C), commis une erreur d'appréciation, dès lors que l'Association Olympique d'Alès en Cévennes ne connait aucune difficulté financière, l'Olympique n'a eu aucune intention de tromper les commissions de la D.N.C.G., et qu'il a procédé à des " proratisations " de subventions municipales perçues ;

- le quantum de la sanction infligée à l'Association Olympique d'Alès en Cévennes est, en l'absence de sursis, disproportionné, compte tenu, d'une part de la bonne foi du club, de l'absence d'antécédent et de sa solidité objectivée par un acte de cautionnement de 5 millions d'euros, d'autre part de récents précédents devant la D.N.C.G. (retrait de 3 points) ; un retrait de 5 points dont deux avec sursis eut été une sanction proportionnée, en adéquation avec la proposition de conciliation faite par le Comité national olympique et sportif français.

La Fédération française de football, représentée par la S.C.P. Matuchansky, Poupot, Valdelièvre, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association Olympique d'Alès en Cévennes une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- la requérante ne développe aucun moyen susceptible, en l'état de l'instruction, de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête enregistrée le 14 avril 2023 sous le n° 2308397 par laquelle l'association Olympique d'Alès en Cévennes demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport,

- les règlements généraux de la Fédération française de football,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cicmen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffière d'audience, M. Cicmen a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Callen, représentant l'Association Olympique d'Alès en Cévennes, qui conclut aux même fins que sa requête par les mêmes moyens, qu'il précise, en particulier la disproportion du quantum de la sanction,

- les observations de Me Poupot, représentant la Fédération française de football qui maintient ses conclusions et conteste la bonne foi du club.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 6 décembre 2022, la commission fédérale de contrôle des clubs (C.F.C.C.) de la D.N.C.G., après avoir considéré que les comptes 2021/2022 du club de l'Olympique d'Alès en Cévennes définitivement arrêtés au 30 juin 2022 présentaient une discordance significative avec la situation estimée à cette même date à la suite de la dernière audition du club le 13 juin 2022, au vu de laquelle le club cévenol a, le 21 juin 2022, été autorisé à accéder en national au titre de la saison sportive 2022-2023, a sanctionné ledit club d'un retrait ferme de cinq points au classement sportif de la saison 2022/2023. L'Olympique d'Alès en Cévennes a saisi la commission d'appel de la D.N.C.G. pour contester cette sanction infligée le 6 décembre 2022. Cette commission d'appel a toutefois confirmé, par décision du 12 janvier 2023, le retrait ferme de cinq points pour la saison en cours. Le club cévenol a dès lors formé une demande de conciliation auprès du Comité national olympique et sportif français, en vertu des articles L.141-4 et R.141-5 et suivants du code du sport. Si, le 23 mars 2023, le président de la conférence des conciliateurs, a formulé une proposition consistant à modifier la sanction en litige par un retrait de cinq points dont deux avec sursis, la Fédération française de football a fait savoir, le 5 avril 2023, qu'elle refusait cette proposition. Par la présente requête, l'association Olympique d'Alès en Cévennes demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 janvier 2023 et, au besoin, également de la décision du 6 décembre 2022.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. D'une part, en application de l'article L.132-1 du code du sport, la Fédération française de football a créé, conformément à l'article L. 132-2 du même code, la D.N.C.G., laquelle a, par détermination de cet article 132-2, notamment pour objectif " de favoriser le respect de 1'équité sportive et de contribuer à la régulation économique des compétitions ". Selon les dispositions du h) de l'article 11 de l'annexe à la convention passée entre la fédération et la Ligue de football professionnel, la D.N.C.G. est chargée d'appliquer les mesures prévues à l'annexe n° 2 du présent règlement en cas d'inobservation des dispositions obligatoires relatives à la tenue de la comptabilité, aux procédures de contrôle et à la production de documents. Cette direction peut ainsi dans ce cadre, sur le fondement des dispositions du b) du 1 de l'annexe 2, imposer aux clubs des championnats de National 2 et de National 3, selon le degré du manquement, des mesures telles l'amende, la non-homologation de nouveaux contrats durant une ou plusieurs saisons, la suspension ou radiation des dirigeants responsables, le retrait de points, ou même plusieurs de ces mesures, sans qu'il soit prévu par celles-ci la possibilité d'assortir une telle mesure d'un sursis. Bien que le législateur ait entendu garantir à un tel organisme un pouvoir d'appréciation indépendant des autres organes de la fédération, il ne lui a toutefois pas conféré de personnalité morale distincte de la fédération et la D.N.C.G. présente, en conséquence, le caractère d'un organe de la fédération, au nom de laquelle elle prend les décisions relevant des compétences qui 1ui sont attribuées.

4. D'autre part, en vertu de l'article 7 des règlements des championnats National 1 et National 2, dans leur version applicable au litige, la situation économique et financière des clubs accédant au National 2 est obligatoirement et préalablement à cette accession examinée par la D.N.C.G. dans les conditions prévues à son règlement. Les dispositions de l'article 7 prévoient également qu'un club ne peut accéder à ce championnat que s'il présente au plus tard le 31 mai de la saison en cours les éléments financiers (bilan et prévisions) permettant de justifier de capitaux propres positifs au 30 juin de la même saison. Par ailleurs, en application de l'article R.113-4 du code du sport, la délibération d'une collectivité territoriale attribuant une subvention à une association sportive affiliée à une Fédération française de football précise la saison au titre de laquelle cette subvention est accordée. Par suite, l'attribution par une collectivité territoriale à une telle association sportive d'une subvention au titre de l'année civile nécessite pour cette dernière de pratiquer le cut-off lors de l'arrêté de ses comptes au 30 juin, terme de la saison sportive qui marque la fin de son exercice comptable.

5. En l'espèce, par une décision du 21 juin 2022, la D.N.C.G. a autorisé l'Olympique d'Alès en Cévennes à accéder en Championnat National 2 pour l'année 2022-2023 sur la base de comptes 2021/2022 estimés au 30 juin 2022 qui faisaient état de capitaux propres positifs de 65 000 euros. Toutefois, les commissions de cette direction ont estimé, qu'après l'arrêt définitif au 30 juin 2022 de ces comptes, les capitaux propres du club cévenol se révélaient négatifs, ce qu'a d'ailleurs confirmé le président de la conférence des conciliateurs du C.N.O.S.F. Pour cela, la C.F.C.C. a, en particulier, relevé que le club concerné n'a pas pratiqué le cut-off dans le cadre de la comptabilisation d'une subvention municipale de 365 000 euros attribuée à l'année civile. Quant à la commission d'appel puis au président de la conférence des conciliateurs, ils ont souligné l'absence d'un poste " produits constatés d'avance " d'un montant tenant compte de la moitié du montant des " subventions Ville " versées pour l'année 2022 qui s'est élevé à 365 000 euros. Cette constatation a eu pour conséquence mécanique la négativité des capitaux propres au 30 juin 2022. A cet égard, la commission d'appel et le président de la conférence des conciliateurs ont, en tenant compte en particulier de l'omission précitée, évalué les capitaux propres définitifs du club cévenol au 30 juin 2022, à - 127 000 euros. L'inobservation par l'Olympique d'Alès en Cévennes des dispositions relatives à la tenue de la comptabilité, ayant faussé l'équité sportive en permettant au club cévenol de participer au championnat National 2 pour la saison 2022/2023 en contravention avec les dispositions de l'article 7 des règlements des championnats nationaux indiqués au point 4, qui subordonnaient cette accession à l'obligation d'avoir des capitaux propres positifs au 30 juin 2022, a conduit la D.N.C.G. a imposé au club, pour la saison 2022-2023, une mesure de retrait de cinq points en application des dispositions indiquées au point 3.

6. Compte tenu de ce qui a été indiqué, ne paraissent pas, en l'état, propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des faits et, eu égard à la nature, l'ampleur significative et la portée du manquement aux dispositions de l'article 7 des règlements des championnats nationaux, de la disproportion du quantum de la sanction. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, il y a lieu de rejeter la requête de l'association Olympique d'Alès en Cévennes, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante le versement à la Fédération Française de Football d'une somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de l'Association Olympique d'Alès en Cévennes est rejetée.

Article 2 : L'Association Olympique d'Alès en Cévennes versera à la Fédération française de football une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Association Olympique d'Alès en Cévennes et à la Fédération française de football.

Fait à Paris, le 30 mai 2023.

Le juge des référés,

D. Cicmen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

No 2310573/6

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