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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310729

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310729

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter de leur cessation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'il est sans ressources financières et n'a pas d'hébergement ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; elle n'est pas motivée ; elle ne comporte aucune précision sur la vulnérabilité du requérant ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux sur sa situation personnelle ; elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de l'entretien de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'OFII ne démontre pas que l'agent ayant mené cet entretien a reçu la formation spécifique requise ; elle est illégale du fait de l'illégalité du questionnaire d'évaluation annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ; elle est entachée d'une erreur de droit le fait de revenir en France afin d'y demander l'asile après avoir fait l'objet d'un transfert ne figurant pas parmi les cas mentionnés à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la modulation de la sanction dès lors que la décision ne comporte aucune motivation sur le choix opéré entre une limitation et un retrait des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est prématurée ; ses services ont reçu M. A le 3 mai 2023 dans le cadre de l'instruction de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil et la demande est en cours d'instruction de sorte qu'aucune décision implicite ne peut être regardée comme étant née ; par suite la requête de M. A est irrecevable ;

- le cas échant il appartiendra au juge de procéder à une substitution de base légale afin que la décision attaquée soit fondée en droit sur le 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision doit être regardée comme une décision de refus des conditions matérielles d'accueil dans le cadre d'une demande de réexamen ;

- la condition de l'urgence n'est pas remplie ; le requérant s'est lui-même placé dans la situation qu'il invoque en présentant une nouvelle demande en France après avoir fait l'objet d'un transfert vers la Slovénie alors même qu'il avait connaissance que la France n'était pas responsable de sa demande d'asile ; il ne justifie pas être dépourvu de ressources ni d'hébergement ; il ne présente pas une situation de particulière vulnérabilité ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à légalité de la décision dont la suspension est demandée ; la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ne fait pas partie des décisions soumises à l'obligation de motivation ; la situation de M. A a été correctement appréciée ; dans le cadre d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil l'OFII n'est pas tenu de procéder à un entretien personnel et, en outre, un entretien a eu lieu le 3 mai 2023 par un auditeur d'asile formé pour recevoir et évaluer les demandeurs d'asile ; la feuille d'entretien de vulnérabilité produite par M. A ne fait pas état de problème de santé, lors de l'entretien de vulnérabilité le requérant n'a produit aucun document médical et a refusé que lui soit remis un certificat médical vierge ; la décision n'a pas été prise pour l'application de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilité et celui-ci n'en constitue pas la base légale ; M. A n'établit pas que les autorités slovènes ont refusé de procéder à l'examen de sa demande d'asile ; il n'établit pas une situation de vulnérabilité particulière justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n° 2310730 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 mai 2023, tenue en présence de Mme Decock, greffière d'audience, Mme Aubert a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 26 juin 1996 à Logar (Afghanistan), a présenté une demande d'asile en France au cours de l'année 2021 et a été placé en procédure dite Dublin le 24 août 2022. Le 15 novembre 2021, il a été transféré en Slovénie, Etat membre responsable de sa demande d'asile. Il est ensuite revenu en France et a de nouveau présenté une demande d'asile auprès des services de la préfecture de police, laquelle a été enregistrée en procédure accélérée, le 24 août 2022. Par un courriel du 13 février 2023, il a demandé à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, puis par courriel du 21 avril 2023, les motifs du rejet implicite de sa demande. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ;/ 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

6. En l'espèce, il ressort des écritures de l'OFII, que la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées, ainsi que le demande le défendeur, à celles du 3° de l'article L. 551-16 du même code dès lors, en premier lieu, que M. A se trouvait dans la situation où, en application du 3° de cet article, l'OFII pouvait décider de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après avoir examiné sa situation afin de prendre en compte sa vulnérabilité, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

7. Dans ces circonstances, les moyens tirés de ce que l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel est toutefois et en conséquence substitué le 3° de l'article L. 551-15 du même code, ainsi que les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et, à la date à laquelle la décision implicite de rejet s'est formée, de défaut d'examen de la situation personnelle du demandeur et d'entretien de vulnérabilité, sont propres, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

8. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément sur les circonstances qui l'ont conduit à revenir en France après son transfert en Slovénie, dont les autorités s'étaient reconnues compétentes pour l'examen de sa demande d'asile. Il n'apporte pas plus d'éléments au soutien de ses allégations relatives à l'urgence, notamment sur ses ressources financières ou ses besoins en matière d'accueil. De plus, il n'a demandé à l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil que le 13 février 2023 soit plus de six mois après l'enregistrement de sa demande en procédure accélérée par l'Etat français le 24 août 2022. Dès lors, M. A ne justifie pas de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative au sens des dispositions de cet article.

9. Il résulte de tout ce qu'il précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M.A tendant à la suspension de la décision implicite du 13 avril 2023, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi, que la demande présentée sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et à Me de Seze.

Fait à Paris, le 6 juin 2023.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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