mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2312314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 30 mai 2023, M. B C, représenté par Me Caoudal, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision en date du 15 mars 2023 du préfet de police portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation de séjour portant autorisation de travail, dans le délai de trois jours à compter de la notification l'ordonnance à intervenir, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil, Me Caoudal, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la situation d'urgence est présumée, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour qui le place en situation irrégulière; en outre, il justifie de circonstances particulières dès lors que la décision attaquée a pour effet de le priver du traitement médical strict et continu qui lui est nécessaire alors qu'il est atteint d'une grave pathologie , d'entraîner la fermeture de ses droits à l'assurance maladie et l'expose à la rupture imminente de son contrat de travail avec la société qui l'emploie use et de ses quatre enfants, qu'il perdra faute d'autorisation de travail, et, en outre, est menacé de ne plus pouvoir bénéficier d'une couverture médicale;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée par les moyens tirés de ce que :
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la preuve de la régularité formelle de l'avis de l'OFII n'est pas rapportée, pas plus que celle de la procédure suivie par le collège de médecins ayant prononcé cet avis en ce qui concerne tant l'absence au sein de ce collège du médecin qui lui a transmis un avis médical que la composition dudit collège lors de sa délibération ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions et résulte d'un changement d'appréciation du préfet de police par rapport aux années précédentes quant à la disponibilité dans le pays d'origine des médicaments prescrits et elle est erronée ainsi qu'il ressort des documents médicaux et des documents produits ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi conclut au rejet de ma requête en faisant valoir que l'urgence n'est pas caractérisée et que les moyens soulevés sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier, notamment la requête enregistrée 27 mai 2023 sous le numéro 2312313 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perfettini pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 5 juin 2023 en présence de Mme Boudina, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Perfettini, juge des référés ;
- les observations de Me Caoudal, représentant M. C, présent, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, souligne, en outre, l'urgence de la situation eu égard à l'état de santé de l'intéressé, en rappelant que la requête a été introduite dans les délais à la suite de l'attribution de l'aide juridictionnelle au requérant et indique que les éléments médicaux invoqués en défense sont identiques ou analogues à ceux sur lesquels le préfet de police s'était fondé pour précédemment délivrer à ce dernier un titre de séjour.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant malien né le 2 octobre 1986 à Libreville (Gabon), entré en France le 22 juillet 2018 et reçu en dernier lieu le 1er juillet 2022, a été mis en possession d'une carte de séjour en qualité d'étranger malade valable du 7 juin 2021 au
6 juin 2022. Il a sollicité le renouvellement de ce titre, en dernier lieu le 1er juillet 2022, en se présentant à la préfecture de police. Par arrêté du 15 mars 2023, le préfet de police a rejeté la demande de M. C, aux motifs que, si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. C pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier d'un traitement approprié et qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale.
2. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant que ce dernier porte refus de renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
5. Par la décision contestée, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour délivré au requérant en qualité d'étranger malade. L'urgence est donc présumée. En outre et ainsi que le soutient le requérant, l'irrégularité de sa situation entraîne à très brève échéance la rupture du contrat de travail à durée indéterminée qui le lie à son employeur et la cessation de ses droits à l'assurance maladie. Par suite, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / (). ".
7. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. C , le préfet de police s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 20 février 2023, aux termes duquel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine.
8. Toutefois, il ressort du dossier médical produit par M. C que ce dernier souffre d'une hépatite B active faisant l'objet d'un suivi médical régulier et strict et d'un traitement par antiviral au centre hospitalier intercommunal André Grégoire de Montreuil. En outre, au vu de l'attestation en date du 25 avril 2023, de Gilead Sciences reprenant une information communiqué par son siège à l'international le Viread, nom sous lequel est commercialisé le Ténofovir, n'est pas disponible au Mali, ce que corrobore, notamment, un certificat en date du 25 avril 2023, postérieur à la décision attaquée mais émanant du praticien qui suit M. C A ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée du préfet de police.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 15 mars 2023 par laquelle le préfet de police a refusé d'accorder le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. A l'attente qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, eu égard aux motifs de la présente ordonnance et à l'office du juge des référés, la suspension prononcée implique seulement d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, à verser à Me Caoudal, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision en date du 15 mars 2023 par laquelle le préfet de police a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. C est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Caoudal de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copies-en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 6 juin 2023.
La juge des référés,
D. PERFETTINI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2312314/9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026