jeudi 24 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2312405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai 2023 et 14 août 2023, Mme C D, représentée par Me Dirakis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
S'agissant de l'ensemble de l'arrêté contesté :
- le préfet de police était territorialement incompétent en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- son placement en garde à vue constituait un détournement de procédure, ses droits ont été méconnus lors de son audition par les services de police et les coordonnées de l'interprète n'ont pas été indiquées dans le procès-verbal ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle n'a pas refusé d'embarquer et n'est pas entrée sur le territoire français mais a été placée en garde à vue dans la zone d'attente ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'est pas entrée sur le territoire français mais a été placée en garde à vue alors qu'elle se trouvait en zone d'attente ;
- elle porte atteinte au droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la procédure contradictoire préalable n'a pas été mise en œuvre ;
- elle a été prise sur le fondement de dispositions législatives contraires aux objectifs de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 quant à la définition du " risque de fuite " ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle est menacée par le gouvernement sri lankais ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a été édictée avant même son entrée sur le territoire français, qu'elle ne représente aucune menace pour l'ordre public et que sa durée est excessive ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle risque d'être maltraitée et tuée en cas de retour au Sri Lanka.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Laforêt en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laforêt,
- les observations de Me Dirakis, représentant Mme D, qui se désiste purement et simplement de ses conclusions aux fins d'injonction dès lors qu'elle bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour depuis l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale par le préfet des Yvelines le 7 juin 2023, mais maintient l'ensemble des autres conclusions de la requête, par les mêmes moyens ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante sri lankaise, née le 24 février 2005, a été placée en zone d'attente à son arrivée à l'aéroport de Roissy et a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée en France au titre de l'asile par le ministre de l'intérieur le 16 mai 2023. Elle a toutefois fait obstacle à la mise en œuvre de la procédure de réacheminement en refusant d'embarquer à deux reprises. Le 25 mai 2023, elle a été placée en garde à vue et, par un arrêté du 26 mai 2023, le préfet de police a pris une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de douze mois. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le préfet de département et, à Paris, le préfet de police, sont compétents en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile dans les conditions définies aux articles 11-1 et 71 du décret no 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements ". L'article R. 122-3 du même code dispose : " Par dérogation à l'article R. 122-1 et au premier alinéa de l'article 11-1 du décret no 2004-374 du 29 avril 2004, sur les emprises des aérodromes de Paris-Charles de Gaulle, du Bourget et de Paris-Orly : / 1o Pour l'application des articles () R. 613-1, () la compétence du préfet de département est exercée par le préfet de police ". Aux termes de l'article R. 613-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".
3. Il résulte de ces dispositions combinées que le préfet de police était bien territorialement compétent pour prendre l'arrêté contesté dès lors que la requérante se trouvait en garde à vue dans l'enceinte de l'aéroport de Roissy à la date de son édiction, le 26 mai 2023. La circonstance que l'intéressée ait, à cette date, quitté la zone d'attente et soit entrée sur le territoire français est sans incidence sur la compétence territoriale du préfet, dès lors qu'elle se trouvait bien dans l'enceinte de l'aéroport. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du préfet de police doit être écarté.
4. En deuxième lieu, Les décisions attaquées sont signées par Mme B A, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris n° 75-2023-056 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En troisième lieu, si la requérante fait valoir que son placement en garde à vue constituait un détournement de procédure et que ses droits de gardée à vue n'ont pas été respectés, il n'incombe pas au juge administratif d'apprécier la régularité des procédures d'interpellation et de placement en garde à vue d'un étranger par les services de police.
6. En quatrième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition par la police judiciaire en date du 25 mai 2023 que Mme D s'est vu notifier ses droits, parmi lesquels figure le droit de demander un avocat, et qu'elle y a expressément renoncé. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas été mise en mesure de recourir à l'assistance d'un avocat préalablement à l'adoption des décisions attaquées doit être écarté.
7. En cinquième lieu, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure de placement et maintien en zone d'attente ne peuvent utilement être invoqués à l'encontre de l'arrêté contesté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée ". Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement légal de la décision attaquée et mentionne que l'intéressée ne peut justifier d'un titre de séjour, est dépourvue de document de voyage et ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert qui n'ont pas été contestées dans le délai prévu au premier alinéa ou qui n'ont pas fait l'objet d'une annulation dans les conditions prévues au présent article peuvent être exécutées d'office par l'autorité administrative ". L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".
10. Si Mme D soutient que dès lors qu'elle se trouvait en zone d'attente, elle n'était pas entrée sur le territoire français et ne pouvait donc faire l'objet d'une obligation de le quitter, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet d'un refus d'entrée au titre de l'asile, contesté devant le présent tribunal qui a rejeté son recours. Il ressort également des pièces du dossier que l'administration a tenté à deux reprises, le 23 mai 2023 et le 25 mai 2023, d'exécuter d'office ce refus d'entrée mais que la requérante a refusé d'embarquer. Le 25 mai 2023 à 16h05, elle a été placée en garde à vue et son placement en zone d'attente a nécessairement pris fin. Elle se trouvait donc bien sur le territoire français lorsque la mesure d'éloignement contestée a été prise à son encontre. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
11. En troisième lieu, si Mme D soutient que la décision contestée porte atteinte au droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a, après examen, rejeté sa demande d'entrée au titre de l'asile par une décision du 16 mai 2023 et que le présent tribunal a rejeté le recours formé contre celle-ci. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
12. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612- 11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Pour refuser à Mme D le bénéfice de l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressée a fait usage d'un document de voyage contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien et, d'autre part, sur le fait qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où elle ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, si Mme D soutient que la décision contestée méconnaît le principe du contradictoire et les droits de la défense, il n'est pas établi qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance des services de police des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision de refus de délai de départ volontaire. Il ressort au contraire des pièces du dossier que Mme D a été entendue par les services de police le 25 mai 2023 et que dans ce cadre, elle a été interrogée sur les conditions de son entrée et de son maintien en France et qu'elle a ainsi eu la possibilité de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
16. Les dispositions citées ci-dessus définissent le risque de fuite sur la base de critères objectifs dans les conditions fixées par la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008. Par suite, le préfet de police pouvait faire application de ces dispositions pour apprécier si, compte tenu du risque de fuite présenté par Mme D, il pouvait s'abstenir de lui accorder un délai de départ volontaire.
17. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait usage d'un passeport malaisien qui comportait un nom différent du sien et qu'elle n'a ni résidence effective ni documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le préfet était fondé à considérer qu'elle présentait un risque de fuite et à lui refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612- 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
18. En cinquième lieu, si Mme D fait valoir qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et que son comportement ne révèle aucun risque de fuite, il ressort, du procès-verbal de son audition par les services de police qu'elle a fait usage d'un passeport malaisien établi à un nom différent du sien et qu'elle a fait obstacle à deux reprises à son réacheminement. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
20. En deuxième lieu, si la motivation de fait de la décision fixant le pays de destination ne se confond pas nécessairement avec celle obligeant l'étranger à quitter le territoire français, la motivation en droit de ces deux décisions est identique et résulte des termes mêmes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet a suffisamment motivé sa décision en mentionnant que Mme D n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée en fait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de Mme D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
21. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
22. Mme D n'apporte aucun élément suffisamment probant permettant d'établir qu'elle serait exposée à des risques sérieux pour sa liberté, son intégrité physique ou sa vie ou qu'elle risquerait de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. D'ailleurs, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police qu'elle a déclaré être venue en France à l'initiative de son père pour y travailler et n'a fait état d'aucune crainte particulière en cas de retour au Sri Lanka. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
24. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D n'a aucun lien particulier avec la France, où elle n'a jamais vécu. Si elle soutient que les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine constitue une circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'il lui soit interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois, la réalité de ces risques n'est pas établie. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, il ressort des pièces du dossier qu'elle se trouvait bien sur le territoire français à la date de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée.
25. En deuxième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 22, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 25 mai 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
27. La requérante s'est désistée, lors de l'audience publique, de ses conclusions aux fins d'injonction. Ce désistement est pur et simple. Il y a lieu d'en donner acte.
Sur les frais liés à l'instance :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.
La magistrate désignée,
L. LAFORÊT
La greffière,
A. MAURICE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026