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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2312445

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2312445

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2312445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantEWANE MOTTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 mai et le 28 juin 2023, M. B A, représenté par Me Teffo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 611-1 1°, L. 611-2, L. 612-1 et L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 29 juin et 3 juillet 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duchon-Doris ;

- les observations de Me Ewane Motto, substituant Me Teffo et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête ;

- le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 mai 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à M. C D, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que M. A ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire national et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour régulièrement délivré. Il énonce, en outre, que compte-tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Il en résulte que l'arrêté contesté, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des déclarations de l'intéressé, est suffisamment motivé en droit et en fait. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens invoqués par M. A tirés de l'absence d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle et du défaut de motivation de l'arrêté en litige doivent être écartés.

5. En troisième lieu, lorsqu'il fait obligation à un étranger de quitter le territoire français sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit interne de la directive 20081115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme prenant une décision qui se trouve dans le champ d'application du droit de l'Union européenne. Il lui appartient, dès lors, d'en appliquer les principes généraux, qui incluent le droit à une bonne administration. Parmi les principes que sous-tend ce dernier, figure celui du droit de toute personne à être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, ce droit se définit comme le droit de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

6. Si M. A soutient qu'en méconnaissance du droit d'être entendu avant que ne soit prise la décision de l'obliger à quitter le territoire il n'a pas pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure envisagée, il est toutefois constant que le requérant a été entendu par les services préfectoraux le 28 mai 2023 lors de son interpellation. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Si M. A soutient que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 611-1 1°, L. 611-2, L. 612-1 et L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les arguments soulevés par l'intéressé au soutien de ses moyens ne permettent pas d'établir dans quelle mesure une telle atteinte aurait été commise alors notamment que, d'une part, l'article L. 612-1 dudit code n'est invocable qu'à l'encontre d'un refus d'accorder un délai de départ volontaire et, d'autre part, que la circonstance que M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la validité d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'intéressé ne contestant pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et n'être titulaire d'aucun titre de séjour en cours de validité conformément aux dispositions du 1° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé sur le territoire français en 2019 et qu'il y a séjourné depuis lors de manière habituelle, en y exerçant depuis le mois de juin 2020 un emploi en qualité de " monteur en charpente bois ". S'il indique être père de quatre enfants nés sur le territoire français, il n'apporte cependant aucun élément permettant d'attester de leur existence, alors même que les documents relatifs à sa profession ont été largement étayés. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et alors que les éléments apportés par l'intéressé ne permettent pas d'établir qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne démontrent pas la stabilité et l'intensité des liens qu'il aurait noués en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de ce que le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 28 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

Le Président,

J-C. DUCHON-DORIS La greffière,

R. BOUDINALe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAI Le greffier,

R. DRAI

Le Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2312445/8

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