mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2312451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 juin 2023, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 24 mai 2023 notifié à 14h50 fixant le pays de renvoi, en application de l'arrêté d'expulsion du 9 septembre 2020 dont il a fait l'objet ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire tel qu'il résulte des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la décision est disproportionnée au regard de la menace à l'ordre public ; les condamnations sur lesquelles se basent l'arrêté préfectoral d'expulsion du 9 septembre 2020 sont anciennes, la plus récente datant du 21 septembre 2015 ; l'actualité de la menace est remise en cause ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 6 juin 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 :
- le rapport de Mme Kanté ;
- les observations de Me Simon substituant Me Berdugo, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les observations de M. B ;
- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant angolais né le 29 mai 1988 demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de police a, faisant suite à un arrêté préfectoral d'expulsion, fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné afin d'assurer l'exécution d'une mesure d'expulsion constitue une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions précitées. En l'espèce, la décision attaquée, prise en application de l'arrêté d'expulsion en date du 9 septembre 2020 dont il a fait l'objet comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. B, elle lui permet de comprendre les motifs de la fixation du pays de renvoi qui lui est imposée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il n'a pas été entendu préalablement à la décision litigieuse, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police l'a invité à présenter ses observations par une lettre du 23 mai 2025 qui lui a été notifiée le même jour à 10h21 et à laquelle il a répondu par un courrier du 24 mai 2023 en faisant état de ses observations relatives à ses problèmes de santé (diabète et apnée du sommeil) et à sa vie privée et familiale. Cette lettre du 23 mai 2005 l'informait également qu'il pouvait être assisté par un conseil ou être représenté par un mandataire de son choix. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. En l'espèce, M. B soutient qu'entré en France à l'âge de deux ans et y ayant suivi toute sa scolarité, il n'a plus aucune attache en Angola. Il est constant que M. B a suivi toute sa scolarité en France jusqu'en 2002. Mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 1er avril 2014 au 31 mars 2015, ce titre n'a cependant pas été renouvelé et le requérant s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. S'il fait valoir que toute sa famille vit en France dont sa mère, titulaire d'une carte de résident, chez laquelle il déclare habiter ainsi que ses frère et sœurs, tous titulaires de carte de résident ou français, il n'établit pas l'intensité des liens qu'il entretient avec ceux-ci. S'il fait valoir qu'il est père de deux enfants français nés le 30 mars 2017 et le 29 janvier 2022 de la relation qu'il a entretenue avec une ressortissante française, il n'a pas reconnu ces enfants. En tout état de cause, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, entretenir un quelconque lien avec ceux-ci et contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation, le document produit faisant état de trois virements de 1000 euros, 100 euros et 200 euros, en date des 13, 24 et 26 juillet 2021 effectués par M. B sans identifier leur destinataire ne permettant pas d'en attester. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B, placé sous contrôle judiciaire par ordonnance du 4 décembre 2014, et maintenu sous contrôle judiciaire par ordonnance du 3 juillet 2015 et du 13 août 2015 a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales par le tribunal correctionnel de Paris, en 2006, 2008, 2013, 2015, 2018 et 2022 pour un quantum de peine de 6 ans d'emprisonnement, pour des faits de détention, acquisition non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants (récidive), transports de stupéfiants, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, conduite d'un véhicule sans permis, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste le 15 août 2021 et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique. Sa dernière condamnation pénale pour les faits commis le 15 août 2021 remonte à février 2022, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre. Enfin, si M. B soutient souffrir de diabète de type II et d'apnée du sommeil et bénéficier d'un traitement médicamenteux à base de metformine pour soigner son diabète et avoir été appareillé dans le cadre de son apnée du sommeil, ces circonstances ne font pas obstacle au prononcé de la mesure attaquée, M. B qui n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade, ne démontre pas que le défaut de soins entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait avoir accès à un traitement effectif dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision attaquée et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation eu regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Il n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
8. En cinquième lieu, M. B qui n'a pas contesté la légalité de l'arrêté préfectoral d'expulsion du 9 septembre 2020, fondement de la décision de renvoi contestée ne peut utilement soutenir à l'encontre de celle-ci qu'elle serait disproportionnée au regard de la menace à l'ordre public qu'il constitue.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 de ce même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
10. Si M. B souffre, ainsi qu'il a été dit au point 7, de diabète de type II et d'apnée du sommeil, il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit que ses problèmes de santé nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'en tout état de cause, il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision attaquée ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 14 juin 2023.
La magistrate désignée,
C. Kanté La greffière,
T. René-Louis-Arthur
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026