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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2312464

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2312464

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2312464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, M. B A, retenu an centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, représenté par Me Carbonetto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et d'assortir cette injonction d'une astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions attaquées prises dans leur ensemble :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elle sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement duquel la décision a été prise est illégale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'obligation de quitter le territoire sur le fondement duquel la décision a été prise est illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- les décision sur le fondement duquel la décision a été prise sont illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Le préfet de police, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces à l'instances, enregistrées le 8 juin 2023.

Il conclut, à l'audience, au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Théoleyre en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Théoleyre,

- les observations orales de Me Carbonetto, avocat commis d'office, représentant M. A,

- et les observations orales de Me Floret, avocat représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1998, demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les décisions prises dans leur ensemble :

2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

3. Les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles ils ont été pris et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Si ces arrêtés ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs des décisions attaquées. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Le requérant soutient que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de ce que, d'une part, il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine et que, d'autre part, il ne présente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, d'une part, le moyen tiré des risques en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet, ni pour effet, en elle-même, de fixer le pays à destination duquel le requérant sera éloigné. D'autre part, la circonstance que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public est sans incidence dès lors que la décision d'éloignement attaquée ne se fonde pas sur ce motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire qui lui est opposée par l'arrêté attaqué est illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre du refus de délai de départ volontaire qui lui est opposé par le même arrêté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire qui lui est opposée par l'arrêté attaqué est illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En l'espèce, l'intéressé, qui se borne à se prévaloir d'un contexte politique dégradé en Guniée, ne fait état d'aucun élément justifiant qu'il serait personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine.. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, le requérant soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Guinée. Toutefois, comme il a été dit au point précédent, il n'assortit pas ce moyen de précision suffisante quant au risques auxquels il serait personnellement exposé. Par suite le moyen doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il sera éloigné qui lui ont été opposées par un arrêté du même jour sont illégales. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée.

13. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

14. Le requérant soutient que l'interdiction attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion. Toutefois, d'une part, si le requérant fait état de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français, il n'assortit cet argument d'aucune précision. D'autre part, si le requérant fait valoir que sa présence ne représente pas une menace à l'ordre public, cette circonstance est sans incidence dès lors que l'interdiction attaquée, qui est limitée à une durée de douze mois, a été prononcée en raison de ce que le requérant s'est soustrait à une mesure d'éloignement prise le 11 mai 2022. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et du caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 28 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 16 juin 2023.

Le magistrat désigné,

M. THEOLEYRELa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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