mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2312521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 juin 2023, M. B C, représenté par Me Berthaut demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police a décidé de son maintien en rétention au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 2A.
3°) d'ordonner sa remise en liberté immédiate ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision de maintien en rétention est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il n'a reçu aucune information quant à la procédure de demande d'asile applicable ;
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 5 juin 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Simon, substituant Me Berthaut, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les observations de M. C ;
- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasie, représentant le préfet de police ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 31 mai 1981, est entré sur le territoire français en 2014, selon ses déclarations, et a sollicité, le bénéfice de l'asile le 22 mai 2014. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 octobre 2015 puis son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2016. Le 15 avril 2021, il s'est vu notifier par le préfet des Côtes-d'Armor une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ainsi qu'une assignation à résidence pour une durée de 45 jours. Le 29 mars 2023, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an ainsi qu'un arrêté l'assignant à résidence pour 45 jours. Placé en centre de rétention administrative le 24 mai 2023, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 27 mai 2023 à 11h01, son dossier complet ayant été réceptionné le 30 mai 2023. A la suite du dépôt de sa demande d'asile, le préfet de police, par arrêté du 30 mai 2023, a décidé son maintien rétention pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose, " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de requête :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme D, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris n° 75-2023-056 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elle lui permet de comprendre les motifs du maintien en rétention qui lui est imposé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".
8. Pour prononcer le maintien en rétention de M. C, les motifs de l'arrêté attaqué retiennent que la demande d'asile de l'intéressé n'a été déposée que le 27 mai 2023, deux jours après son placement en centre de rétention, lui-même consécutif à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet à la suite du rejet d'une précédente demande d'asile par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 30 octobre 2015 confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 13 juin 2016. L'arrêté attaqué mentionne encore que l'intéressé s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 29 mars 2023, que son comportement signalé par les services de police pour des faits de violence en 2020 et 2023 constitue une menace pour l'ordre public et qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et d'un lieu de résidence effective ou permanente.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, M. C, entré en France en 2014, selon ses déclarations, a vu ses précédentes demandes d'asile rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point 1. Ayant, par ailleurs, fait l'objet d'un refus de titre de séjour " vie privée et familiale " le 4 octobre 2019 par le préfet des Côtes d'Armor en l'absence de preuves suffisantes pour justifier de la communauté de vie avec sa compagne de pacs, ressortissante française, il a vu sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français formée le 6 décembre 2022, consécutivement à son mariage contracté le 30 octobre 2022, également rejetée. Ayant fait l'objet consécutivement à ses différentes demandes de titre de séjour, de plusieurs obligations de quitter le territoire français, les 24 février 2017, 15 avril 2021et 29 mars 2023 à l'exécution desquelles il s'est soustrait, notamment en refusant, le 23 mai 2023, de quitter le véhicule de l'escorte de gendarmerie afin d'être présenté à l'embarquement à destination de Tbilissi, s'il fait valoir qu'il dispose d'un domicile fixe auprès de sa compagne, il ne peut cependant justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il ressort en outre des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été signalé par les services de police le 10 avril 2020 pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours, le 10 juin 2020 pour violence avec usage d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à huit jours, le 14 avril 2021 pour port d'arme sans motif légitime, rébellion et outrage sur une personne dépositaire de l'autorité publique et le 1er janvier 2023 pour violence suivie d'une incapacité supérieure à huit jours par une personne étant conjoint. M. C a également été condamné ainsi qu'il ressort du jugement en date du 12 avril 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes, par le tribunal correctionnel de Saint-Malo à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis le 28 février 2023, ainsi qu'à une peine de dix mois d'emprisonnement avec sursis probatoire, par ce même tribunal.
10. Au regard de ces éléments de fait, et le requérant ne faisant état dans sa requête d'aucun nouvel élément susceptible d'accréditer le sérieux de sa seconde demande d'asile, c'est par une exacte appréciation des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de justice administrative que le préfet de police a estimé, sur la base de critères objectifs, et sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, que la demande d'asile formée le 27 mai 2023 par M. C avait pour seul but de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet.
11. En dernier lieu, le moyen tiré de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision de maintien en rétention administrative.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de police et à Me Berthaut.
Lu en audience publique le 14 juin 2023.
La magistrate désignée,
C. A La greffière,
T. René-Louis-Arthur
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2312521/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026