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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313139

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313139

mardi 14 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantJORION

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SAS La Taverne de la Butte, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel la maire de Paris lui a refusé une autorisation d'installation d'une contre-terrasse estivale sur stationnement. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire, en raison d'une délégation régulière. Il a jugé que le refus était fondé sur des motifs de sécurité liés à la localisation de la terrasse, entre une bouche d'incendie et une voie, sur un trottoir exigu, sans que cette installation ne bloque l'accès des secours. La décision s'appuie sur les articles DG.14 et DG.5 de l'arrêté du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses, ainsi que sur le code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 février 2025, la société par action simplifiée (SAS) La Taverne de la Butte, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 mai 2023 par lequel la maire de Paris a refusé de lui délivrer une autorisation d’installation d’une contre -errasse estivale sur stationnement ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 5 000 euros, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
la décision méconnaît les dispositions de l’article DG.14 de l’arrêté du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses ;
elle méconnaît les dispositions de l’article TE.4.3.2 de l’arrêté du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses ;
elle induit une rupture d’égalité ;
elle est entachée d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2025, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 25 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- l’arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l’installation des étalages et terrasses sur la voie publique ainsi que des contre-étalages et contre-terrasses ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B...,
- et le rapport de M. Gualandi, rapporteur public ;
- et les observations de Me Vincent-Biasotto, représentant la société par action simplifiée (SAS) La Taverne de la Butte.

Considérant ce qui suit :

La société Taverne de la Butte, qui exploite un fonds de commerce de restauration rapide, restaurant et bar au 13, rue de la Butte-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement de Paris, a sollicité le 31 mars 2023 auprès de la maire de Paris l’autorisation d’installer une contre-terrasse estivale sur stationnement située devant son établissement, d’une longueur de 6,8 m et d’une largeur de 1,70 m. A... demande a été rejetée le 11 mai 2023. La société Taverne de la Butte demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté du 23 mars 2023, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 27 mars suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. D... C..., adjoint à la cheffe de circonscription sud, signataire de l’arrêté contesté, en vue de signer, notamment, les arrêtés, actes, décisions ou correspondances concernant l’occupation temporaire du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article DG.14 de l’arrêté de la Ville de Paris en date du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses, relatif à la sécurité et à la responsabilité, et applicable aux contre-terrasses estivales sur stationnement : « Les installations ou occupations sont sous la seule responsabilité des bénéficiaires de l’autorisation, pour tout accident, dégât ou dommage subi ou occasionné, de quelque nature que ce soit. Aucune installation ne doit être de nature à gêner l’accès des secours aux façades des immeubles, aux bouches d’incendie, aux barrages de gaz, aux émergences, réseaux et ouvrages des concessionnaires et aux entrées des bâtiments. Les installations ou occupations doivent présenter toutes les garanties requises en termes de sécurité, de respect des réglementations. Elles doivent notamment être réalisées en matériaux arrondis ou souples, sans angle vif, et détectables à la canne pour les personnes déficientes visuelles. La responsabilité de la Ville de Paris ne peut en aucun cas être recherchée pour des dommages causés aux dispositifs du fait de tiers ». Aux termes de l’article DG.5 du règlement des étalages et des terrasses, applicable aux contre-terrasses estivales sur stationnement : « La demande d’autorisation doit respecter les dispositions du présent règlement. (…) L’autorisation peut être refusée notamment pour des motifs liés : (…) aux conditions de sécurité (accès aux engins de secours, bouches d’incendie, robinets de barrages de gaz, circulation automobile...) ».

Il appartient à l’autorité administrative affectataire de dépendances du domaine public de gérer celles-ci tant dans l’intérêt du domaine et de son affectation que dans l’intérêt général. L’autorité chargée de la gestion du domaine public peut autoriser une personne privée à occuper une dépendance de ce domaine en vue d’y exercer une activité économique, à la condition que cette occupation soit compatible avec l’affectation et la conservation du domaine. Les autorisations privatives d’occupation de ce domaine, telles que les autorisations d’implantation de terrasses, ne constituent pas un droit pour les demandeurs ou leur titulaire.

Pour refuser de délivrer l’autorisation d’installation de la contre-terrasse estivale sollicitée, la marie de Paris s’est fondée sur sa localisation au droit de l’immeuble situé au 13, rue de la Butte aux Cailles, soit entre une bouche d’incendie et la voie, sur un trottoir exigu. Au regard de cette configuration, il ressort des pièces du dossier que la contre-terrasse ne bloquerait pas l’accès des véhicules de secours à la bouche à incendie ni depuis la rue Boiton, ni depuis la rue de la Butte aux Cailles, et ne serait ainsi pas de nature à limiter l’accès et la bonne utilisation de la bouche d’incendie, et par conséquent à gêner l’intervention des secours. Dans ces conditions, la société la Taverne de la Butte est fondée de soutenir que la décision litigieuse a fait une application erronée de de l’article DG.14 de l’arrêté du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses.

En troisième lieu, aux termes de l’article TE.4.3.2 de l’arrêté du 11 juin 2021 du règlement des étalages et des terrasses, relatif aux conditions d’autorisation et d’exploitation des contre-terrasses estivales sur stationnement, dispose notamment : « L’exploitant veille à limiter les nuisances sonores générées par la contre- terrasse afin de respecter le cadre de vie des riverains pendant son exploitation et à sa fermeture ». Aux termes de l’article DG.13.1 du règlement des étalages et des terrasses, relatif à la tranquillité publique, applicable à toutes les autorisations : « Les bénéficiaires de l’autorisation d’occupation du domaine public s’engagent à respecter la réglementation en matière de bruit ainsi qu’à informer et inciter leur clientèle à respecter l’environnement de leur établissement. Toute sonorisation d’installation sur le domaine public sans autorisation est interdite. Le titulaire de l’autorisation a l’obligation, en cas de diffusion de musique amplifiée à titre habituel à l’intérieur de son établissement, de respecter les règles et les normes sonores en vigueur applicables aux établissements diffusant à titre habituel de la musique amplifiée (articles R. 571- 25 et suivants du code de l’environnement). Il incombe au titulaire de l’autorisation de veiller à ce que l’exploitation de sa terrasse ne trouble pas la tranquillité du voisinage, notamment par des exclamations de voix, des débordements de clientèle ou des mouvements de mobilier, notamment pendant le rangement de la terrasse et tout particulièrement après 22 heures. En cas de constat de nuisances sonores par les agents dûment habilités, des sanctions administratives peuvent être prises à l’encontre du bénéficiaire de l’autorisation dans les conditions définies à l’article DG.20.1 du présent règlement sans préjudice des sanctions prises sur le fondement de la législation relative aux bruits de voisinage. » Aux termes de l’article DG.5 du règlement des étalages et des terrasses, également applicable aux contre-terrasses estivales sur stationnement, prévoit que :« (…) L’autorisation peut être refusée notamment pour des motifs liés aux sanctions antérieures prononcées contre le demandeur, notamment en cas de retrait des autorisations qui lui ont été accordées. ».

Les autorisations privatives d’occupation du domaine public, telles que les autorisations d’implantation de terrasses ou leur renouvellement, ne constituent pas un droit pour les demandeurs ou leur titulaire. Il appartient à l’autorité compétente de fixer, tant dans l’intérêt du domaine public et de son affectation que dans l’intérêt général, les conditions auxquelles elle entend subordonner les permissions d’occupation. La prévention des nuisances à la tranquillité des riverains générées par l’installation d’une terrasse sur la voie publique est au nombre des motifs d’intérêt général qui peuvent fonder un refus d’autorisation de terrasse.

Il ressort des termes de la décision attaquée que le motif retenu par la Ville de Paris est fondé sur les nuisances à la tranquillité des riverains attestées par les nombreux procès-verbaux, trois procès-verbaux au cours de l’année 2020, dont un pour nuisance sonores et deux pour embarras de la voie publique , douze procès-verbaux en 2021, dont quatre pour nuisances sonores et 8 pour embarras de la voie publique ; trente-trois procès-verbaux en 2022, dont deux pour nuisances sonores, vingt-cinq procès-verbaux en 2023, dont l’un dressé le 10 mai 2023, soit la veille de la date à laquelle a été pris l’arrêté litigieux . Au vu du caractère répété et du grand nombre des infractions constatées, et nonobstant le caractère ancien de certaines de ces infractions, la Ville de Paris a pu légalement, sans commettre de droit ni d’erreur d’appréciation, refuser l’autorisation sollicitée en application des dispositions précitées de l’article DG.5 de l’arrêté municipal du 11 juin 2021. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.

En l’espèce, la circonstance que les établissements voisins de la société requérante disposent d’une autorisation de terrasse ne caractérise pas, par elle-même, une rupture d’égalité de traitement, et ce d’autant plus qu’il n’est pas établi que ces établissements auraient fait, comme la société requérante, l’objet de sanctions antérieures prononcées contre eux.

En dernier lieu, la société Taverne de la Butte n’apporte pas la preuve que l’arrêté contesté, qui est à juste titre motivé par l’appréciation des sanctions passées prises à son encontre, aurait été pris pour des considérations étrangères à la règlementation régissant ces installations. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir et de procédure doit être écarté.

Il résulte ce qui précède que les conclusions de la société Taverne de la Butte à fin d’annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, ainsi que celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :



Article 1er : La requête de la société Taverne de la Butte est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Taverne de la Butte et à la Ville de Paris.



Délibéré après l'audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Patrick Ouardes, président,
Mme Chloé Hombourger, première conseillère,
M. Vadim Melka, conseiller


Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.


Le rapporteur



signé
V. B...

Le président,



signé
P. Ouardes


La greffière,


signé
J. Iannizzi



La République mande et ordonne au préfet de la région Ile de France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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