vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2313454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 juin 2023, le président de la première chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. A B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du présent tribunal le 8 juin 2023, M. B, retenu au centre de rétention administrative de Paris et représenté par Me Saidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans, à compter du prononcé du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entachée d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédé d'un examen individuel de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît son droit à la vie privée ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et viole ses droits fondamentaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet du Loiret, représenté par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Lautard-Mattioli en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les observations de Me Saidi, représentant M. B, qui reprend ses écritures et fait notamment valoir, d'une part, que la présence de ce dernier sur le territoire ne représente pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il conteste les faits qui lui reprochés, lesquels ont été dénoncés de façon imaginaire par son épouse et, d'autre part, qu'il justifie participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, de nationalité française.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant égyptien, né le 12 mars 1979, demande l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, pour la préfète et en l'absence du secrétaire général, du secrétaire général adjoint et du directeur de cabinet. Par un arrêté du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à Mme D, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant des trois autorités précitées, à l'effet de signer les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile dans le cadre des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est ni allégué, ni établi que ces trois autorités ne se trouvaient pas concomitamment absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Alors que le préfet du Loiret n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B dont il entendait se prévaloir, elles permettent au requérant de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, la circonstance que le requérant ait interjeté appel du jugement du 5 janvier 2023 du tribunal administratif de Montreuil rejetant sa requête présentée contre l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que l'arrêté du 1er septembre 2021 n'en constitue pas la base légale et que, en tout état de cause, alors que le requérant ne justifie ni même n'allègue avoir demandé à la cour administrative d'appel de prononcer un sursis à exécution, l'appel n'est pas suspensif.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / " 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; (). " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. D'une part, le préfet du Loiret a considéré que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public. Il a notamment relevé que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits du 19 février 2017 de violence, aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, pour des faits du 28 mai 2017 de menace de mort réitérée, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, et enfin pour des faits du 1er juin au 25 août 2019 d'agression sexuelle incestueuse sur un mineur de 15 ans par un ascendant et viol incestueux commis sur un mineur de 15 ans. Il ressort certes de l'ordonnance rendue le 27 août 2020, disant n'y avoir lieu à une mesure de protection sollicitée par son épouse, que le juge aux affaires familiales (JAF) du tribunal judiciaire de Bobigny a considéré que les plaintes déposées par son épouse " ne sauraient aujourd'hui à elles seules établir l'actualité de violences vraisemblables ", que son épouse a elle-même indiqué ne plus faire l'objet de violences entre 2017 et en 2018 après que l'intéressé a quitté le domicile conjugal le 23 mars 2017 et que deux plaintes ont été classées sans suite en 2019 et 2020, sans précision des faits correspondants. Il ressort en outre des pièces du dossier que la citation de la partie civile, dont son épouse était à l'origine, pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 1er janvier 2017, a été annulée par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Bobigny du 13 janvier 2020, dès lors que le tribunal n'était pas en mesure de déterminer avec précision la nature, le lieu et la date des faits reprochés. Cependant, le requérant se borne dans ses écritures et à l'audience à se prévaloir de l'absence de condamnation pénale sans s'expliquer davantage, alors qu'il ressort notamment de l'ordonnance du JAF du 27 août 2020 qu'il " ne niait pas l'existence de violences au mois de mars 2017 ". En outre, et en tout état de cause, il est constant que M. B s'était, à la date de la décision, maintenu en France sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, à la suite du refus que lui avait opposé le préfet de la Seine-Saint-Denis. Enfin, si le requérant produit des versements d'un montant de 120 euros mensuels vers son épouse à compter du mois de décembre, il ne justifie pas en tout état de cause contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, obliger M. B à quitter le territoire français.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est marié avec une ressortissante française, que le couple, séparé, est actuellement en instance de divorce et qu'il est le père d'un enfant né de cette union le 9 janvier 2015. Toutefois, alors que l'autorité judiciaire a fixé la pension alimentaire à 30 euros en 2017 puis à 120 euros à compter de l'année 2020, M. B ne justifie que de versements depuis le mois de décembre de l'année 2022. De même, alors qu'il a la garde de son enfant un week-end sur deux, il ne produit, pour justifier la réalité et l'actualité de ses interactions avec celui-ci, qu'une note sociale datée de l'année 2018 et quatre photographies dont deux sur lesquels le père et l'enfant apparaissent côte-à-côte. Le requérant ne fait en outre valoir aucune autre intégration dans la société française, hormis un emploi d'employé polyvalent dans une société de " bâtiment et travaux publics ", justifié uniquement depuis le mois de décembre de l'année 2022. Dans ces conditions, les décisions obligeant M. B à quitter sans délai le territoire français n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, notamment de préservation de l'ordre public, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
10. En revanche, eu égard notamment au versement de la pension alimentaire depuis le mois de décembre 2022 et au degré de menace à l'ordre public que constitue le comportement de M. B, la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour un délai de douze mois porte une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée du requérant et méconnaît les dispositions précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2023 en tant qu'il lui interdit de retourner sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant.
13. A toutes fins utiles, il est toutefois rappelé au préfet du Loiret qu'il résulte des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais d'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Loiret du 23 mars 2023 est annulé en tant qu'il interdit à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Loiret.
Lu en audience publique le 23 juin 2023.
Le magistrat désigné,
B. Lautard-MattioliLe greffier,
R. Drai
La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2313454/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026