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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314016

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314016

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, M. A B, représenté par Me Benitez, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, révélée par la décision de refus de renouvellement de son récépissé ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Benitez en application des dispositions des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de lui verser la même somme en application de ce dernier article.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; la décision attaquée dont la suspension est demandée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation ; la décision attaquée porte refus de renouvellement de titre de séjour ; il se trouve en situation de précarité administrative, étant susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'un placement en rétention, et financière, étant radié de la liste des demandeurs d'emploi de Pôle emploi et ne percevant plus l'allocation de retour à l'emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; elle n'est ni motivée en droit ni en fait malgré sa demande de communication des motifs ; elle est entachée d'un vice de procédure la commission du titre de séjour n'ayant pas été préalablement saisie ; elle méconnaît l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ; elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrée le 27 juin 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.

Vu :

- la requête n° 2313406 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2023, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Aubert ;

- les observations de Me Benitez, représentant M. B, qui reprend les moyens exposés dans sa requête ;

- et les observations de Me Floret, substituant à Me Tomasi, pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Il oppose, d'une part, l'absence de justificatifs relatifs à l'urgence et, d'autre part, l'absence de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant étant inopérants et les autres moyens n'étant pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais, né le 10 juillet 1978, est entré en France le 3 août 2006 selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de résident valable du 16 décembre 2011 au 15 décembre 2021. Le 15 décembre 2021, il a demandé le renouvellement de sa carte de résident et a alors été mis en possession de récépissés de demande de titre de séjour, dont le dernier a expiré le 10 janvier 2023. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'un retrait de celui-ci.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a demandé le renouvellement de sa carte de résident le 15 décembre 2021. Il a par la suite bénéficié de plusieurs récépissés de demande de titre de séjour et a demandé le renouvellement de son dernier récépissé qui a expiré le 10 janvier 2023. L'urgence à suspendre une décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe, être reconnue. Le préfet fait valoir que M. B ne justifie pas que la décision dont la suspension est demandée le place dans une situation d'urgence grave et immédiate, en se fondant sur un document proposant de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire à la place de la carte de résident demandée, et sur le fait qu'aucune décision de refus n'a été prise la demande étant en cours d'instruction, ainsi que l'atteste cette proposition. Toutefois, eu égard à la situation personnelle de M. B, aux démarches accomplies par celui-ci depuis l'expiration de son dernier récépissé de titre de séjour le 10 janvier 2023 et à l'existence d'une décision implicite de rejet qui s'est déjà formée ces seuls éléments invoqués à l'audience par le préfet de police ne permettent pas de renverser la présomption d'urgence. Dès lors, la condition relative à l'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. La demande de M. B, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet avant la rédaction du document proposant la délivrance d'une carte de séjour temporaire, n'a pas été préalablement examinée et le préfet de police n'a saisi la commission du titre de séjour. En l'état de l'instruction, compte tenu des pièces produites, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant et du défaut de saisine de la commission de réforme sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a donc lieu de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Benitez, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Benitez renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour de M. B du préfet de police est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Benitez la somme de 1 200 euros, sous réserve que Me Benitez renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Benitez et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de police.

Fait à Paris, le 29 juin 2023.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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