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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314169

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314169

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre -OQTF 6 sem.
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, M. D B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pertuy en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 juillet 2023 en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, M. Pertuy a lu son rapport et entendu les observations de Me Weinberg, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité tunisienne né le 27 janvier 1992 à Tataouine, est entré en France au mois de septembre 2020 et a été interpellé le 13 juin 2023 à Marseille par les services de police. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du

14 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les

articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne également différents éléments de la situation personnelle du requérant, notamment sa date d'entrée en France, sa situation familiale, ses attaches dans son pays d'origine et la présence de son frère sur le territoire français, qu'il ne présente pas de garanties suffisantes dès lors qu'il ne peut justifier d'un passeport ou d'un lieu de résidence stable.

L'arrêté en litige énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a entendu se fonder pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire ou prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. Le préfet, en deuxième lieu, qui n'est pas contraint de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé dans son arrêté, fait par ailleurs état de l'ensemble des éléments utiles à la motivation de celui-ci. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation administrative du requérant par les décisions contenues dans l'arrêté en litige, doit, par suite, être écarté.

4. En dernier lieu, d'abord, si M. B peut se prévaloir de plusieurs années de présence sur le territoire français et démontre son intégration par la production de plusieurs témoignages d'amis ou de collègues de travail, ainsi que celui de son employeur, il reste que ses trois années de présence, les liens amicaux noués ou la présence de son frère ne peuvent conduire à regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Dès lors, ensuite, que M. B ne disposait pas, lors de son arrestation, d'un passeport et ne l'a pas communiqué aux autorités de police, et ne justifiait pas de l'adresse

rue Manin dans le 19ème arrondissement, où il est domicilié officiellement seulement depuis

le 15 juillet 2023, la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut pas plus être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte, enfin, des articles L. 612-6 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, sauf en présence de circonstances humanitaires qui s'y opposeraient, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour sur le territoire français à l'égard de l'étranger auquel est refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixe la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. En l'espèce, dès lors que M. A démontre, au cours des trois années qu'il a passées sur le territoire français, son intégration professionnelle reconnue par ses collègues et son employeur et son intégration personnelle par le témoignages de relations amicales, hommes et femmes de nationalités française ou étrangère, dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucun signalement en matière d'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, la décision de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois doit être regardée comme disproportionnée et, ainsi, entachée d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation des décisions du préfet des Bouches-du-Rhône portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées, et que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, en tant qu'il annule seulement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas qu'il soit enjoint à l'administration de prendre une mesure dans un sens déterminé. Les conclusions présentées à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2023.

Le magistrat désigné,

I. PertuyLa greffière,

I. GUIGNARD

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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